Combats à Khiam: si la ville tombe, la route vers le Litani s’ouvre
©Ici Beyrouth

Les combats qui se déroulent actuellement dans la ville de Khiam, dans le caza de Marjeyoun, figurent parmi les plus violents observés au Liban-Sud depuis le début de l’offensive terrestre israélienne. Dans cette localité située à quelques kilomètres de la frontière, les affrontements ont évolué ces derniers jours d’une phase de bombardements intensifs vers des combats beaucoup plus rapprochés, parfois décrits comme de véritables combats urbains.

Sur le terrain, les forces israéliennes avancent progressivement sous une couverture aérienne et d’artillerie soutenue, tandis que des combattants du Hezbollah tentent de ralentir leur progression à l’aide d’embuscades, de tirs de roquettes antichars et d’attaques rapides avant de se replier.


 

Une position dominante dans la plaine de Marjeyoun

Pour comprendre pourquoi les combats y sont particulièrement violents, il faut d’abord se pencher sur la géographie de la région. Interrogé par Ici Beyrouth, l’ancien commandant du secteur sud du Litani, le général Khalil Gemayel, souligne que Khiam constitue l’une des positions les plus dominantes de cette partie du Liban-Sud.

La ville s’étend sur une superficie d’environ 8 km², et son point le plus proche se situe à près de 4 kilomètres de la frontière israélienne.

Elle s’élève à près de 700 mètres d’altitude et surplombe deux zones stratégiques: au nord, la plaine de Marjeyoun/Qlayaa, et au sud, la plaine de Khiam qui s’étend en direction de la frontière et du fleuve Wazzani.

«Khiam domine toute la zone environnante. Depuis cette position élevée, il est possible d’observer une grande partie des mouvements militaires dans la région», explique le général Gemayel. Cette topographie offre un avantage tactique important. Selon le général Gemayel, elle permet notamment, au Hezbollah, et dans le contexte actuel, l’utilisation efficace de roquettes antichars de courte portée et de missiles antichars de longue portée, comme les Kornet – capables d’atteindre une cible à environ huit kilomètres – ou les missiles Almas, dont la portée peut atteindre douze kilomètres. «Depuis ces hauteurs, les combattants peuvent donc observer les mouvements des forces armées israéliennes et les viser à distance», souligne-t-il.

Un verrou sur les routes menant au Litani

Au-delà de la simple observation du terrain, Khiam joue également un rôle clé dans le contrôle des axes routiers de la région. La localité se trouve en effet sur les routes qui relient la frontière à la vallée du Litani, notamment en direction de Khardali, au nord, et des secteurs menant vers Hasbaya et Chebaa, à l’est. 

«Quiconque tente de progresser vers le Litani dans ce secteur est inévitablement surveillé et visé depuis Khiam», observe le général Gemayel. Or, le fleuve du Litani se trouve à seulement 5 km environ de la frontière dans cette partie du Liban-Sud, ce qui en fait l’un des points où la distance entre la frontière israélienne et le Litani est la plus courte. 

Dans ce contexte, contrôler Khiam permettrait non seulement de dominer la plaine de Marjeyoun, mais aussi de sécuriser les routes menant vers le fleuve. «Si Khiam tombait, cela ouvrirait la route vers le Litani, mais aussi vers Hasbaya et Chebaa à l’est», estime le général. La ville constituerait alors une plateforme stratégique permettant d’étendre une zone de contrôle vers l’intérieur du territoire.

La localité possède également une dimension symbolique importante. Dans les années 1980 et 1990, elle abritait la célèbre prison de Khiam, utilisée par l’Armée du Liban Sud durant l’occupation israélienne. Des milliers de détenus y ont été enfermés, souvent sans jugement, et de nombreux témoignages ont évoqué des actes de torture. Après le retrait israélien en 2000, le site avait été transformé en mémorial avant d’être détruit lors de la guerre de 2006.

La stratégie israélienne

Aujourd’hui, les affrontements dans la ville prennent la forme d’un combat urbain particulièrement difficile. Selon le général Gemayel, les forces israéliennes n’ont pour l’instant pénétré qu’une partie limitée de la localité. «Elles se trouvent principalement dans le secteur sud de la ville et ne contrôlent pas plus d’environ 20% de Khiam», souligne-t-il. Les combattants du Hezbollah mèneraient, quant à eux, des attaques rapides contre les unités israéliennes.

«Ils agissent par petits groupes, deux ou trois combattants à la fois, qui apparaissent soudainement, tirent puis se replient. Ils tendent des embuscades aux soldats et aux blindés», précise notre interlocuteur.

Face à ces attaques, les unités israéliennes se replieraient souvent avant que l’aviation n’intervienne pour frapper les zones d’où seraient partis les tirs. Selon le général Gemayel, plusieurs unités israéliennes seraient engagées dans cette zone, notamment des éléments de la 91ᵉ division – la division de Galilée – ainsi que des unités d’élite, dont la 136e division et la brigade Golani qui compte des forces commandos spécialisées dans les combats rapprochés. «Quand les soldats israéliens avancent et qu’ils sont pris sous le feu, ils reculent et l’aviation bombarde la zone avant une nouvelle tentative d’approche», décrit l’expert militaire.

Les combattants du Hezbollah utilisent, de leur côté, les habitations comme positions de tir. «Dans un environnement urbain, un missile antichar peut être tiré depuis une maison ou un bâtiment détruit, ce qui rend la détection beaucoup plus difficile», précise le général Gemayel.

Un front qui s’étend à l’ensemble du Liban-Sud

Si les Israéliens concentrent la majeure partie de leur énergie à Khiam, il faut dire que les affrontements ne se limitent toutefois pas à cette zone. Trois divisions ont ainsi été déployées le long de la frontière libano-israélienne, couvrant l’ensemble du front depuis Naqoura jusqu’au Mont Hermon. Le secteur ouest serait placé sous la responsabilité de la 146ᵉ division, tandis que la 91ᵉ division, dite division de Galilée, opérerait dans la zone centrale. Plus à l’est, vers les fermes de Chebaa et le Golan, les opérations relèveraient de la 210ᵉ division.

Dans le secteur est du front, des mouvements ont également été signalés autour de Taybé et dans les environs de Markaba et Houla. D’autres infiltrations ont été signalées autour de Qaouzah et de Beit Lif, tandis que dans le secteur central, des combats ont été rapportés aux abords de Houla, Markaba et Talloussa.

Dans la zone côtière, des positions fortifiées ont été renforcées près de Labbouné et Tall Ghbayin, d’où les forces israéliennes cherchent à atteindre la colline de Chamaa, qui domine la route reliant Naqoura à Tyr.

Ces mouvements semblent suivre une logique territoriale précise: celle du contrôle d’une ligne de collines situées environ cinq à six kilomètres à l’intérieur du territoire libanais. Ces hauteurs, reliées les unes aux autres, offrent une domination visuelle et tactique sur les zones situées en contrebas et permettraient éventuellement la création d’une zone tampon.

«L’armée israélienne avance lentement et avec prudence», note le général Gemayel. «Elle teste les positions, progresse par petites unités, puis se replie lorsqu’elle est confrontée à une forte opposition du Hezbollah».

Selon lui, cette approche pourrait viser à épuiser progressivement les combattants du Hezbollah avant toute opération de plus grande ampleur.

Dans ce contexte, la bataille de Khiam dépasse largement le sort d’une seule localité. Elle constitue l’un des points clés du front sud, où se joue l’équilibre entre l’avancée israélienne et la capacité de résistance des forces présentes sur le terrain.

 

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