À mesure que les frappes israéliennes touchent des cibles de plus en plus «inhabituelles», Beyrouth ressort un réflexe bien connu: miser sur la diplomatie. Reste à savoir si l’idée d’une trêve et de négociations peut encore convaincre des acteurs qui, pour l’heure, semblent privilégier l’escalade militaire.
Depuis quelques jours, une perspective à laquelle le Liban s’est souvent accroché depuis le début de la guerre en 2023 refait surface: celle d’une pause dans les combats. Une trêve qui permettrait au pays de s’offrir un répit, de tenter de relancer une dynamique politico-diplomatique et, surtout, d’éviter un élargissement du conflit, notamment une opération terrestre israélienne d’envergure et une mise en péril des infrastructures de l’État.
Dans les coulisses, des discussions auraient ainsi commencé autour de la formation d’une délégation chargée de mener d’éventuels pourparlers. L’idée serait de constituer une équipe reflétant les différentes composantes politiques et confessionnelles du pays afin de conférer à toute démarche diplomatique une légitimité nationale.
Plusieurs noms circulent déjà, parmi lesquels ceux de personnalités diplomatiques et d’experts des relations internationales. L’objectif serait de réunir des figures capables d’aborder à la fois les dossiers sécuritaires et les questions plus sensibles qui seraient liées aux frontières et à l’avenir de l’équilibre politique interne.
Le lieu de possibles discussions reste également à l’étude. Beyrouth aurait évoqué la possibilité d’organiser ces rencontres à l’étranger, notamment à Chypre, afin d’offrir un cadre neutre susceptible d’accueillir d’éventuels contacts indirects entre les parties.
Pour de nombreux observateurs, toutefois, ces initiatives relèvent pour l’instant davantage de l’intention que d’une véritable dynamique diplomatique. Il faut dire que si Beyrouth s’active pour relancer le dialogue, rien n’indique à ce stade que les principaux acteurs du conflit soient disposés à s’engager dans des négociations.
Vendredi matin, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a d’ailleurs adressé une mise en garde explicite au gouvernement libanais. Selon lui, l’État libanais n’a pas réussi à désarmer le Hezbollah et devra en «payer le prix». Il a également évoqué la poursuite des frappes contre les infrastructures de la formation pro-iranienne, affirmant qu’il ne s’agit que du «début».
Dans le même temps, selon la radiodiffusion publique israélienne, le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, aurait demandé à l’armée de préparer une liste supplémentaire de cibles civiles au Liban en vue d’une éventuelle approbation.
Une initiative vouée à l’échec
Malgré les discussions en cours dans la capitale libanaise, l’on ne devrait s’attendre à aucune réponse concrète de la part des principaux acteurs extérieurs, confie-t-on, à Ici Beyrouth, de source proche du dossier.
«Le Liban ne fait que gesticuler en multipliant les démarches et les propositions, mais pour l’instant il n’y a pratiquement aucune réaction du côté américain, et encore moins du côté israélien», explique-t-on de même source.
Selon elle, la dynamique diplomatique apparaît même en recul. «Le dialogue est plutôt en train de se détériorer».
Dans plusieurs capitales occidentales, la crédibilité des initiatives libanaises semble en effet fragilisée par les développements récents du conflit.
Washington et ses alliés attendent, avant tout, des mesures concrètes sur le plan sécuritaire, le désarmement du Hezbollah en tête de liste, avant d’envisager un véritable processus de négociation.
Or, au vu des opérations que continue de mener la milice chiite, «il ne sera question ni de cessez-le-feu ni de négociations tant que des mesures jugées sérieuses ne seront pas prises», ajoute-t-on de même source.
Dans ce contexte, la mise en place d’une délégation ou la préparation de discussions apparaît comme une démarche encore largement théorique, voire illusoire.
«On peut parler de négociations, mais on ne négocie pas si personne n’est réellement prêt à négocier», résume-t-on.
Pendant que Beyrouth parle, la guerre avance
À l’heure où ces discussions se poursuivent à Beyrouth, la dynamique sur le terrain semble suivre une trajectoire inverse.
Ces derniers jours, les frappes israéliennes se sont multipliées dans plusieurs régions du Liban, touchant, certes, et comme à l’accoutumée, le Sud, la Békaa et la banlieue sud de Beyrouth, mais aussi d’autres régions de la capitale ainsi que certaines localités éloignées du front.
«La situation est extrêmement inquiétante», souligne notre interlocuteur. «Pour le moment, rien n’indique que les conditions d’un arrêt des combats soient réunies».
En somme, alors que le Liban s’éventre à dresser la table des négociations, les principaux acteurs concernés, eux, semblent surtout occupés à préparer le menu de la guerre.




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