Après le détroit d’Ormuz, les usines de dessalement sont dans la ligne de mire de l’Iran. Il faut dire que dans un Moyen-Orient parmi les régions les plus arides du monde, l’eau est une infrastructure stratégique au même titre que le pétrole.
Les usines de dessalement d’eau de mer, qui permettent d’alimenter en eau potable des dizaines de millions d’habitants, apparaissent désormais et au vu de la conjoncture actuelle comme des cibles potentielles dans l’escalade militaire régionale impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis. Leur vulnérabilité soulève des inquiétudes croissantes quant au risque d’une «guerre de l’eau» au cœur du Golfe.
Une infrastructure vitale pour la survie des États du Golfe
Le Moyen-Orient concentre l’essentiel de la production mondiale d’eau dessalée. La région abrite plus de 400 usines de dessalement le long des côtes du Golfe et produit environ 40 % de l’eau dessalée dans le monde. À eux seuls, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) représentent près de 60 % de la capacité mondiale.
Cette technologie est devenue indispensable pour des pays quasiment dépourvus de ressources en eau douce. Au Koweït, environ 90 % de l’eau potable provient du dessalement, contre 86 % à Oman, 70 % en Arabie saoudite et environ 42 % aux Émirats arabes unis.
L’Arabie saoudite demeure le premier producteur mondial d’eau dessalée, avec une trentaine d’usines réparties sur 17 sites et une capacité parmi les plus importantes de la planète. Les Émirats arabes unis disposent, pour leur part, d’environ 70 installations, certaines capables de produire jusqu’à 2 millions de mètres cubes d’eau par jour.
Israël, pionnier dans ce domaine, exploite plusieurs grandes usines – notamment Sorek, Ashkelon ou Hadera – qui fournissent près de 80 % de l’eau potable du pays. Dans certains États du Golfe, ces installations sont si essentielles que l’arrêt de quelques sites seulement pourrait provoquer des pénuries d’eau en quelques jours.
Des cibles stratégiques dans un conflit régional
Cette exposition n’est pas nouvelle. Lors de la guerre du Golfe en 1990-1991, les forces irakiennes avaient saboté des usines de dessalement en se retirant du Koweït, provoquant une crise quasi immédiate de l’approvisionnement en eau. Plus récemment, des frappes de drones houthies au Yémen ou des attaques israéliennes à Gaza ont ciblé des installations similaires, rappelant la fragilité de ces infrastructures. Même des États capables de protéger leurs usines avec des batteries antimissiles ne peuvent garantir la continuité totale de l’approvisionnement, car la plupart des installations ne disposent pas de défenses aériennes dédiées et les réserves stratégiques ne dépassent que rarement quelques jours de consommation.
Dans le contexte actuel, plusieurs incidents ont déjà alimenté les inquiétudes. Dimanche, une installation de dessalement à Bahreïn a été endommagée lors d’une attaque de drones attribuée à l’Iran, marquant une extension du conflit à des infrastructures civiles vitales. Cette frappe survient après que Téhéran a pointé du doigt les États-Unis pour avoir visé une installation de dessalement sur l’île iranienne de Qeshm, située dans le détroit d'Ormuz, au sud de l'Iran. Une accusation que Washington a officiellement démentie.
Ces épisodes illustrent un changement possible dans la nature des cibles, qui ne se limiteraient donc plus aux installations militaires ou pétrolières, mais qui pourraient inclure des infrastructures indispensables à la vie quotidienne.




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