Le fédéralisme: Robert de Caix de Saint-Aymour
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Fervent défenseur de l’indépendance du Liban, Robert de Caix de Saint-Aymour s’opposa constamment au projet de fédération avec la Syrie et même aux propositions d’union économique. Sa proposition fut un régime fédéral pour le Liban. Sa fidélité à la cause des chrétiens demeura exemplaire. Officier de la Légion d’honneur en France, il reçut au Liban l’Ordre du Mérite (1ʳᵉ classe) en 1929.

Robert Louis Ernest Marie de Caix de Saint-Aymour (1869-1970) joua un rôle central dans la naissance du mandat français au Levant. Il fut collaborateur civil d’Henri Gouraud, puis son secrétaire général, avant d’être lui-même nommé haut-commissaire de la République française au Levant par intérim de 1922 à 1923. Ayant beaucoup voyagé pour son métier de journaliste et de diplomate, il fut exposé aux réalités anthropologiques et aux problématiques des identités culturelles en Afrique du Nord, en Extrême-Orient, en Amérique du Nord et au Levant.

 

Le mandat au Levant

Son intérêt pour le Levant remontait à bien avant la Première Guerre mondiale, alors qu’il plaidait en 1912 pour une influence française sur la Syrie et la Cilicie arménienne. Il préconisait cependant dans le numéro de décembre 1914 de l’Asie française le maintien de l’Empire ottoman, dans l’optique d’y rétablir les capitulations. Le génocide en Cilicie et la Grande Famine au Liban allaient bientôt modifier sa position et en faire un fervent défenseur du projet d’un Liban chrétien.

Avec l’éclatement de la Grande Guerre, il prit parti pour le démembrement de l’Empire ottoman. Après la défaite des Alliés dans les Dardanelles, il alla jusqu’à préconiser, avec le Comité de l’Asie française, une offensive en vue de l’occupation de Constantinople. Le Comité revendiquait aussi la Syrie, le Liban, la Cilicie et la Galilée, ainsi que des parties de la Transjordanie et de la Judée.

Ses multiples publications et démarches politiques influencèrent François Georges-Picot dans la rédaction des accords Sykes-Picot de mai 1916. La même année, Robert de Caix fut nommé secrétaire du Comité d’action en Syrie.

 

Entre libanistes et arabistes

À partir de 1919, Robert de Caix mit en pratique ses visions politiques. Il participa aux négociations qui façonnèrent la nouvelle carte du Levant, notamment avec des personnalités de premier plan telles que Mustapha Kemal et l’émir Fayçal.

Chargé par Philippe Berthelot de contrer les revendications britanniques, il se trouva rapidement confronté aux divergences entre les mouvances libaniste et arabiste. Cette dernière était fortement soutenue par les Britanniques proches des chérifiens de l’émir Fayçal, notamment Sir Mark Sykes et le colonel Thomas Edward Lawrence.

C’est seulement après la victoire de la droite aux élections de 1919 que le camp arabiste commença à perdre du terrain, avec le retrait de Clemenceau, dont les convictions anticléricales s’opposaient constamment au projet maronite. Ce fut alors un succès pour les milieux catholiques français. Les revendications de l’émir Fayçal sur le Levant furent définitivement écartées en 1920, avec la création du Grand-Liban ainsi que des États alaouite et druze.

 

La gouvernance du Levant

Robert de Caix de Saint-Aymour n’affectionnait pas l’adage « diviser pour régner ». Respectueux des droits des minorités et de la diversité culturelle qu’il avait observée au cours de ses nombreux voyages, il fonda en 1926, avec Émile Lauvrière, le Comité France-Acadie, en faveur des populations francophones des États-Unis et du Canada.

Conscient des susceptibilités locales et des valeurs de subsidiarité, il préconisait pour le Levant un système de gouvernance similaire à l’Indirect Rule britannique. Malgré son étroite collaboration avec le général Henri Gouraud, qu’il avait déjà connu au Maroc en 1911-1912, son approche humaniste et moderne échoua, en raison de multiples obstacles internes et externes.

