Courage! Fuyons...

Il y a des déclarations qui sentent moins la conviction que le calcul. En affirmant aujourd’hui que la relation du Courant patriotique libre avec le Hezbollah “n’est plus la même”, Gebran Bassil n’a surpris personne, sinon peut-être par le timing de cette soudaine lucidité politique.

Car personne n’est dupe. Si Bassil redessine aujourd’hui les contours de son alliance, ce n’est ni par rupture idéologique ni par sursaut de principes. C’est parce que le Hezbollah sort considérablement affaibli de sa guerre avec Israël, et que l’équation régionale comme intérieure n’est plus celle d’hier. Autrement dit, l’alliance n’est plus rentable électoralement.

Le moment choisi n’a rien d’anodin. À l’approche des élections législatives, le chef du CPL est en quête désespérée de popularité et tente de regagner une base chrétienne qui l’a largement déserté. Une base lassée d’un discours fluctuant, d’alliances toxiques et d’un parti qui a préféré s’adosser à une milice armée jusqu’aux dents plutôt que de défendre clairement l’intérêt national. Le CPL a fait le choix politique de s’allier à une milice qualifiée de terroriste par une large partie de la communauté internationale afin de servir ses propres agendas, au détriment de la souveraineté de l’État libanais.

Aujourd’hui, le CPL est de plus en plus effacé de la scène politique, et ce recul n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Il reflète un rejet populaire profond, conséquence directe de choix politiques jamais réellement assumés devant les électeurs. Cette marginalisation progressive est le prix d’années d’opportunisme, d’arrivisme et de calculs à courte vue.

Les revers subis par le parti ne se limitent pas à l’opinion publique. En interne aussi, la maison brûle. La démission de plusieurs députés du bloc parlementaire du CPL illustre une crise structurelle, un malaise profond et une perte de crédibilité qui ne peuvent être maquillés par un simple changement de discours. Ces départs sont le symptôme d’un leadership contesté et d’un projet politique en bout de course.

Cette tentative de repositionnement intervient également dans l’ombre d’un héritage impossible à effacer : le mandat présidentiel catastrophique de Michel Aoun, beau-père de Gebran Bassil. Un mandat synonyme d’effondrement économique, d’isolement international et de paralysie institutionnelle. Un bilan dont le CPL reste indissociable, malgré tous les efforts actuels pour s’en distancer.

Aujourd’hui, Bassil et son parti font des pieds et des mains pour se redorer le blason, multipliant les signaux contradictoires et les déclarations opportunes. Mais le mal est fait. La confiance auprès de leur base populaire est rompue. Et aux yeux de nombreux Libanais, ces volte-face tardives ne suscitent plus que scepticisme et lassitude.

À force d’opportunisme, le CPL a perdu ce qui fait la force d’un parti politique : la crédibilité. Et les électeurs, eux, ne prennent plus au sérieux ceux qui changent de position non pas par conviction, mais au gré des rapports de force.

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