Le président de la République, le général Joseph Aoun, s’attache de plus en plus à son initiative visant à engager des négociations directes avec Israël, dans le but de parvenir à un accord durable entre les deux pays, dont le premier objectif serait la cessation définitive des hostilités. Cet accord ne prendrait toutefois pas la forme d’un traité de paix, sauf si l’Arabie saoudite s’engage elle-même dans cette voie à l’issue de la guerre.
Fait notable, le président Aoun continue de bénéficier du soutien des parties concernées par la situation régionale, au premier rang desquelles les États-Unis, qui souhaitent voir la présidence libanaise franchir de nouvelles étapes concrètes dans le dossier des négociations, ainsi que dans le processus visant à consacrer le monopole des armes par l’État, notamment à travers le rôle de l’armée libanaise.
Dans ce contexte, des sources suivant de près le dossier des négociations ont exprimé leur inquiétude quant à l’attitude des responsables de la communauté chiite. Selon elles, le Hezbollah semble avoir réussi à rallier ces derniers à sa position, le président du Parlement, Nabih Berry, en tête, ainsi que le Conseil supérieur islamique chiite.
Leurs déclarations suggèrent un désintérêt pour un éventuel cessez-le-feu. Ces responsables œuvrent plutôt à accorder au Hezbollah une plus grande marge de manœuvre politique, tout en adoptant une ligne dure face au gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam. Une campagne d’accusations est menée contre ce dernier et contre la présidence de la République, sur fond de craintes croissantes de déstabilisation interne.
C’est dans ce cadre qu’a été prononcé le discours politique contenu dans le message de l’Aïd el-Fitr du vice-président du Conseil supérieur islamique chiite, le cheikh Ali al-Khatib.
Partant, ces mêmes sources ont précisé qu’après l’absence d’objection des ministres du parti Amal, dirigé par Nabih Berry, à la décision du gouvernement d’interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah, les Américains et les Français avaient cru que M. Berry prendrait l’initiative d’une solution. Cependant, ils se sont rapidement heurtés au fait qu’il a été le premier à freiner l’initiative du président Aoun, en posant des conditions qu’il savait difficilement acceptables pour Israël, notamment la cessation des hostilités et le retour des déplacés.
Par ailleurs, il s’est fermement opposé à tout nouvel accord, se limitant strictement à l’application de la résolution 1701 et de l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024, tous deux mis à mal au cours de cette guerre. Le président du Parlement n’a pas non plus respecté ses engagements relatifs à leur mise en œuvre.
Ainsi, ces observateurs ont exprimé leur inquiétude, redoutant que les tensions entre le Hezbollah, d’une part, et les autres responsables de la communauté chiite, d’autre part, ne traduisent en réalité un partage de rôles orchestré par le Corps iranien des Gardiens de la Révolution. De fait, ces derniers exercent désormais un contrôle quasi total sur le destin de cette communauté au Liban et la poussent vers des choix potentiellement catastrophiques.
En pratique, aucune opposition, même symbolique, ne semble se manifester. Au contraire, un alignement quasi total est observé, dont le coût politique dépasse largement celui qu’aurait engendré un désaccord interne.
Face à cette réalité, les observateurs estiment que la solution réside dans la poursuite de l’initiative de négociation par le président de la République et dans la constitution de la délégation négociatrice selon ses propres choix, avec les participants qu’il juge aptes à être impliqués.
Dans un contexte aussi critique, la question ne relève pas de considérations formelles, et le destin du pays ne saurait dépendre de la participation de telle ou telle composante. Par ailleurs, insister sur la nécessité d’un consensus national à ce sujet apparaît hors de propos : un consensus aurait été recherché lorsque le Hezbollah a décidé unilatéralement de mener une guerre de soutien à l’Iran, sans aucun égard pour les autres composantes libanaises.




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