Dans son administration, il déplora, avec le général Gouraud, le manque de fonctionnaires qualifiés, tandis que son projet régionaliste et subsidiaire se heurtait à la résistance des Arabes, déterminés à dominer le Levant. À cela s’ajoute l’opposition de certains Maronites, hostiles à toute révision des frontières du Grand-Liban ou à toute allusion au modèle fédéral. Certains allaient même jusqu’à réclamer la fin de la tutelle mandataire, alors qu’ils n’étaient manifestement pas prêts à assumer leur indépendance, ni politiquement, ni économiquement, ni démographiquement. 

Son combat au sein de l’administration française l’opposa notamment aux anticléricaux tels que le général Maurice Sarrail, dont l’aversion pour l’Église n’avait d’égale que son mépris pour les druzes. Robert de Caix le considérait comme le principal responsable de la révolte druze de 1925, qui fit plus de dix mille morts et s’étendit jusqu’au Liban.

 

La carte du Levant

Robert de Caix discernait la complexité du Grand-Liban autant que celle du Levant dans son ensemble. Conscient de la réalité multiethnique de cette région, il s’opposa à l’unification des cinq États syriens et au projet de fédération syro-libanaise vigoureusement rejeté par les chrétiens. Par ailleurs, pour lui, la laïcisation n’avait aucun sens, car elle revenait à nier les particularités ethnoculturelles et à permettre l’hégémonie de la majorité arabe sur les autres composantes.

Son rôle et ses relations au Quai d’Orsay firent de lui le principal théoricien et le personnage central dans l’élaboration de la politique française au Levant et au Moyen-Orient. Il concevait la région comme un « agrégat de municipes », inspiré de l’administration impériale de la Rome antique.

Cette carte devait garantir l’indépendance des entités levantines face au vaste hinterland arabe. Il fut donc le défenseur des minorités druzes et alaouites, ainsi que des chrétiens, alors que ses prédécesseurs favorisaient des schémas reposant sur la logique majoritaire arabe.

 

Le système libanais

C’est à Robert de Caix que l’on doit le principe de la « discrimination positive » protectrice de la diversité, connu sous le nom de système confessionnel. C’est à lui que nous devons également l’organisation administrative du Grand-Liban en quatre sandjaks et deux municipes autonomes.

Inspiré de la constitution des « Règlements organiques » du Mont-Liban de 1864, Robert de Caix avait saisi le sens véritable du terme millet, qui signifiait nation et non confession. Il comprit que ces identités organiques ne peuvent en aucun cas être réduites à la foi religieuse, et qu’il convenait de les reconnaître et de les protéger afin d’éviter que toute injustice ne se transforme, à l’avenir, en catastrophe.

Même après avoir constaté l’échec de sa mission et demandé son transfert en Europe, Robert de Caix continua à œuvrer pour le Levant et pour les chrétiens en particulier. En 1924, il fut nommé délégué français à la Commission permanente des mandats à la Société des Nations. En 1925, avec le soutien d’Aristide Briand et de Philippe Berthelot, il parvint à contrer le projet de Maurice Sarrail visant à abolir la représentation confessionnelle libanaise.

À Genève, il se distingua par sa sensibilité à la diversité dans ce qui est appelé le monde arabe, dont il continuait à préconiser le morcellement. La situation précaire des minorités au Levant le hantait toujours. Très critique envers les fonctionnaires français du mandat, il se retira à la fin des années 1950 dans un profond désenchantement, tout en continuant à s’exprimer à travers la presse et la télévision.

Sa fidélité à la cause des chrétiens du Liban demeure exemplaire. Après avoir été décoré officier de la Légion d’honneur en France en 1921, il reçut au Liban l’Ordre du Mérite (1ʳᵉ classe) en 1929. Fervent défenseur de l’indépendance du Liban, il s’opposa constamment au projet de fédération avec la Syrie, et même à l’union économique préconisée par le général Gouraud.

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