L'accord annoncé à Washington entre le Liban et Israël comprend pour la première fois l'idée de zones pilotes» où l'armée libanaise se déploierait dans le sud, après s'en être partiellement retirée au début de la guerre en mars.
L'application de ce texte nécessite cependant l'approbation du Hezbollah, qui a refusé jeudi ses termes et exigé un retrait israélien du Liban.
Quelles sont les modalités pratiques de cette mesure et est-elle faisable, dans le terrain miné que constitue le sud depuis plusieurs décennies?
«Passage sûr»
«Le cessez-le-feu est conditionné à une cessation complète des tirs du Hezbollah», affirme le texte annoncé à l'issue de négociations menées sous l'égide de Washington entre le Liban et Israël, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.
Il stipule «l'évacuation de tous les membres du Hezbollah du secteur situé au sud du Litani», fleuve qui coule à une trentaine de km de la frontière avec Israël.
Conformément à un accord de cessez-le-feu qui avait mis fin à la guerre précédente entre le Hezbollah et Israël, en novembre 2024, les infrastructures militaires de la formation pro-iranienne devaient être démantelées par l'armée entre la frontière et le Litani.
L'armée a annoncé en janvier avoir achevé cette tâche. Mais un responsable du Hezbollah interrogé par l'AFP a reconnu avoir envoyé «des renforts» dans cette partie du sud lorsqu'il a déclenché la guerre le 2 mars, en soutien à l'Iran.
Selon l'ambassadeur d'Israël à Washington Yechiel Leiter, qui a participé mercredi à l'élaboration de l'accord, la première étape consiste en ce «que les combattants du Hezbollah arrivés récemment dans le sud retournent vers le nord», évaluant leur nombre à plus de 2.000.
«Nous leur garantirons un passage sûr» dans un délai «qui ne sera pas très long», a-t-il ajouté, sans plus de précisions.
«Plan semé d'embûches»
L'accord prévoit «la mise en place de zones pilotes au sein desquelles les Forces armées libanaises (FAL) exerceront un contrôle exclusif du territoire», premier pas vers un «accord global de paix et de sécurité».
Le Premier ministre Nawaf Salam a annoncé jeudi que les troupes allaient commencer à se déployer dans ces zones, dont l'armée israélienne occupe de larges parties depuis le début de la guerre le 2 mars.
«Il s'agit d'un plan semé d'embûches, comportant de nombreux problèmes potentiels et de multiples ambiguïtés», estime Michael Young, analyste au centre Carnegie pour le Moyen-Orient.
«Cependant c'est le premier plan à aborder sérieusement la question du désarmement du Hezbollah», dit-il à l'AFP.
Pas de confrontation
L'analyste estime qu'en permettant à l'armée de prendre le contrôle de zones dont le Hezbollah se retirerait, les deux parties ne se retrouveraient pas face à face et éviteraient ainsi une confrontation.
Le plan «implique une reconnaissance implicite de la part des Américains (..), du fait que l'armée libanaise ne peut pas désarmer le Hezbollah par la force», ajoute-t-il.
Le pouvoir libanais, sommé par Israël et les États-Unis de désarmer le mouvement, a pris dès le début du conflit une mesure restée sans effet en déclarant les activités militaires du groupe illégales.
Mais il n'est pas allé plus loin, craignant notamment pour la cohésion de sa fragile armée multiconfessionnelle, forte de quelque 80.000 hommes, en cas de confrontation avec la formation pro-iranienne.
«L'armée ne combattra aucune composante libanaise dans le pays (...) Elle ne veut pas déclencher une guerre civile», note le général à la retraite Khalil Gemayel, qui a commandé par le passé la région au sud du Litani.
«Le désarmement du Hezbollah nécessite une décision politique», explique-t-il, comme cela s'est passé avec le désarmement des autres milices dans l'histoire du Liban.
Acil Tabbara / AFP



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