«4211 km» ou le théâtre comme acte de résistance face à l’oppression en Iran
L’autrice, comédienne et metteuse en scène franco-iranienne Aïla Navidi pose lors d’une séance photo au théâtre Marigny, à Paris, le 6 février 2026. ©Joel SAGET / AFP

Récompensée de deux Molières en 2024, la pièce 4211 km d’Aïla Navidi est reprise au Studio Marigny à Paris jusqu’au 28 mars, tandis qu’une seconde distribution est en tournée dans toute la France. À travers le récit autobiographique de l’exil d’une famille iranienne, la metteuse en scène et comédienne fait du théâtre un acte de mémoire et de résistance, affirmant que jouer ce spectacle aujourd’hui relève d'« un acte de résistance culturelle face à ce qui est en train de se passer en Iran ».

Avec 4211 km, qui raconte l'exil d'une famille iranienne en France, la metteuse en scène Aïla Navidi témoigne des difficiles parcours de vie de la diaspora mais entend aussi «relayer la voix» du peuple iranien d'aujourd'hui qui se bat «pour vivre libre».

Récompensée de deux Molières en 2024, la pièce est reprise au Studio Marigny à Paris jusqu'au 28 mars, tandis qu'une deuxième équipe de comédiens est en tournée dans toute la France.

Elle narre l'histoire de Yalda, fille de Fereydoun et Mina Farhadi, née en France en 1981, peu après l'arrivée de ses parents, réfugiés politiques qui se sont battus contre la monarchie du Shah puis ont fui la révolution islamique de 1979.

À quelques détails près, il s'agit d'une autobiographie d'Aïla Navidi, Franco-Iranienne qui signe le texte, sa première pièce, et l'interprète également aux côtés de cinq comédiens de sa troupe, la Compagnie Nouveau Jour.

Dans ce récit ponctué de flash-back et de rappels historiques, il est question de déracinement, d'identité et d'un vœu pieux, celui du «retour» au pays. Son titre, 4211 kilomètres, fait référence à la distance qui sépare à vol d'oiseau Paris de Téhéran.

«Depuis sa création en 2021, la pièce a toujours eu une résonance avec l'actualité iranienne», raconte l'artiste de 41 ans, rencontrée par l'AFP. D'abord au moment du mouvement «Femme, vie, liberté» de 2022 déclenché par la mort en détention de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir prétendument enfreint le strict code vestimentaire imposé aux femmes.

Et elle a, «plus que jamais», une «responsabilité culturelle et politique» depuis le «massacre» des dernières semaines, estime-t-elle.

«Sidération»

Initié en décembre par des commerçants contre le marasme économique, le mouvement de contestation a pris de l'ampleur et une tournure politique début janvier. Les autorités ont imposé le 8 janvier une coupure d'internet pour cacher, selon les défenseurs des droits humains, une répression sanglante qui a fait des milliers de morts. Le nombre exact, difficile à vérifier, varie selon les ONG.

En fin de représentation, Aïla Navidi confie à son public: «Jouer cette pièce aujourd'hui, c'est un acte de résistance culturelle face à ce qui est en train de se passer en Iran».

Il s'agit de «relayer la voix des femmes et des hommes iraniens», qui «se battent pour vivre libre», ajoute-t-elle, avant que ne démarre une courte vidéo sur laquelle apparaissent les prénoms et noms de personnes exécutées par le régime, que ce soit en 2022 ou ces dernières semaines.

La dramaturge a également souhaité, par cette pièce, «laisser une trace» et «témoigner pour l'Histoire». «Parce que la réalité d'une dictature, c'est qu'on (y) efface les écrits».

«C'est donc important de documenter et raconter les parcours de ceux partis dans les années 1980-1981-1982», de ceux qui sont restés, ont été «emprisonnés, ou exécutés», de ceux enfin «qui se sont exilés plus tard aussi», détaille-t-elle.

Elle, qui a encore de la famille sur place, dit osciller entre «inquiétude extrême» et «sidération».

Alors qu'elle n'a jamais pu se rendre en Iran, elle aspire à y «retourner», selon ses mots. Mais uniquement «dans un Iran libre».

Par Karine PERRET / AFP

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