La guerre au Moyen-Orient va-t-elle faire dérailler l'économie mondiale? Si l'impact du conflit dépendra de sa durée et de son ampleur, les économistes craignent de plus en plus une augmentation généralisée des prix et un affaiblissement de la croissance.
La guerre, entrée dans sa troisième semaine, a entraîné une quasi-paralysie du détroit d'Ormuz, par lequel transitent un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde, faisant planer le spectre d'un nouveau choc pétrolier.
Les cours du pétrole sont repartis à la hausse mardi, autour des 100 dollars le baril. Des installations énergétiques stratégiques au Moyen-Orient subissent de nouvelles attaques et de grandes économies ont commencé à puiser dans leurs réserves stratégiques.
«Plus ce conflit perdure, plus il commence à ressembler à un choc énergétique classique se répercutant directement sur l'inflation», explique Stephen Innes, gérant au sein de la société de gestion SPI AM, dans une réponse écrite à l'AFP.
«Le pétrole est le canal de transmission macroéconomique qui touche tout, du fret à l'alimentation jusqu'aux factures d'énergie des ménages», ajoute-t-il. «Des prix énergétiques plus élevés agissent comme un impôt sur les consommateurs et les entreprises.»
Stagflation
«Avant le déclenchement de la guerre», rappelle à l'AFP Hélène Baudchon, cheffe économiste adjointe chez BNP Paribas, «on s'attendait à une croissance soutenue et plutôt à moins d'inflation». Les hostilités ont inversé les risques, explique-t-elle, évoquant la menace d'une stagflation: moins de croissance et plus d'inflation.
«Mais à hauteur de combien? Il n'y a à ce stade aucune certitude» car cela dépendra de «la durée et l'ampleur du conflit», note l'économiste. BNP Paribas a pour l'heure maintenu ses prévisions de croissance pour les Etats-Unis (2,9%), la Chine (4,7%) et la zone euro (1,6%).
Deux scénarios stagflationnistes sont envisageables, selon Hélène Baudchon.
Celui d'un conflit perdant en intensité et d'un reflux progressif des prix des hydrocarbures, qui se maintiendraient toutefois au-dessus de leur niveau pré-conflit, «paraîtrait gérable pour l'économie mondiale», jusqu'ici relativement résiliente malgré le relèvement des droits de douane américains.
Le scénario d'une flambée du pétrole sur plusieurs semaines ou mois est «plus négatif» et pourrait contraindre les banques centrales à remonter leurs taux d'intérêt pour freiner la hausse des prix.
«Plus le blocage (du détroit d'Ormuz) est long, plus il concernera un grand nombre de produits et de matières premières, plus les chaînes d'approvisionnement seront perturbées et plus les effets inflationnistes se feront sentir: ils ne resteraient pas cantonnés aux prix du pétrole et du gaz», développe l'économiste.
Comme après le Covid?
Selon l'agence de notation Fitch Ratings, des prix du pétrole qui se maintiendraient à 100 dollars le baril réduiraient «le PIB mondial de 0,4% après quatre trimestres» et ajouteraient «entre 1,2 et 1,5 point de pourcentage à l'inflation en Europe et aux États-Unis ».
Une perspective de nature à raviver la crainte d'un nouveau choc inflationniste, après celui causé par la reprise post-Covid et le début de la guerre en Ukraine en 2022, même si le contexte diffère fortement aujourd'hui.
La demande était alors très dynamique, l'offre contrainte par des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement, et les politiques budgétaires généreuses.
La Réserve fédérale américaine (Fed) mercredi, puis la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d'Angleterre (BoE) jeudi devraient opter pour le statu quo. Mais leurs commentaires sur la situation actuelle seront passés au crible alors que la banque centrale australienne a relevé mardi son taux directeur d'un quart de point pour faire face à la «forte hausse des prix des carburants», devenant l'une des premières grandes institutions monétaires à répondre ainsi au conflit.
«Traditionnellement, ces chocs externes sont considérés comme +temporaires+. Mais de nombreux banquiers centraux ont encore en tête la période de reprise post-Covid», souligne auprès de l'AFP Philippe Dauba-Pantanacce, responsable de la recherche géoéconomique chez Standard Chartered.
Les banques centrales avaient longtemps refusé d'intervenir lors de chocs qu'elles disaient temporaires, mais dont l'impact s'était finalement prolongé.
AFP



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