Quelques jours après l’opération américaine ayant conduit au renversement du président vénézuélien Nicolás Maduro, l’attention se porte désormais sur l’évolution de la situation sécuritaire et politique du pays, ainsi que sur le sort de la communauté libanaise, historiquement bien implantée au Venezuela.
Face à la rapidité des développements, le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, a indiqué lundi avoir rencontré l’ambassadrice du Liban au Venezuela, Mme Nisrine Bou Karam, afin de faire le point sur la situation des ressortissants libanais. Il lui a demandé de rester en contact étroit avec la communauté et de veiller à ce que toutes les mesures nécessaires soient en place pour garantir leur sécurité en cas de toute urgence. Pour rappel, les derniers chiffres font état d’un peu plus de 300 000 Libanais au Venezuela.
Le ministre a également insisté sur la nécessité pour l’ambassade de maintenir un contact permanent avec les membres de la communauté, appelant les Libanais résidant au Venezuela à contacter immédiatement la représentation diplomatique au +58 422-247-7777 si des développements devaient nécessiter une intervention.
Des Libanais interrogés par Ici Beyrouth s'accordent sur un point essentiel: la situation sécuritaire est, pour l’heure, relativement calme, aussi bien à Caracas que dans plusieurs grandes villes du pays. Ce constat partagé n’efface toutefois pas un sentiment d’incertitude largement répandu, nourri par l’absence de visibilité sur l’avenir politique du Venezuela et sur les conséquences à moyen terme de l’intervention américaine.
Bakhos, Libanais vivant actuellement au Liban mais dont la famille réside toujours au Venezuela, affirme que ses proches ne ressentent pas de crainte particulière. Selon lui, son père, ses frères et plusieurs amis décrivent une atmosphère apaisée, voire un certain soulagement. Beaucoup sont optimistes quant à l'intervention américaine, et espèrent que les récents événements ouvriront la voie à une amélioration des conditions de vie pour la population vénézuélienne. Bakhos confie qu’il envisage même de retourner sur place si la situation s'améliore.
Un autre membre de la communauté, commerçant installé à Valencia, à environ deux heures de Caracas, confirme cette impression de normalité. Il souligne que les opérations militaires ont été ciblées et n’ont pas affecté les zones résidentielles. Dans sa région, la vie quotidienne se poursuit sans perturbation majeure, et les quartiers où résident majoritairement les Libanais, tout comme les petits commerces, n’ont pas été touchés. Il reconnaît cependant que la situation reste évolutive et que la prudence demeure de mise.
À Caracas, un Libanais ayant souhaité garder l’anonymat décrit une ambiance qu’il qualifie d’«intense et calme à la fois». Il explique que les habitants continuent de fréquenter les supermarchés, les pharmacies et les services essentiels, sans scènes de chaos ni violences de rue. Quelques mobilisations de soutien à Nicolás Maduro ont bien été observées, mais elles sont restées limitées. Selon lui, la situation semble stabilisée sur le plan sécuritaire, mais l’attente domine, tant les incertitudes politiques sont nombreuses. Il voit dans cette intervention américaine «une tentative de s’emparer des ressources du pays».
Malgré ces lectures opposées d’un point de vue politique, tous s’accordent à reconnaître que le calme prévaut pour le moment.
Sur le plan international, la pression américaine reste forte. Le président des États-Unis, Donald Trump, a adressé une mise en garde à peine voilée à la désormais nouvelle présidente vénézuélienne, Delcy Rodríguez, affirmant qu’elle pourrait connaître un sort «pire que celui de Maduro» si elle refusait de se conformer aux exigences de Washington, selon une interview accordée au magazine The Atlantic. Samedi, Donald Trump a également déclaré que les États-Unis « dirigeront » le Venezuela jusqu’à ce qu’une transition politique «sûre» puisse être mise en place, à la suite de l’opération ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro.
Si la communauté libanaise au Venezuela ne semble donc pas, à ce stade, directement menacée, le consensus autour du calme sécuritaire n’efface ni la vigilance ni les interrogations. Entre espoir prudent, scepticisme et attentisme, les Libanais du Venezuela suivent de près les développements à venir, tout en comptant sur la mobilisation des autorités libanaises et de leur représentation diplomatique pour faire face à toute éventualité.




Commentaires