Les revers s’accumulent pour le Hezbollah, même si certains de ses responsables continuent de donner l’impression que tout va pour le mieux. Pendant ce temps, Israël traque ses dirigeants – ou ce qu’il en reste – avec une intensité inédite, multipliant frappes aériennes et attaques de drones contre toute cible suspecte, qu’il s’agisse d’un motard ou d’un appartement résidentiel.
Dans ce contexte, plusieurs signaux récents montrent que le Hezbollah s’efforce à détourner l’attention des évolutions militaires en cours, notamment la progression de l’armée israélienne dans les villages du Liban-Sud. La stratégie consisterait à brouiller les lignes en attisant les tensions internes. Les propos de Mahmoud Comati, vice-président du Conseil politique du Hezbollah, menaçant ouvertement de renverser le pays et le gouvernement, associés aux intimidations visant médias, journalistes et voix indépendantes, illustrent cette stratégie. L’objectif semble clair: recréer un climat de peur, restaurer une image bâtie au fil des années sur l’intimidation, la coercition et, parfois, l’élimination physique. Une image aujourd’hui fragilisée, au point que le Hezbollah apparaît, pour certains, comme un géant de papier.
Certes, les conditions d’une véritable guerre civile ne sont pas réunies à ce stade. Les autres acteurs ne disposent ni de l’arsenal ni de la capacité organisationnelle nécessaires à un tel affrontement. Il n’en demeure pas moins que l’embrasement, même limité, du front intérieur servirait les intérêts du Hezbollah à plusieurs égards. Des accrochages sécuritaires, notamment à Beyrouth, lui permettraient de capitaliser sur sa supériorité militaire et sur la discipline de ses combattants, bien supérieure à celle de civils non organisés.
De tels incidents — appelons-les troubles, affrontements ou autre — auraient pour effet de recentrer l’attention sur la scène libanaise, tout en réactivant, au sein de la population, un réflexe de crainte vis-à-vis du Hezbollah. Cette crainte, autrefois nourrie par le charisme de son ancien chef, s’est nettement érodée, au point que certains de ses relais d’influence se retrouvent désormais marginalisés, voire incarcérés.
Dans l’hypothèse d’une escalade interne, le Hezbollah retrouverait un terrain d’action familier. Il pourrait s’imposer de nouveau comme un acteur incontournable du jeu politique libanais, après avoir vu son rôle s’étioler. Ses ministres, aujourd’hui discrets, voire en retrait, pourraient alors redevenir des interlocuteurs incontournables, dans un contexte où la peur forcerait les autres acteurs à négocier et à concéder ce que le parti considère comme ses acquis.
Acculé, le Hezbollah réagit à la manière d’un animal pris au piège: en attaquant. Reste à espérer que cette stratégie ne porte pas ses fruits. Au Liban, la paix civile demeure un impératif, et une large partie de la société refuse de se laisser entraîner dans la spirale de tensions que certains semblent vouloir raviver.



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