Bassil, l’électricité, le débat… et beaucoup de brouhaha
©Ici Beyrouth

Au Liban, il suffit de quelques mois, voire de quelques jours, pour que tout bascule. Parfois, une simple interview télévisée suffit à provoquer des changements notables et à rebattre les cartes. Ce fut le cas lors de la récente intervention du chef des Forces libanaises, Samir Geagea, dans l’émission Sar el-Waqt avec le journaliste Marcel Ghanem. Le président du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, est alors entré en scène via un ancien tweet remis au goût du jour, dans lequel il appelait à un débat télévisé avec Geagea, après l’avoir accusé de crimes de guerre et de responsabilité dans des assassinats; des accusations devenues presque routinières dans les joutes verbales opposant le CPL aux Forces libanaises.

L’essentiel, dans ce contexte, réside toutefois dans ce qui a été dit presque incidemment durant l’interview. En défendant le ministre de l’Énergie Joe Saddi, Samir Geagea a suscité l’irritation de Gebran Bassil et de ses députés, contribuant à attiser la polémique davantage encore.

Le CPL a détenu le portefeuille de l’Énergie pendant de longues années. Il s’agissait de l’un des principaux acquis de l’accord politique conclu à l’époque, avant que celui-ci ne soit abandonné une fois ses objectifs épuisés. Or, durant cette période relativement longue, l’approvisionnement en électricité ne s’est pas amélioré, les données structurelles n’ont pas changé, et la situation s’est même aggravée. Sans omettre les sommes dépensées et largement gaspillées, que ce soit au niveau de la collecte des factures, du différentiel de subventions ou encore de la location des navires-centrales turcs.

En définitive, des milliards ont été dilapidés sans que le pays ne jouisse, à aucun moment, d’une alimentation électrique satisfaisante. Les rapports de force ont évolué, et les Forces libanaises ont hérité du portefeuille de l’Énergie dans le gouvernement de Nawaf Salam, tout en étant conscientes de leur incapacité à réaliser une percée significative dans un laps de temps aussi court. Le CPL a saisi cette opportunité pour s’attaquer à son adversaire historique, multiplier les accusations et tenter d’écorner l’image positive des ministres des Forces au sein du gouvernement.

Au-delà de cette controverse croissante, appelée à s’intensifier à l’approche des élections législatives, il apparaît clairement que tout ce qui se joue relève essentiellement d’une agitation vaine; un simple remplissage de temps. En atteste le discours de Samir Geagea sur la question de l’électricité. En fait, le rôle de Joe Saddi se limite à une gestion de crise: préserver le nombre actuel d’heures de fourniture, améliorer la collecte des paiements et mettre en place l’autorité de régulation. Tout le reste échappe aux prérogatives de tout ministre de l’Énergie quel qu’il soit.

Pour Geagea, le cœur du problème réside dans la nécessité de construire de nouvelles centrales, dont le coût est élevé. Et si, le cas échéant, leur construction s’avère indispensable, elle requiert le soutien de pays amis du Liban, sous forme de dons ou de prêts concessionnels. Or, dans les circonstances actuelles, tout débat sur ce sujet est inadapté: aucun des pays amis, malgré les relations privilégiées avec les Forces libanaises, n’est disposé à investir le moindre centime au Liban tant que la question des armes du Hezbollah n’aura pas été réglée.

D’où la question logique concernant le CPL: celui-ci savait pertinemment qu’il n’était pas en mesure, pour les mêmes raisons, de résoudre la crise de l’électricité. Certes. Mais il n’était pas pour autant contraint de faire peser de telles charges sur le Trésor public, ni de gérer le dossier des navires-centrales de la manière dont cela a été fait.

En conclusion, il n’y aura ni électricité, ni redressement d’aucun autre secteur, tant que la question des armes ne sera pas tranchée. Dans cette équation, cheikh Naïm est là aussi, encore et toujours, directement concerné.

 

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