Iran-Liban: Plus c’est long… moins c’est bon !
©Ici Beyrouth

On a beau être habitués aux décisions unilatérales et catastrophiques du Hezbollah, on ne peut s’empêcher de rester béats devant l’irrationalité coupable de la milice. Ce que tout le monde craignait est arrivé.

Le Liban n’est pas entré en guerre. Il y a été entraîné.

Sans mandat et sans concertation, une organisation armée illégale a décidé d’ouvrir un front contre Israël et de lier le destin de tout un pays à celui de l’Iran.

Difficile de trouver d’autres mots que ceux de folie suicidaire.

La milice a choisi d’inscrire le Liban dans une guerre régionale qui oppose Israël, les États-Unis et l’Iran. Une confrontation qui engage des puissances militaires considérables et dont nul ne peut aujourd’hui prévoir l’issue ni la durée. D’autant qu’absolument personne ne semble penser à des négociations.

Certains parlent de plusieurs semaines. D’autres évoquent déjà des scénarios bien plus longs : des opérations au sol, des affrontements directs sur le territoire iranien, une escalade incontrôlable entre puissances militaires majeures.

Et dans ce chaos stratégique, le Liban a été arrimé au Titanic iranien, par la volonté d’une milice qui a choisi de trahir son peuple.

C’est cela, le scandale.

Car la question n’est pas de savoir si l’Iran gagnera ou perdra cette confrontation. Il la perdra. La question est de savoir pourquoi le Liban devrait partager son destin dans une guerre qui n’est pas la sienne.

Pourquoi des villages libanais devraient-ils être détruits, des milliers de familles déplacées, des infrastructures anéanties pour une bataille stratégique dont les décisions se prennent ailleurs?

Le Hezbollah a fait un choix lourd de conséquences et perdant à tous les coups : il a fusionné la sécurité et l’avenir du Liban avec ceux de l’Iran, sans aucun gain possible.

Mais ce choix ne fait plus consensus, y compris dans les milieux où le Hezbollah a longtemps trouvé ses soutiens les plus solides.

Au-delà de ses sympathisants les plus fidèles, une grande partie de la communauté chiite elle-même exprime aujourd’hui son ras-le-bol. À la tête du mouvement Amal, le président du Parlement, Nabih Berri, s’est dressé contre cet aventurisme mortifère. Pour lui, comme pour beaucoup d’autres responsables politiques, l’ouverture de ce front risque de plonger le Liban dans une catastrophe dont il ne se relèverait pas.

Le pays, déjà à genoux, ne pouvait pas se permettre une nouvelle guerre.

Les Libanais regardent aujourd’hui les missiles frapper sans savoir combien de temps cela durera.

Ils ne savent pas si cette guerre s’arrêtera dans quelques jours, dans quelques semaines, ou si elle basculera dans une phase encore plus dangereuse et bien plus longue.

Ils savent seulement qu’ils n’ont pas choisi d’y être.

Dans ce contexte, les regards se tournent vers le gouvernement libanais.

Le Conseil des ministres a pris lundi une décision lourde: interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah sur le territoire.

Une décision tardive, certes. Mais une décision historique.

Elle affirme enfin un principe simple: le monopole de la guerre et de la paix appartient à l’État.

Reste une question immense: comment appliquer cette décision?

Car une loi proclamée mais non appliquée n’est qu’une déclaration. Une interdiction sans mécanisme n’est qu’un symbole.

Le Liban est aujourd’hui face à un moment de vérité.

Soit l’État et son armée assument pleinement leur autorité et tentent d’épargner au pays des destructions supplémentaires et surtout inutiles.

Soit ils laissent une milice continuer à décider seule du destin national.

Dans une guerre régionale entre puissances, un tout petit pays n’a qu’une seule protection : sa souveraineté et sa neutralité.

Albert Camus disait: «La bêtise insiste toujours». Nous sommes en plein dedans. De par le fait d’illuminés adeptes d’une martyrologie mystique.

Commentaires
  • Aucun commentaire