Depuis l’Accord de Taëf, certaines évolutions inédites ont été observées au sein de l’actuel exécutif, dans un contexte régional marqué par les répercussions de la guerre de 2024 au Liban et l’élection du président Joseph Aoun.
Parmi ces changements figure notamment une remise en cause partielle de l’unicité chiite dans la représentation ministérielle. Toutefois, cette évolution demeure relative, le ministre Fadi Makki restant, sur plusieurs dossiers, aligné sur les positions du tandem chiite, en raison de contraintes politiques évidentes.
Autre inflexion notable : l’abandon de la formule «armée-peuple-résistance», longtemps considérée comme un pilier incontournable des déclarations ministérielles. Un changement qui, par le passé, aurait pu fragiliser la stabilité gouvernementale, mais qui semble aujourd’hui s’imposer sans provoquer de rupture majeure.
Le gouvernement s’est également affranchi de la logique issue de l’accord de Doha, en renonçant à la règle du tiers de blocage qui entravait le fonctionnement des exécutifs depuis 2008. Une évolution qui marque une tentative de dépassement des mécanismes de paralysie institutionnelle.
Plus significatif encore, l’État libanais a, pour la première fois, qualifié le Hezbollah d’organisation illégale, y compris en présence de ses propres ministres, sans entraîner de démission. Une situation qui contraste avec les précédents épisodes où toute décision perçue comme hostile pouvait déboucher sur des crises politiques majeures, voire sécuritaires.
Pour autant, la portée réelle de ces évolutions reste sujette à débat. Si elles peuvent apparaître importantes dans le contexte interne libanais, elles peinent à se traduire par des changements concrets face aux dynamiques régionales et aux activités du Hezbollah, tant au Liban qu’à l’étranger. L’implication du mouvement dans le conflit iranien, combinée à une incapacité manifeste à préserver l’intégrité du territoire — alors que la présence israélienne s’étend le long de la frontière et que les perspectives de négociation restent bloquées — relativise l’impact de ces ajustements institutionnels.
Dans ce contexte, certaines comparaisons interrogent. Alors que des pays comme le Qatar ont pris des mesures diplomatiques fortes à l’égard de l’Iran, le Liban continue de maintenir des relations inchangées, malgré les accusations récurrentes d’ingérence.
De même, en dépit du classement du Hezbollah comme organisation terroriste par plusieurs États, sa participation au gouvernement se poursuit sans remise en cause structurelle. Parallèlement, les dysfonctionnements observés au sud du Litani, notamment en matière de contrôle des armes, soulèvent des interrogations sur la capacité réelle de l’État à exercer son autorité, donnant parfois le sentiment d’une gestion attentiste dictée par l’évolution des rapports de force régionaux.
Si l’exécutif fait face à des contraintes multiples, la cohérence de son approche reste posée. Entre volonté affichée de contenir le Hezbollah sur certains dossiers et maintien d’une forme de coexistence politique, la ligne suivie apparaît ambivalente. À terme, cette posture pourrait fragiliser davantage la crédibilité du Liban sur la scène internationale, notamment si elle s’accompagne d’une absence de mesures concrètes pour répondre aux enjeux de souveraineté et de sécurité.



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