Rien n’est immuable en politique: l’actualité le rappelle brutalement. En Iran, les manifestations déclenchées le 28 décembre 2025 – parmi les plus massives depuis 1979 – ont relancé la question de la chute possible du régime des mollahs. La répression, le black-out numérique, les menaces d’escalade régionale, mais aussi les fractures internes dévoilent un vieux paradoxe. Certains régimes paraissent inébranlables parce qu’ils durent. Or, c’est justement leur longévité qui devient leur fragilité.
Un mot d’ordre et de discipline
Le mot «régime» vient du latin regimen, «direction, gouvernement», issu de regere, «diriger». Il entre dans la langue française dès le XIVᵉ siècle, d’abord pour désigner l’action de gouverner et la manière de conduire les affaires publiques.
Très tôt, «régime» déborde le seul champ politique. Il s’impose dans le domaine médical, où il désigne un ensemble de règles visant à discipliner le corps et les comportements. Dans le droit, les régimes – matrimonial ou juridique par exemple – organisent les rapports entre individus. Plus largement encore, le terme renvoie à tout système structuré de règles, de normes et de contraintes. Le régime est toujours un cadre, une architecture, une méthode d’organisation, qu’elle s’applique à l’État ou à l’individu.
En politique, le mot «régime» renvoie à des institutions, à une culture de l’autorité, à des mécanismes de contrôle et de légitimation, et parfois à un système basé sur la contrainte. Parler de «régime», c’est donc s’interroger sur la manière dont le pouvoir s’exerce, dure et finit par s’user.

Iran: l’hypothèse d’une chute
En Iran, les manifestations déclenchées le 28 décembre ont ravivé un débat longtemps confiné aux marges: celui d’une possible chute du régime. Par leur ampleur et la diversité des profils mobilisés, ce mouvement a été confronté à une répression accrue: un bilan humain très lourd mais incertain, les chiffres variant selon les acteurs, des arrestations massives et un black-out numérique qui dure depuis le 9 janvier.
L’incertitude domine. Aucun scénario ne s’impose clairement. Certains observateurs évoquent une lente érosion du régime, miné par une crise de légitimité, des tensions sociales persistantes et des divisions au sommet. D’autres estiment au contraire que l’appareil sécuritaire – au premier rang duquel les Gardiens de la révolution – conserve une capacité de contrôle suffisante pour empêcher tout basculement à court terme.
À cette scène intérieure s’en superpose une autre, régionale et internationale. Les États-Unis, Israël et plusieurs pays arabes suivent de près l’évolution de la situation, chacun avec ses propres lignes rouges, ses calculs stratégiques et ses messages dissuasifs. Les menaces d’escalade militaire ont été évoquées, puis partiellement mises en suspens, sans jamais être totalement écartées.
Cette double dynamique contribue à maintenir le régime dans un état de tension permanente sans pour autant clarifier l’issue.
Syrie: la fin d’un régime, l’épreuve de l’après
Le 9 décembre 2024 marque, pour la Syrie, un basculement: la chute du régime Assad a mis fin à des décennies de domination autoritaire, au terme d’un conflit dévastateur pour le pays et sa population. La désignation d’Ahmad el-Chareh comme président intérimaire a marqué l’ouverture d’une phase de transition, censée poser les bases d’un nouvel ordre politique.
Cette transition reste toutefois fragile. Le pays est confronté à des défis immenses: reconstruction d’institutions crédibles, relance économique, gestion des fractures sociales et communautaires, attentes de justice (traitement des dossiers de crimes) après des années de violences. La chute du régime a clos un cycle politique, sans pour autant garantir la stabilité du suivant.
En Syrie, la question n’est plus celle de la survie d’un régime, mais de la capacité de l’État à se refonder durablement.
Qu’il s’agisse d’un pouvoir encore en place ou déjà renversé, le mot «régime» parle davantage de fragilité que de solidité. Comment un pouvoir parvient-il à se maintenir? Par l’adhésion, l’habitude, l’institution ou la peur ? Ou par un mélange des quatre?
Quoi qu’il en soit, un régime ne «tombe» jamais d’un seul bloc. Il s’effrite, se recompose, se défend, puis parfois s’effondre.





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