Liban-Israël: à quoi pourrait ressembler la sortie de guerre?
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Imaginer la fin de cette guerre n’est pas un exercice d’optimisme. Loin de là. Surtout quand on écrit alors que les bombes pleuvent. Mais, c’est une nécessité analytique. Parce que toutes les guerres finissent. Et parce que la manière dont celle-ci se terminera déterminera la forme du Liban pour les vingt prochaines années. Alors posons les scénarios. Sans illusions, mais sans fatalisme.

Premier scénario: le cessez-le-feu négocié par procuration
C’est le plus probable. Et le plus décevant. Washington et Paris font pression, Doha ou Le Caire servent d’intermédiaires, une résolution du Conseil de sécurité est adoptée, cousine de la 1701, mais avec des dents. Le Hezbollah se retire au nord du Litani, l’armée libanaise se déploie, Israël suspend ses opérations. Sur le papier, c’est une sortie. Dans les faits, c’est un sursis. Car rien dans ce schéma ne règle la question des armes du Hezbollah ni celle de la tutelle iranienne. Dans dix ans, ou dans trois, on recommence. Et en attendant, la milice s’en prendra à ceux qui contestent, en intérieur, son hégémonie. 

Ce scénario a un nom dans l’Histoire. On l’appelle: la paix des cimetières provisoires.

Deuxième scénario: l’effondrement militaire du Hezbollah

Israël continue. Méthodiquement. Jusqu’à détruire les capacités opérationnelles de la milice au point de la rendre militairement négligeable. Ce scénario est sur la table, certains à Tel-Aviv y croient sincèrement. Le problème, c’est qu’une organisation idéologique qui a érigé la mort en idéal ne disparaît pas avec ses arsenaux. Le Hezbollah sans roquettes reste le Hezbollah avec son réseau social, ses écoles, ses hôpitaux, ses élus, sa base communautaire. Il se reconstituerait. Différemment. Peut-être plus prudemment. Mais il se reconstituerait. L’histoire des mouvements de ce type est sans ambiguïté sur ce point.

Ce scénario produit une victoire militaire israélienne réelle. Il ne produit pas de paix.

Troisième scénario: la grande négociation régionale
Le plus ambitieux. Le plus improbable. Et pourtant, le seul qui tienne sur la durée. L’idée : intégrer le dossier libanais dans un règlement plus large impliquant l’Iran, les États du Golfe, et les grandes puissances. Une sorte de conférence de Madrid version 2026. La milice illégale déposerait les armes en échange de garanties politiques pour la communauté chiite libanaise. L’Iran obtiendrait des contreparties comme la levée partielle de sanctions et la reconnaissance implicite de son rôle régional. Israël obtiendrait la normalisation avec le Liban.

Ce scénario suppose que Téhéran est prêt à lâcher son bras armé au Liban. C’est totalement plausible au vu du cessez-le-feu signé en catimini avec les États-Unis, abandonnant la milice pseudo-libanaise à son sort. Comme d’habitude depuis 2006, serions-nous tentés de rappeler. Sans que cela ne provoque le moindre questionnement au sein de la milice illégale. 

Et la discussion directe Liban-Israël?
Ce n’est plus un tabou. Les accords d’Abraham ont démontré qu’une normalisation arabo-israélienne était possible là où elle semblait impensable. Le Liban, officiellement en état de guerre avec Israël depuis 1948, a pourtant négocié directement, et conclu, un accord de délimitation maritime en 2022. Sous pression américaine, mais il l’a fait.

Une discussion directe sur un accord de paix formel supposerait plusieurs conditions. La fin de la tutelle du Hezbollah sur l’État libanais. Une couverture arabe suffisante pour qu’un gouvernement libanais ne soit pas politiquement suicidé dès la première poignée de main. Et une volonté israélienne d’offrir quelque chose de concret, le retrait total des territoires contrôlés, des garanties économiques…

Rien de tout cela n’est imminent. Mais rien de tout cela n’est impossible.

Ce que l’histoire enseigne: les ennemis les plus irréductibles ont parfois signé les paix les plus durables. L’Allemagne et la France. L’Égypte et Israël. Le Vietnam et les États-Unis. La haine n’est pas un obstacle permanent à la raison d’État, quand la raison d’État finit par l’emporter. D’autant plus que les Libanais ne se considèrent pas ennemis d’Israël dans leur grande majorité. Ce qu’ils veulent, c’est vivre tranquillement, comme dans un pays « normal ». Le Liban a survécu à tout. À la guerre dite civile. Aux occupations. Aux assassinats. Aux effondrements économiques. Il survivra à cette guerre aussi. La question n’est pas de savoir s’il y a une sortie. La question est de savoir à quel prix et si quelqu’un aura enfin le courage de la négocier.

Car la pire des fins de guerre, c’est celle qui prépare la suivante. 

Raymond Aron disait: «Les traités de paix sont souvent les trêves de la guerre à venir.» 

Espérons qu’il ait eu tort.

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