Désarmement: l’œuf et la poule
©Ici Beyrouth

Le commandant en chef de l’armée libanaise poursuit sa tournée aux États-Unis. 
Son objectif: obtenir de l’aide. convaincre que l’armée libanaise ne peut pas faire de miracles… sans moyens.
Le souci c’est que la nouvelle doctrine occidentale et arabe est simple: aide en échange de résultats.
Pas de résultats? Pas d’aide.
Pas d’aide? Pas de résultats.
Bienvenue dans la version géopolitique du dilemme de l’œuf et de la poule.

Comment une armée sous-équipée, sous-financée, sous-payée, peut-elle désarmer une milice mieux équipée, financée, à coup de milliards, depuis des décennies par les mollahs et idéologiquement installée dans son refus de rendre les armes?
C’est un peu comme demander à un pompier avec un verre d’eau d’éteindre un incendie… puis lui reprocher de ne pas avoir sauvé l’immeuble.

Et ce problème de confiance ne date pas d’hier. On se souvient qu’il y a quelques années, l’Arabie saoudite avait gelé un don de 3 milliards de dollars destiné à l’armée libanaise, non pas par manque de sympathie, mais par crainte de ne pas pouvoir tracer précisément où allaient l’argent et les armes.
Autrement dit : aider, oui, mais pas sans garantie de contrôle. 
Pendant ce temps, la fameuse phase deux du désarmement, entre les fleuves Litani et Awali, est en salle d’attente, dans l’expectative des consultations du général Haykal à Washington. 
Mais il y a urgence. Et les délais sont de plus en plus courts. 
Le Hezbollah, regarde la scène avec un demi-sourire.
Pourquoi se presser de rendre ses armes quand on peut attendre de voir ce que Washington va faire avec Téhéran? Américains et Iraniens se retrouvent ce vendredi pour des discussions directes. 
La milice pro-Iranienne pense ainsi faire de la stratégie, alors qu’elle ne cherche qu’à gagner du temps, en espérant des jours meilleurs.
Ensuite, il y a l’autre éléphant dans le magasin de porcelaine : les camps palestiniens, et en particulier celui de Ain el-Héloué, près de Saïda.
Des dizaines de milliers d’habitants, plusieurs milliers de combattants, des factions rivales, islamistes, salafistes et un arsenal qui ferait pâlir d’envie certaines armées régulières.

Et là, on touche au cœur de l’absurde libanais :
on demande à l’armée libanaise de désarmer tout le monde, sauf qu’il y a des zones où elle ne peut pas entrer, des groupes qui ne veulent pas négocier et des acteurs qui attendent des instructions de capitales étrangères.
Autrement dit: désarmez, mais sans déranger personne.
La vérité, c’est que la phase deux n’est pas simplement militaire. Elle est diplomatique, régionale. Presque métaphysique.
Elle dépend moins des soldats libanais que des négociations irano-américaines, des équilibres palestiniens et de la patience des grandes puissances qui sont sérieusement tentées de passer à autre chose. 
Et pendant que le général négocie à Washington, il a déjà un pied à Paris qui organise le 5 mars une conférence internationale sur l’aide à l’armée libanaise. 
Reste une question, la seule qui compte vraiment :les partenaires du Liban viendront-ils avec des chèques, ou seulement avec des encouragements?
Car au pays du désarmement sans armes, même la diplomatie finit par ressembler à un exercice de tir… à blanc.

Victor Hugo disait: «Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue».
Après 50 de guerres pour les autres, le désarmement des milices n’est plus une option mais une certitude. Le chemin est escarpé.

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