Doha. Une finale. Un 7-2 qui claque comme une sirène de fin de match. Le Liban a remporté la toute première édition du Qatar Hockey Championship en balayant Galaxy Warriors, et il l’a fait sans trembler, avec cette autorité tranquille des équipes qui savent exactement ce qu’elles veulent : la coupe, oui, mais surtout le respect.
Sur la glace, pas de folklore. Du rythme, du répondant, des séquences propres et une efficacité chirurgicale quand il fallait planter. Le tournoi a été mené comme une série bien négociée : concentré en phase préliminaire, sérieux dans les matchs à élimination, impitoyable au moment de conclure. Une campagne sans accrocs, une trajectoire nette, et un message limpide : le hockey libanais n’est plus une curiosité, c’est une réalité qui gagne.
La diaspora, moteur et vestiaire
Cette réalité, elle parle avec un accent de diaspora. Parce qu’au Liban, les patins ne sont pas encore une habitude nationale, faute d’infrastructures. Mais à l’étranger, la communauté libanaise a trouvé une patinoire, puis une équipe, puis une idée. Et quand l’idée prend, elle devient projet. À Doha, cette équipe a patiné avec une identité : celle d’un pays qu’on porte sur la poitrine, même quand on a appris le hockey ailleurs.
Charles el-Mir, président de la Fédération libanaise de hockey sur glace, ne cherche pas à maquiller l’émotion derrière le protocole. À Ici Beyrouth, il lâche le ressenti brut, celui qui dit l’humain derrière la performance : il se dit “très heureux, très fier”, parle d’un “beau travail”, salue “des garçons et des dirigeants formidables”, “des héros”, “disciplinés”, “irréprochables”. Des mots simples, mais qui frappent juste : ils racontent un groupe qui a de la tenue, un vestiaire qui ne flotte pas.
Un plan long terme, une punchline immédiate
Et surtout, ils éclairent le plan. Son objectif est clair : ces tournois ne sont pas des cartes postales, ce sont des leviers. Une vitrine, oui, mais une vitrine qui sert à pousser une porte. Car l’ambition dépasse le tableau d’affichage. Ce que la Fédération cherche, c’est l’étincelle qui déclenche le reste : faire exister le hockey au Liban, attirer des soutiens, crédibiliser une démarche, et préparer le jour où l’on pourra bâtir, enfin, un vrai complexe sportif multidisciplinaire — à condition que l’air du temps redevienne respirable, économiquement, politiquement et régionalement.
La stratégie est pragmatique, presque “nord-américaine” dans sa logique : gagner ailleurs pour convaincre ici. Accumuler des résultats à l’international pour installer une légitimité. Fédérer la diaspora pour élargir la base. Séduire des partenaires pour financer la structure. Puis, petit à petit, ramener la pratique vers le territoire. Ce n’est pas le rêve contre la réalité : c’est le rêve qui s’organise pour devenir réalité.
Doha a aussi été un moment de reconnaissance collective. Le Liban a salué l’accueil et l’organisation, remercié les équipes croisées sur la route, les supporters qui suivent de loin comme s’ils étaient au bord de la bande, les sponsors et ceux qui travaillent quand la caméra se détourne. Dans un sport où tout coûte — la glace, les déplacements, l’équipement, le temps — l’arrière-scène compte autant que le but gagnant.
Alors oui, le Liban a une équipe nationale de hockey sur glace. Et après Doha, la question n’est plus “vraiment ?”. La question, désormais, c’est : qui pourra encore l’ignorer ?




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