Le Hezbollah négocie-t-il des garanties en échange de son arsenal militaire ?

Des «garanties» politiques en échange des armes du Hezbollah ? L’idée refait surface, à la faveur d’un front sud enlisé, d’un axe régional fragilisé et d’un État libanais à bout de souffle. Vice-présidence, ministère des Finances, commandement de l’armée, loi électorale: le scénario circule, intrigue et inquiète. Toutefois, derrière les spéculations diplomatiques, le débat reste largement fantasmé, verrouillé par des lignes rouges que ni le Hezbollah ni le système libanais ne semblent prêts à franchir.

La question, qui aurait semblé incongrue il y a encore quelques années, refait aujourd’hui surface dans certains cercles politiques et diplomatiques. À la faveur d’un front sud toujours actif, d’un axe régional en recomposition et d’un Liban institutionnellement exsangue, l’idée d’une refonte globale des équilibres politiques libanais ressurgit, comme à chaque moment de bascule historique.

Dans ces mêmes cercles, on évoque des « garanties », des « arrangements », voire un nouvel acte politique fondateur qui viendrait solder à la fois la question du Hezbollah et celle du système issu de Taëf.

Le scénario est désormais connu : en échange d’un désarmement ou, à tout le moins, d’une sortie de l’état de confrontation avec Israël, le Hezbollah obtiendrait des garanties politiques internes durables. Parmi elles, la création d’un poste de vice-président de la République, la pérennisation du ministère des Finances au profit de la communauté chiite, un verrouillage de certains postes sécuritaires, et une révision de la loi électorale redessinant la représentation politique. Sur le papier, l’hypothèse intrigue. Dans les faits, elle heurte de plein fouet des lignes rouges profondément ancrées.

« Parlons-en franchement », tranche un responsable politique interrogé par Ici Beyrouth, sous couvert d’anonymat. « On en parle beaucoup, mais sans jamais entrer dans le vif du sujet », poursuit-il. Car derrière l’agitation actuelle, une constante demeure : le débat sur une contrepartie politique au maintien ou à l’abandon de l’arsenal du Hezbollah n’a jamais été véritablement assumé.

Une idée ancienne, jamais assumée

Historiquement, l’idée d’un nouveau cadre politique global n’est pas neuve. Elle surgit par cycles, souvent dans les périodes où l’équilibre interne libanais paraît dépassé par les mutations régionales. Dès le début des années 2000, après le retrait israélien du Sud, des capitales occidentales s’interrogent sur la manière d'« intégrer » le Hezbollah dans l’État, une fois la justification militaire de la « résistance » affaiblie. L’équation est alors simple dans sa formulation, mais explosive dans ses implications : comment neutraliser une force armée sans lui offrir de compensation politique ?

C’est dans ce contexte que l’idée d’une conférence de dialogue national commence à circuler, d’abord à bas bruit, puis plus ouvertement lors de rencontres diplomatiques et de discussions officieuses. Elle réapparaît, en juillet 2008 au château de La Celle-Saint-Cloud, sous une forme prudente et théorique, avant d’être évoquée plus explicitement en 2012, lorsque l’ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, présente cette idée comme un espace de réflexion sur la « construction de l’État ».

À chaque fois, le même réflexe s’enclenche : une inquiétude aiguë partagée face à toute remise en cause de Taëf, à parité islamo-chrétienne et à l’équilibre fragile sur lequel repose encore la légitimité du système. Derrière ces craintes se profile une suspicion persistante : celle d’un glissement vers une redistribution du pouvoir fondée non plus sur la parité, mais sur une nouvelle équation tripartite, consacrant le poids démographique et politique du chiisme. « Toucher à Taëf, modifier l’architecture institutionnelle ou redistribuer les pouvoirs sous la pression des armes reviendrait à consacrer l’échec de l’État », avertit notre interlocuteur.

Plus encore et selon lui, l’argument selon lequel le Hezbollah « mériterait » des garanties constitutionnelles est irrecevable. « Cela fait plus de trois décennies que le Liban vit sans souveraineté pleine. Si quelqu’un doit parler de compensations, c’est l’État libanais », lance-t-il.

Un débat que le Hezbollah ne veut pas ouvrir

Aujourd’hui encore, malgré les supputations, le Hezbollah ne mène aucune négociation interne structurée sur ses armes. « La formation ne discute ni avec les forces politiques libanaises ni avec des médiateurs étrangers de la question de son arsenal », insiste le responsable interrogé. « Parce qu’en discuter, c’est déjà accepter l’idée que ces armes sont négociables, ce que le Hezbollah refuse catégoriquement, du moins pour le moment », signale-t-il.

Il faut dire que pour la milice pro-iranienne, l’arsenal ne relève pas d’un simple dossier sécuritaire. Il constitue la colonne vertébrale d’un projet politique, régional et idéologique, pensé bien au-delà du cadre libanais. Dans cette logique, les garanties évoquées aujourd’hui (vice-présidence, ministère des Finances, commandement de l’armée, etc.) ne sont ni officialisées, ni posées comme conditions explicites. Elles relèvent davantage d’une projection extérieure que d’une demande formalisée.

« Tant que le Hezbollah se perçoit comme un acteur central d’un axe régional, il ne peut pas entrer dans une logique de marchandage interne », résume le responsable susmentionné.

Ainsi, le débat sur les garanties ressemble-t-il actuellement davantage à un écran de fumée qu’à un processus réel. « Tant que les armes restent, tant que le projet régional n’est pas soldé, aucune discussion sérieuse ne pourra avoir lieu », conclut notre intervenant. La véritable question n’est donc pas de savoir si un nouveau contrat politique est souhaitable, mais si le Liban dispose encore des moyens institutionnels et politiques pour empêcher qu’un tel contrat lui soit imposé.

 

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