Détroit d’Ormuz: une force navale multinationale pour libérer la zone?
©Ici Beyrouth

Alors que la crise autour du détroit d’Ormuz s’enlise depuis plusieurs semaines, l’idée de créer une force navale multinationale pour sécuriser et rouvrir cette voie stratégique a pris de l’ampleur. Initiée par les monarchies du Golfe, soutenue par certains alliés occidentaux, cette proposition soulève autant d’espoirs que de scepticisme, tant sur le plan politique que sur le plan opérationnel.

Un projet porté par les Émirats 

Les Émirats arabes unis ont officiellement proposé à leurs alliés la création d’une coalition maritime destinée à sécuriser le passage des navires marchands dans le détroit, actuellement quasi fermé, en raison des menaces iraniennes.

Dubaï et Abou Dhabi ont indiqué être prêts à déployer leurs propres bâtiments de guerre et à contribuer militairement à cette initiative, tout en appelant la communauté internationale à s’engager, y compris via l’Organisation des Nations unies (ONU). Bahreïn a également apporté son soutien public à l’idée, tandis que d’autres États restent prudents, craignant une militarisation plus large du Golfe ou une confrontation avec la République islamique d’Iran.

Entre diplomatie onusienne et réalités militaires

Interrogé par Ici Beyrouth, l’ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, le général Dominique Trinquand, nuance fortement l’idée d’une coalition maritime avant la reprise du trafic dans le détroit.

Selon lui, il existe deux voies distinctes. D’abord, une option diplomatique, qui consisterait à faire adopter au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution autorisant une action multinationale pour garantir la liberté de navigation. D’après le général Trinquand, quatre des cinq membres permanents (États-Unis, Royaume-Uni, France et Chine) seraient prêts à soutenir un tel texte, le seul obstacle étant potentiellement la Russie. «Il faut convaincre les Russes, et ensuite, il faut que les Iraniens s’y conforment», affirme-t-il.

La deuxième option envisagée serait une intervention militaire. Selon le général Trinquand, la reprise du contrôle du détroit incomberait d’abord aux forces américaines et israéliennes. La création d’une coalition visant à garantir la liberté de navigation dans le détroit interviendrait ensuite, après une éventuelle prise de contrôle par ces mêmes forces. D’après lui, cette opération militaire aurait déjà commencé, avec l’élimination, jeudi, d’Alireza Tangsiri, chef de la marine des Pasdaran dans la ville portuaire de Bandar Abbas, première étape de la conquête du détroit d’Ormuz.

Pour l’expert militaire, cette distinction est essentielle: une force navale multinationale pour «ouvrir» le détroit est une idée séduisante, mais difficilement réalisable tant que le contrôle de la zone appartient encore à l’Iran.

Sur le plan technique, la constitution d’une force navale multinationale n’est pas simple: elle requerrait la coordination de marines hétérogènes, la définition de règles d’engagement communes, et surtout la garantie d’un environnement suffisamment sécurisé pour que ces navires puissent opérer sans être pris sous le feu direct d’une puissance en guerre.

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