Conseil des ministres: gouverner avec l’illégalité ?
©Agence nationale de l'information (ANI)

Appelé à se réunir jeudi matin à 11h au Grand Sérail, le Conseil des ministres devrait se pencher sur une situation sécuritaire et politique parmi les plus critiques qu’ait connues le Liban ces dernières années. Au-delà des dossiers inscrits à l’ordre du jour, une question s’impose, en filigrane: celle de la cohérence même de l’exécutif.

Il faut dire qu’autour de la table siègent toujours des ministres affiliés au Hezbollah, formation que ce même gouvernement a pourtant, il y a exactement un mois, placée hors du cadre légal sur le plan militaire.

Une décision sans traduction politique

Le 2 mars, dans un contexte d’embrasement régional déclenché par la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran, le gouvernement libanais avait pris une décision inédite: interdire toutes les «activités militaires et sécuritaires» du Hezbollah. Le Premier ministre, Nawaf Salam, avait alors clairement affirmé que la formation devait se limiter à son rôle politique, ouvrant la voie, en théorie, à son désarmement par la force si nécessaire. Il convient de rappeler que cette décision intervient au lendemain du lancement, par le Hezbollah, de missiles contre Israël, pour venger la mort de l’ancien guide suprême, Ali Khamenei, tué à Téhéran, le 28 février dernier, lors de frappes aériennes conjointes américano-israéliennes.

Saluée par une grande partie de la communauté internationale et par bon nombre d’acteurs locaux, cette décision marquait un tournant. Pour la première fois, l’État libanais traçait officiellement une ligne rouge face à l’arsenal de la milice chiite et à ses opérations menées depuis le territoire libanais.

Un mois plus tard, cette ligne semble pourtant largement théorique.

Entre réalité du terrain et compromis politique

Dans les faits, les opérations militaires du Hezbollah ne se sont pas arrêtées. Des frappes ont continué d’être menées vers Israël, en contradiction directe avec la décision gouvernementale. Plus encore, le leadership de la formation pro-iranienne n’a jamais reconnu la légitimité de cette mesure. Son secrétaire général, Naïm Qassem, avait même laissé entendre, dans une allocution prononcée le 25 mars dernier, qu’une pression politique serait exercée pour contraindre l’exécutif à revenir sur sa position.

Dans ce contexte, la tenue d’un Conseil des ministres incluant des représentants du Hezbollah soulève une contradiction difficile à ignorer. Comment un gouvernement peut-il, d’un côté, déclarer illégales certaines activités d’un mouvement, et de l’autre, continuer à gouverner avec ses représentants, comme si de rien n’était ?

La réponse tient sans doute dans la nature même du système libanais, fondé sur l’équilibre et le compromis. Exclure de facto les ministres du Hezbollah reviendrait à provoquer une crise politique majeure, voire une paralysie institutionnelle dans un moment déjà critique.

Une crédibilité en jeu

Reste que cette situation n’est pas sans coût. À l’interne comme à l’international, la crédibilité de l’État libanais est mise à l’épreuve. L’écart entre les décisions annoncées et leur application concrète nourrit un sentiment de flottement, voire d’impuissance.

Sans aller jusqu’à remettre en cause la nécessité de maintenir un minimum de cohésion gouvernementale dans une période aussi instable, la question mérite d’être posée: jusqu’où un État peut-il tolérer en son sein des acteurs qui contestent ouvertement ses décisions ?

Entre impératif de stabilité et exigence de souveraineté, l’exécutif libanais semble aujourd’hui avancer sur une ligne de crête. La réunion de ce jeudi en est une illustration de plus et, peut-être, un test supplémentaire de sa capacité à concilier principe et réalité.

 

Commentaires
  • Aucun commentaire