Malgré des discours officiels évoquant une hausse des prix « dans la norme », le ressenti des ménages raconte une toute autre histoire. En quelques semaines, le pouvoir d’achat s’est nettement érodé : aujourd’hui, 300 dollars permettent d’acheter à peine la moitié des produits accessibles avant la guerre, il y a juste un mois. Un fossé grandissant s’installe ainsi entre les indicateurs affichés et la réalité du terrain.
Des routes maritimes sous tension, sans blocage majeur
En toile de fond, la « guerre des détroits » bouleverse les routes maritimes mondiales. De la mer Rouge au détroit d’Ormuz, les axes commerciaux sont devenus particulièrement vulnérables aux tensions sécuritaires au Moyen-Orient, contraignant les transporteurs à rallonger leurs itinéraires et à absorber des coûts supplémentaires.
Pour autant, les avis de voyage émis par les gouvernements, les organisations maritimes et les assureurs restent à un niveau normal. Les ports de Beyrouth, Aqaba, Riyad ou Ashdod ne font l’objet d’aucune restriction majeure, et le trafic maritime continue de fonctionner sans entrave significative.
Importateurs : un flux maintenu, malgré des ajustements
« La situation au Liban reste plutôt stable, contrairement aux rumeurs », affirme Hani Bohsali, président du syndicat des importateurs de produits alimentaires. Si certaines livraisons accusent de légers retards, aucune perturbation majeure n’a été signalée auprès des importateurs. Le Liban continue d’importer de l’Asie, de l’Europe et des deux Amériques.
« Les compagnies maritimes n’ont refusé aucune transaction avec le Liban jusqu’à présent. Elles demandent simplement des clarifications avant d’expédier les marchandises », précise-t-il.
Une hausse des coûts logistiques… à impact limité
Selon Hani Bohsali, la flambée des coûts du transport maritime reste marginale dans la formation des prix. Même une hausse de 40 % à 60 % du coût d’un conteneur ne se répercute que faiblement sur le prix final.
À titre d’exemple, une augmentation de 1 000 dollars sur une cargaison d’une valeur de 100 000 dollars n’entraîne qu’une hausse de 1 % pour le consommateur. En théorie, les prix devraient ainsi progresser dans une fourchette de 2 % à 5 %, soit « dans la norme ».
Sur le terrain, une inflation bien plus marquée
Dans les rayons, la perception est tout autre. « Tous les prix ont augmenté de 40 % à 60 %, y compris les produits locaux », témoigne Marina, mère de famille. Elle pointe non seulement l’inflation importée, mais aussi l’augmentation des marges pratiquées par certains commerçants, souvent ajustées selon les prix de remplacement.
« Le paquet de pâtes que j’achetais à 2 dollars est aujourd’hui vendu près de 5 dollars. Même le pain a augmenté : environ 0,8 dollar à la boulangerie et jusqu’à 1 dollar en magasin », ajoute-t-elle.
Fruits et légumes en première ligne
La hausse est particulièrement marquée pour les fruits et légumes, directement touchés par la désorganisation du transport intérieur. La guerre dans laquelle le Hezbollah a entraîné le Liban a perturbé les circuits de distribution, ralentissant les flux depuis les marchés de gros du Sud et de la Békaa vers Beyrouth.
Résultat : l’offre s’est contractée, entraînant une flambée des prix. À ces tensions logistiques s’ajoutent les dégâts subis par les terres agricoles, le retard des récoltes et les déplacements de population, accentuant le déséquilibre entre l’offre et la demande.
Une inflation désormais généralisée
Au-delà des produits frais, la hausse s’étend progressivement à l’ensemble du panier de consommation. Produits importés comme produits locaux sont concernés : conserves, produits laitiers, pâtes et autres denrées de base enregistrent des augmentations notables.
Un constat s’impose : derrière un discours officiel rassurant, la pression inflationniste est bien réelle — et de plus en plus visible dans le quotidien des ménages libanais.




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