Face à la guerre au Moyen-Orient, les ONG humanitaires sur le qui-vive
Un homme est assis sur les décombres d’un bâtiment visé par une frappe aérienne israélienne la veille, dans la ville côtière de Sidon, au sud du Liban, le 4 mars 2026. ©Mahmoud Zayyat / AFP

Comment les ONG parviennent-elles à travailler au Moyen-Orient? Avec l'embrasement d'une région où elles sont implantées depuis des années, des organisations humanitaires interrogées par l'AFP se disent obnubilées par la sécurité de leur personnel et appellent, pour certaines, aux dons.

La sécurité des équipes humanitaires sur le terrain, dont l'immense majorité est composée de ressortissants des pays concernés, constitue la «priorité absolue», souligne Elsa Softic, de l'ONG Première Urgence Internationale. Une vision partagée par les responsables de Care, Médecins sans frontières (MSF) et Médecins du monde.

Au Liban, où l'attaque lancée par le mouvement chiite Hezbollah contre Israël pour «venger» la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei a précipité le pays dans une nouvelle guerre, 200 des 210 travailleurs humanitaires de Première urgence internationale sont Libanais.

«Ils sont aussi les premières victimes du conflit», rappelle Elsa Softic. Vingt salariés «ont dû quitter leur maison en pleine nuit parce qu'ils ont été bombardés» avant de revenir «travailler le lendemain matin», poursuit-elle, saluant «leur engagement et leur courage».

Même impératif sécuritaire chez Care, où se tient «une réunion de coordination tous les matins à 7H00 au Liban» avec des questionnements tels que: «Peut-on ou non se rendre sur les zones de distribution?», résume Adéa Guillot, porte-parole de Care France. Cette dernière met également en avant une coordination «avec le gouvernement libanais» et les autres ONG pour la distribution de l'aide.

Première Urgence Internationale était, par exemple, sur les lieux des déplacements de population dès lundi après les premiers bombardements israéliens dans le sud du pays, où l'ONG est présente depuis une quinzaine d'années, selon Elsa Softic. Les équipes ont «fait des consultations médicales» pour une population souvent «en choc post-traumatique» de la précédente guerre de l'automne 2024, ajoute-t-elle.

«Partis sans rien»

«Les gens qu'on est en train d'accueillir à Beyrouth sont partis sans rien», souligne Adéa Guillot, Care ayant lancé un appel à dons en ligne «Urgence Liban». Avec l'argent déjà récolté, Mme Guillot a pu demander aux équipes sur place d'acheter «du savon, des serviettes hygiéniques, de l'eau et de la nourriture».

Un appel à la générosité du public également formulé par Première urgence internationale et Médecins du monde.

«On va avoir besoin que les États remettent la main à la poche», avertit la porte-parole de Care France, rappelant les coupes drastiques dans l'aide au développement depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Face à l'embrasement du Moyen-Orient, l'action de Médecins sans frontières dépend des pays où l'ONG est implantée: au Liban, l'ONG répond déjà «aux déplacements de population», résume William Hennequin, directeur des opérations pour MSF Paris. Dans d'autres pays, comme la Syrie, le Yémen, l'Irak, la Jordanie ou les Territoires palestiniens, il s'agit d'«assurer la continuité des opérations» malgré «le blocage des espaces aériens et des voies maritimes», poursuit-il.

MSF Paris est présent depuis 30 ans en Iran et les activités de l'ONG, composée d'une centaine de personnes, se concentrent sur les «populations exclues, dans le besoin, et les réfugiés, notamment afghans», détaille M. Hennequin.

Face aux bombardements quotidiens d'Israël et des États-Unis, «en Iran, on essaye de maintenir les activités, on essaye de négocier, voir s'il y a des besoins» pour la population, développe-t-il.

«Comme vous pouvez l'imaginer, ce n'est pas très facile de rentrer en Iran en tant qu'ONG internationale», rappelle Elsa Softic, son organisation surveillant «de près» la situation.

Une attention toute particulière est portée par ces ONG vers les pays voisins dans la région, en cas d'exil massif de la population, notamment iranienne.

«On essaie de se préparer dans les pays voisins en cas d'afflux de population, en Irak par exemple», explique William Hennequin de MSF.

Jean-François Corty, président de Médecins du monde, se dit pour sa part «un petit peu sidéré» de la situation «avec, encore une fois, une conflictualité au Moyen-Orient qui s'amplifie». Et ce médecin d'alerter sur «la dynamique d’annihilation et la violence dans Gaza et en Cisjordanie», qui «restent intenses».

En 2024, 181 travailleurs humanitaires ont été tués dans la bande de Gaza, selon l'ONU.

AFP

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