Exilée en France depuis 2019, la championne d’échecs franco-iranienne Mitra Hejazipour fait entendre sa voix à travers son livre La joueuse d’échecs, témoignage à la fois intime et politique. Depuis Brest, où elle a reconstruit sa carrière et été sacrée championne de France en 2023, elle suit avec inquiétude la répression en Iran et la mobilisation croissante de son peuple. Entre mémoire, résistance et passion pour les échecs, Mitra Hejazipour explore le rôle du jeu comme instrument d’émancipation et le combat d’une génération pour la liberté.
Exilée en France depuis six ans, la championne d'échecs franco-iranienne Mitra Hejazipour rêve chaque nuit que la République islamique va tomber, une chute inéluctable, selon elle, car «le peuple iranien est de plus en plus mobilisé et en colère».
«Ça peut être demain, ou dans un an, mais je suis sûre que le pouvoir va tomber bientôt. Ça ne peut plus durer comme ça», affirme cette femme de 32 ans dans un entretien à l'AFP avant la sortie de son livre La joueuse d'échecs (Albin Michel).
Comme pour de nombreux Iraniens exilés, Mitra Hejazipour vit un début d'année 2026 «très angoissant». «Je n'ai pas pu joindre ma famille en Iran depuis dix jours car internet et le téléphone sont coupés», témoigne-t-elle.
Mais «j'ai pu parler à une amie qui travaille dans un hôpital. Elle m'a dit qu'il y avait beaucoup de blessés par balles, notamment aux yeux. Et beaucoup de morts. Elle était tellement déprimée qu'elle avait du mal à en parler», ajoute-t-elle.
Avec son mari, également iranien, Mitra Hejazipour scrute les réseaux sociaux et les sites d'information pour tenter de comprendre «ce qui se passe vraiment en Iran». «C'est très difficile de dormir ou manger. Mais on tient le coup», avec «l'espoir» que «le sacrifice des Iraniens, qui sont de plus en plus mobilisés et en colère», ne sera pas vain, dit-elle.
Elle aimerait que les pays occidentaux, notamment les États-Unis, leur viennent en aide en intervenant militairement, ce qu'ils ont jusqu'à présent écarté.
Pour elle, Reza Pahlavi, le fils de l'ancien chah en exil aux États-Unis, apparaît comme la «figure de rassemblement» qui «peut accompagner le peuple iranien dans la transition et l'instauration d'un système démocratique».
«Je devais partir»
Dans son livre, Mitra Hejazipour raconte comment, enfant à Mashhad, la deuxième ville d'Iran, elle est devenue une surdouée des échecs, collectionnant les victoires dans les compétitions nationales puis internationales.
«J'ai eu très tôt l'intuition que les échecs seraient un baume apaisant mon chagrin, mon bouclier contre les aléas de la vie», raconte-t-elle.
Mais un jour en 2019, «j'ai su que je devais partir d'Iran, ce pays de malheur où je ne me sentais plus chez moi».
«Je m'imaginais arracher mon voile, le piétiner, le déchirer, le brûler», ce qu'elle fait la même année au championnat du monde de Moscou, refusant désormais de jouer la tête couverte comme l'exige la République islamique.
Contrainte à l'exil, elle s'installe à Brest, où elle s'inscrit au club d'échecs local. Naturalisée française, elle est sacrée championne de France en 2023 et rejoint l'équipe nationale qu'elle fait progresser.
«J'ai été bien accueillie en France et j'ai rencontré des gens formidables, mais ce n'est pas facile de reconstruire sa vie dans l'anonymat alors que j'étais connue en Iran», témoigne-t-elle.
Habitant désormais Paris, Mitra Hejazipour a lancé une association, «Les Chevaleresses de l'Échiquier», pour soutenir les Françaises dans la pratique des échecs, «un outil d'émancipation».
En attendant, «tous les jours, au réveil, j'allume mon téléphone avec l'espoir que (le guide suprême Ali) Khamenei est mort, que le régime est tombé et qu'on puisse retourner dans un Iran libre», raconte-t-elle.
La joueuse d'échecs se verrait alors bien jouer «un rôle d'intermédiaire» pour que la France aide l'Iran, «un pays riche et magnifique, avec des gens très ouverts», à se reconstruire.
Avec AFP



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