L’élimination d’Ali Khamenei, dès les premières frappes de samedi, ouvre une phase dont nul ne peut prédire l’issue. Pour la première fois depuis 1989, la République islamique d’Iran se retrouve sans son pivot idéologique et arbitre suprême. Mais cette vacance n’est pas seulement symbolique: elle intervient alors qu’une partie significative de l’appareil politique, militaire et sécuritaire a été décapitée par les frappes en cours.
Constitutionnellement, un mécanisme est prévu. Un conseil de transition doit assurer l’intérim et organiser la désignation d’un nouveau Guide suprême. Sur le papier, le système paraît verrouillé. En réalité, tout dépendra de la loyauté des forces armées.
La question centrale est simple: l’armée régulière suivra-t-elle sans broncher une succession imposée par les durs du régime? Et les Gardiens de la Révolution, colonne vertébrale idéologique, militaire et économique du système, accepteront-ils de déposer les armes comme l’a exigé samedi Donald Trump? Rien n’est moins sûr. Leur pouvoir est tel qu’ils ont autant à perdre qu’à sauver.
Mais le facteur le plus explosif réside peut-être ailleurs: dans ce qu’on appelle les proxys. Les dernières milices alliées au régime iranien peuvent décider d’ouvrir d’autres fronts pour montrer que Téhéran n’est pas isolé. Depuis le Liban, le Yémen ou l’Irak. des attaques pourraient être déclenchées contre des intérêts occidentaux ou régionaux. Des ambassades, par exemple. Et là, le conflit changerait d’échelle. On ne serait plus dans une confrontation centrée sur l’Iran, mais dans une guerre par cercles concentriques, capable d’embraser toute la région. Le comportement du Hezbollah est particulièrement scruté. La milice pro-iranienne est traversée de courants opposés. Les plus ultras franchiront-ils le pas d’une riposte? Ce qui précipiterait le Liban dans le feu. Le président libanais Joseph Aoun réunit un conseil de sécurité ce dimanche pour tenter de parer à toute éventualité.
L’hypothèse d’attentats terroristes en Europe n’est pas non plus écartée.
Une autre question, plus silencieuse mais plus lourde encore, plane au-dessus de cette crise: où sont donc les 450 kilos d’uranium enrichi accumulés par le régime? À quoi peuvent-ils servir dans un contexte de chaos interne et de pression extérieure maximale? Sont-ils un simple levier de négociation, une carte dissuasive, ou un seuil stratégique prêt à être franchi si ce qui reste du régime estime sa survie menacée? Dans une phase d’instabilité, la tentation d’une fuite en avant n’est jamais théorique.
Il y a ensuite la rue iranienne. Depuis des années, elle gronde. Les mouvements de contestation ont été écrasés dans le sang. Des scènes de liesse ont été observées à Téhéran, à l’annonce de l’élimination de Khamenei. Si l’appareil sécuritaire se fissure, la population pourrait saisir l’instant comme le pressent de le faire les Américains et les Israéliens. Mais si, au contraire, les factions les plus radicales consolident leur contrôle, on pourrait assister à un raidissement encore plus conservateur. Un régime encore plus militarisé et imprévisible.
Deux scénarios extrêmes se dessinent. Le premier: une transition contrôlée, rapide, verrouillée, qui reconduit l’architecture théocratique sous un nouveau visage. Le second: une lutte interne entre factions, ouvrant la voie à un affaiblissement structurel, voire à un effondrement progressif du régime. Entre les deux, mille nuances d’instabilité.
En attendant, les frappes continuent. Chaque explosion redessine les rapports de force internes. L’Iran entre dans une zone de turbulence majeure.
Ce qui est certain, c’est que le régime n’est plus dans la posture d’assurance qu’il affichait. Et lorsqu’un système fondé sur la peur commence à douter, tout devient possible.




Commentaires