Énergie: le Liban relance ses paris régionaux entre Chypre, l’Égypte et la Jordanie
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Le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, a présenté les orientations de son plan directeur pour le secteur énergétique, qui prévoit une diversification des sources d’approvisionnement et de production. Ce plan vise à réduire la dépendance énergétique et à renforcer la sécurité de l’approvisionnement en électricité.

Dans ses milieux proches, le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, a confirmé le projet de raccordement électrique avec Chypre, précisant que la Banque mondiale (BM) finance une étude de faisabilité économique visant à relier le Liban à l’île. L’étude porte à la fois sur les volumes d’électricité importables et sur le coût de l’interconnexion.  

Disposant d’un excédent de production — au point de devoir parfois déconnecter certaines capacités faute de demande — ainsi que de centrales performantes et de vastes parcs solaires, Chypre apparaît comme un partenaire naturel pour contribuer à la stabilisation du réseau libanais.

Interconnexion régionale  

Parallèlement, une réunion de travail doit se tenir en février prochain, réunissant des représentants du Liban, de la Syrie, de l’Égypte et de la Jordanie, afin de poursuivre la coordination autour du projet de raccordement quadripartite, destiné à permettre au Liban d’importer du gaz naturel égyptien et de l’électricité jordanienne.  

Le projet de raccordement quadripartite n’est pas nouveau. Il avait été suspendu pour des raisons politiques et techniques. En cause: les sanctions occidentales imposées à la Syrie dans le cadre de la «loi César», ainsi que les dégâts matériels sur le tronçon du gazoduc traversant le territoire syrien. Ce dernier avait été endommagé par la guerre civile déclenchée en 2011 et poursuivie jusqu’à la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024.

Dans ce contexte, tous les accords conclus avec la Syrie devront être réexaminés, l’électricité — et sans doute une partie du gaz — devant transiter par son territoire. De même, l’accord liant le Liban à Amman est désormais obsolète et nécessitera une révision. Selon le ministre Joe Saddi, le dossier devra être repris depuis le début.

Jordanie et Égypte : une double piste énergétique pour le Liban

La proposition jordanienne prévoit la fourniture au Liban de 150 à 250 mégawatts d’électricité, principalement durant les heures de pointe. En parallèle, l’Égypte a remis sur la table l’option d’un approvisionnement en gaz naturel via le gazoduc Arab (AGP), destiné à alimenter la centrale de Deir Ammar en remplacement du fioul.

S’agissant du gaz, le plan ne prévoit ni la construction de nouvelles infrastructures ni des livraisons maritimes, mais repose sur la réactivation du gazoduc arabe existant (AGP). L’approvisionnement du Liban proviendrait directement de l’Égypte, la mise en œuvre du projet restant toutefois conditionnée à l’état de préparation des infrastructures en Syrie et au Liban.

Relance de l’Arab Gas Pipeline

L’intégration du Liban dans le marché énergétique régional passe ainsi par la relance de l’Arab Gas Pipeline, un gazoduc d’environ 1 200 kilomètres, conçu pour acheminer le gaz naturel (GNL) égyptien vers le Moyen-Orient, avec une extension envisagée vers la Turquie puis l’Europe — un projet longtemps gelé en raison de la guerre en Syrie.

Dans ce cadre, une attention particulière devra être portée à l’état du tronçon Homs–Tripoli, censé permettre l’acheminement du gaz vers le Liban via la Jordanie et la Syrie, ainsi qu’à l’ensemble des installations, depuis Aqaba, en Jordanie, point de livraison du GNL égyptien, jusqu’à Tripoli, en transitant par la Syrie.

Évaluations techniques en cours

Une mission technique récente, rendue possible grâce au soutien de la Jordanie, a permis d’évaluer le projet. Les participants à la réunion de travail prévue en février seront informés des conclusions du rapport de la délégation, qui a déterminé les coûts et les délais nécessaires à la réhabilitation d’une partie du gazoduc arabe sur le territoire libanais, ainsi que des résultats de l’évaluation technique du tronçon syrien.

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