«Protection»: prévenir, préparer, défendre
©Ici Beyrouth

Le danger fait partie de la condition humaine. Catastrophes naturelles, crises sanitaires, conflits ou dérèglement climatique rappellent notre vulnérabilité. Face à l’imprévisible, un mot s’impose: «protection». À l’occasion de la Journée mondiale de la protection civile, célébrée le 1er mars, retour sur un terme qui interpelle notre capacité à nous défendre mais surtout à prévenir les risques.

Le danger ne prévient pas. Il surgit. Incendies, inondations, effondrements, accidents, crises sécuritaires: l’imprévisible fait partie de notre monde.

Face à lui, un mot revient: «protection».

Célébrée le 1ᵉʳ mars, la Journée mondiale de la protection civile rappelle que protéger ne signifie pas seulement intervenir lorsque tout bascule. Protéger, c’est anticiper. Préparer. Organiser la réponse avant la catastrophe.

Au Liban, la Défense civile, la Croix-Rouge libanaise, les équipes de secours municipales, les ONG spécialisées dans le déminage ou l’assistance humanitaire incarnent au quotidien cette mission. Leur travail commence bien avant l’urgence et se prolonge après elle.

Les chiffres rappellent l’ampleur des enjeux: selon les Nations unies, les catastrophes naturelles ont touché plus de 4 milliards de personnes au cours des deux dernières décennies, et près de 90% d’entre elles sont liées au climat.

En 2026, l’Organisation internationale de la protection civile place la journée sous un thème d’actualité: «Gérer les risques environnementaux pour un avenir résilient et durable».

La protection n’est donc plus seulement un secours. Elle est une stratégie. Un choix collectif.

Un mot venu du «toit»

Le nom «protection» apparaît en français au XIIᵉ siècle. Il est emprunté au latin chrétien protectio, signifiant «abri, défense» et «protection de Dieu». Il est dérivé de protectum, qui désigne «le toit, la toiture». À l’origine, protéger c’est donc couvrir, mettre sous un toit, offrir un abri.

Dans son sens premier, la protection est un geste de défense. Elle consiste à veiller sur quelqu’un, à le mettre à l’abri d’un danger. Le seigneur médiéval accordait sa protection à ses vassaux. Aujourd’hui, les services de sécurité assurent la protection rapprochée d’une personnalité. On peut demander protection, placer un enfant sous la protection d’un tuteur, veiller à la protection d’un témoin.

Par extension, le mot s’applique aux choses autant qu’aux personnes. Il désigne l’action de préserver un bien contre une atteinte ou une détérioration: protection des eaux, de la nature, du patrimoine.

Au XVIIᵉ siècle, le mot connaît un glissement sémantique, pour exprimer le fait de «favoriser la carrière de quelqu’un». Obtenir un poste «par protection», c’est bénéficier d’un appui, d’un réseau. La protection devient un levier d’influence.


 

À partir du XXᵉ siècle, «protection» acquiert un usage plus spécialisé dans le cadre des politiques publiques. On parle ainsi de protection sociale, protection maternelle et infantile (PMI), ou encore de protection civile, chargée des missions de secours, de formation et d’assistance en cas de catastrophe.

Dans ces emplois, la protection n’est plus seulement un acte individuel: elle devient une structure organisée, encadrée par l’État ou par des institutions publiques. Elle désigne un ensemble de dispositifs juridiques, administratifs et techniques, destinés à garantir la sécurité des personnes, des biens et des droits.

Une journée pour renforcer l’action collective

Instituée par l’Organisation internationale de la protection civile, la Journée mondiale du 1ᵉʳ mars commémore l’entrée en vigueur de sa Constitution en 1972.

Elle poursuit plusieurs objectifs: sensibiliser les citoyens aux risques, valoriser le travail des secouristes et volontaires, encourager les États à renforcer leurs dispositifs de prévention, promouvoir la coopération internationale.

Le thème 2026 insiste sur la gestion des risques environnementaux. Dans son message, le secrétaire général de l’OIPC, Arguj Kalantarli, souligne que cette gestion doit être «une composante intégrale de la protection civile», impliquant alerte précoce, prévention, infrastructures résilientes et coopération internationale.

Autour de cette journée, des exercices de simulation, des formations aux premiers secours, des campagnes de sensibilisation et des journées portes ouvertes sont organisés dans de nombreux pays. La protection s’apprend. Elle se partage.

L’OIPC: de l’idée des «lieux neutres» à la coopération mondiale

L’actuelle Organisation internationale de protection civile (OIPC) trouve son origine en 1931, à Paris. Le médecin général Georges Saint-Paul, marqué par les atrocités de la Première Guerre mondiale, fonde l’Association des «Lieux de Genève». Son idée: créer des zones neutralisées où les civils – femmes, enfants, personnes âgées – pourraient trouver refuge en temps de guerre.

Reconnue en 1935 par la Chambre des députés française, l’initiative préfigure une institutionnalisation de la protection des populations civiles.

L’organisation évolue, devient intergouvernementale et adopte son cadre constitutionnel en 1972. Aujourd’hui, l'OIPC regroupe 61 États membres, dont le Liban, depuis le 1ᵉʳ mars 1972, date symbolique qui coïncide avec la célébration annuelle.

Aujourd’hui basée à Genève, l’OIPC fédère les structures nationales de protection civile, les représente au niveau international et contribue à renforcer leurs capacités. Elle développe des programmes de formation, fournit une assistance technique et coordonne des projets humanitaires: déminage, aide d’urgence, équipements.

Comme le rappelle l’OIPC dans son message 2026, la protection est avant tout une prévention. Si la prévention n’élimine pas le danger, elle permet d’en réduire les effets. Elle est peut-être la forme la plus lucide de protection.

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