Milano Cortina 2026 ouvre ses Jeux du 6 au 22 février, et le slalom messieurs du 16 février à Bormio sera un examen sans rattrapage : deux manches, des centièmes qui mordent, et des portes qui ne pardonnent rien. À 17 ans, Andrea el-Hayek s’y présente avec un dossard libanais et un moteur qui tourne déjà à plein régime depuis l’enfance.
Dans la grande loterie des sports d’hiver, il y a ceux qui rêvent des Jeux et ceux qui parviennent à verrouiller la qualification. Andrea el-Hayek a franchi la ligne : à 17 ans, il représentera le Liban en slalom aux Jeux de Milano Cortina 2026. Son rendez-vous est net, presque brutal : le 16 février, au Stelvio Ski Centre, première manche à 10h00, seconde à 13h30. Une seule course olympique, mais un résumé de vie.
Le slalom, ce sport qui se joue à la lame
Le slalom n’est pas “une descente”. C’est un sport de chirurgiens pressés. Les appuis se posent au millimètre, la ligne se décide à l’instinct, et chaque micro-retard devient une sanction. Deux manches pour prouver qu’on sait répéter l’exploit, pas seulement le tenter. Là où d’autres disciplines laissent respirer, le slalom enferme : cadence, relance, lecture, nerfs. Tout le monde arrive entraîné, personne n’arrive tranquille.
Andrea el-Hayek, lui, arrive avec une signature : un ski “propre” mais agressif, un mélange d’audace, de précision et de vitesse qui attire l’œil. Dans les rangs, on le regarde aussi pour une raison simple : il fait partie des plus jeunes du plateau, sans donner l’impression d’avoir la moindre envie de jouer petit bras.
Une trajectoire à l’ancienne : tôt, vite, et sans pause
Son histoire commence très tôt : Andrea chausse à deux ans. La glisse n’est pas une découverte, c’est une langue maternelle. À six ans, il s’attaque déjà à Courchevel, sur un tracé réputé exigeant, comme si l’enfance avait déjà compris une règle du haut niveau : on progresse en se frottant au dur.
Puis vient le marathon des dossards, celui qui ne fait pas toujours les gros titres mais qui construit des athlètes : titres et podiums au Liban et en Grèce, expériences sur des circuits regroupant des “petites nations” affiliées à la fédération internationale, compétitions à Dubaï, étapes en Amérique du Sud… La carte n’a rien d’un itinéraire touristique : c’est un agenda de chasseur de points. Et à l’arrivée, une “armoire à trophées” déjà bien remplie pour un garçon qui n’a pas encore 18 ans.
Le choix du drapeau : un message plus fort qu’un passeport
Andrea est le fils d’Élie, Libanais, et d’Hélène, Grecque. Il grandit avec cette double culture et, très tôt, une évidence qu’il transforme en décision : représenter le Liban. Pas par opportunisme, mais par attachement. Ce choix, dans les sports d’hiver, pèse lourd : il engage un athlète, une famille, une logistique, une fédération, et une idée simple — porter un drapeau qui n’a jamais eu la vie facile, y compris sur la neige.
D’ailleurs, le Liban n’est pas un novice olympique en hiver : il a une histoire, des présences, des visages. Mais chaque génération a besoin d’un relais. À Milano Cortina, Andrea el-Hayek s’avance comme l’un de ces coureurs de transmission : il ne “participe” pas, il remet le Liban dans une porte, là où tout se joue.
Les coulisses : valises, carres affûtées, et une routine de pro
Le public voit une minute de course. Le reste, c’est l’invisible : entraînements à l’année, déplacements constants, préparation physique, réglages, matériel, sommeil cassé, corps qui encaisse. Andrea vit à Londres, mais son vrai domicile, ces dernières années, ressemble à un circuit : un pays, une station, une compétition, puis on recommence. Il le dit sans dramatiser : quasiment pas de vraie coupure depuis près de trois ans, parce que le ski de compétition ne se prépare pas “en saison”, il se construit tous les mois.
Dans un sport où un dixième se gagne parfois sur un détail de timing et un réglage de ski, cette obsession du travail finit par payer : la qualification olympique n’est pas un miracle, c’est une addition.
Bormio, 16 février : deux manches pour écrire la ligne
Le 16 février, Bormio ne demandera pas à Andrea el-Hayek d’être “beau” : Bormio demandera d’être juste. D’être lucide dans la première manche, et solide dans la seconde. De rester dans son plan. De gérer le stress, la pente, la pression, l’événement, et ce bruit particulier des Jeux où chaque porte semble doubler de taille.
Au Liban, on aime les histoires où l’on renverse la table. Celle-ci est plus fine : c’est l’histoire d’un adolescent qui a empilé les kilomètres, les courses et les sacrifices pour s’offrir une seule fenêtre olympique. Une fenêtre courte, mais immense. Et dans le jargon des sportifs, cela s’appelle une finale : une date, un dossard, et un pays derrière.
Le 16 février, Andrea el-Hayek ne jouera pas contre “les autres”. Il jouera contre la pente, le chrono et la moindre hésitation. C’est souvent comme ça que naissent les vraies histoires : une course, un virage, une porte… et un drapeau qui passe.




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