L’État libanais traverse aujourd’hui une situation que l’on peut, au mieux, qualifier de paralysie et de blocage.
La présidence de la République, qui a lancé une initiative de négociation avec Israël, tente toujours de préserver cette démarche dans l’attente d’un cessez-le-feu. Mais les tentatives visant à l’étouffer se multiplient, tant sur le plan interne qu’externe, notamment du côté israélien. En effet, le Hezbollah rejette cette initiative dans son principe même et aurait préparé un coup de force contre les autorités, en particulier contre le gouvernement, attendant le moment opportun pour contraindre l’État à revenir sur la décision de contrôle des armes et sur l’interdiction de ses activités militaires et sécuritaires.
De son côté, le président du Parlement, Nabih Berry, met en avant l’absence de représentant chiite au sein de la délégation de négociation, conditionnant sa participation à un cessez-le-feu et au retour des déplacés dans leurs foyers. Des exigences qui, à ce stade, apparaissent difficiles à réunir et qui ne relèvent pas directement des prérogatives du président de la République. Par ailleurs, la question de l’éloignement de l’ambassadeur iranien, Mohammed Redza Chibani, a également été soulevée, ajoutant un élément supplémentaire dans un contexte déjà complexe pour l’initiative du président Joseph Aoun et l’action gouvernementale, malgré des déclarations initialement rassurantes à l’issue d’une visite présidentielle.
La présidence du gouvernement n’est guère dans une situation plus stable. Le Premier ministre Nawaf Salam adopte, sur la question du Hezbollah, une ligne distincte de celle du président de la République et du président du Parlement. Là où Joseph Aoun tente encore d’arrondir les angles avec le Hezbollah, mais en vain, et où Nabih Berry privilégie une stratégie de répartition des rôles, Nawaf Salam opte pour une approche plus frontale. Il considère que le Hezbollah cherche à maintenir le Liban dans un état de conflit et de désordre permanent, et entend lui faire barrage. En retour, le Hezbollah semble déterminé à empêcher le Premier ministre de poursuivre sa politique de pression, notamment sur les plans financier et politique, prouvant de facto que son arsenal politique est pleinement mobilisé dans cette bataille aux côtés de son arsenal militaire. Il a d’ailleurs démontré sa capacité de blocage lors de l’affaire de l’ambassadeur iranien, lorsque les ministres pro-iraniens ont boycotté une séance du Conseil des ministres.
Quant à l’armée, elle demeure l’institution la plus tiraillée entre les différentes forces politiques et les autorités de l’État libanais, et est toujours dans la ligne de mire. Il apparaît clairement que le tandem Amal–Hezbollah la prend en otage afin de la paralyser et de l’empêcher d’assumer son rôle de seule force légitime habilitée à détenir des armes et à prendre les décisions en matière de guerre et de paix. Partant, le tandem menace de manière récurrente de la fragmenter si elle venait à s’affranchir de son influence. Il trouve d’ailleurs, au sein même de l’institution militaire, des relais susceptibles de lui être favorables.
Quant au président de la République, issu des rangs militaires, il se retrouve face à un dilemme: utiliser l’armée pour affirmer l’autorité de l’État ou éviter le risque de fragmentation de cette institution. Des circonstances pourraient l’obliger à recourir à l’armée pour imposer l’ordre, notamment en cas de dégradation sécuritaire interne. Mais la question demeure: le commandant en chef, le général Rodolphe Haykal, est-il prêt à franchir ce pas?
Jusqu’à présent, il adopte une approche prudente dans ses relations avec le Hezbollah. Il a notamment été parmi les plus fermes opposants à la diffusion, dans les médias, de toute information liée au processus de restriction des armes au sud du Litani, afin d’éviter de raviver les tensions.
Par ailleurs, il s’efforce de préserver des relations stables avec le Hezbollah et d’éviter tout affrontement, estimant que cela relève de l’intérêt national. Rien n’indique, à ce stade, que le général Rodolphe Haykal ait infléchi cette ligne, bien qu’elle l’ait placé en porte-à-faux vis-à-vis d’acteurs internationaux, régionaux et locaux.
La situation pourrait toutefois se compliquer davantage pour lui, dans la mesure où la phase à venir exigera probablement une implication accrue de l’armée face au Hezbollah, dans un contexte politique susceptible de se tendre davantage encore, rendant difficile le maintien de la neutralité.
Il est désormais clair que le Hezbollah refuse de renoncer à ses intérêts et projets au profit de l’État. Ce qui les unit, c’est le maintien d’un État affaibli, leur permettant de conserver leur emprise sur ce qu’il reste de ses institutions, d’en exploiter les ressources, de les instrumentaliser au service de leurs stratégies, et de poursuivre leurs adversaires, tout en dilapidant les ressources de l’État pour gérer les conséquences de leurs décisions suicidaires, au premier rang desquelles l’entraînement du Liban dans des guerres absurdes, passées, présentes et futures.




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