Le Liban vit une journée de deuil national, avec les drapeaux en berne et une paralysie quasi totale des activités économiques et sociales, suite aux frappes israéliennes meurtrières de mercredi qui ont fait plus de 250 morts selon les bilans préliminaires. Les attaques se poursuivent au sud.
Au Liban-Sud, les frappes aériennes et les attaques de drones israéliens se poursuivent: une maison à Qaaqaiyet el-Sanaoubar, au sud de Saïda, a été touchée, faisant plusieurs blessés. D’autres frappes ont visé Sarafand, Chaaitiyé, Baïssariyé, et Mansouri (Tyr), tandis que l’artillerie lourde a frappé Kfartebnit (Nabatiyé).
Depuis le matin, l’aviation israélienne a visé plusieurs localités du Liban-Sud, notamment Zrariyé (Saïda), Qlaylé (Tyr), Harouf, Jebchit, Mayfadoun, Safad el-Battikh et Doueir (Nabatiyé), Ghandouriyé (Bint Jbeil), ainsi que les ponts stratégiques comme celui de Qasmiyé, isolant de facto le Sud-Liban.
L'armée avait plus tôt fermé ce pont après une «menace israélienne de le prendre pour cible». Il s'agit du dernier pont reliant le nord et le sud du fleuve Litani dans la région de Tyr, où des milliers de familles sont restées malgré les avertissements d'évacuation lancés par Israël. L’armée a plus tard dans la journée annoncé sa réouverture en coordination avec la Défense civile. Une unité militaire a été déployée pour en sécuriser l’accès.
Les frappes sur Abbassiyé ont fait sept morts et quatre blessés. À Zrariyé, dix personnes ont trouvé la mort dans plusieurs habitations touchées par les bombardements. Par ailleurs, cinq frappes ont visé le périmètre et l’entrée d’un hôpital à Toul, dans la région de Nabatiyé, soulevant de nouvelles inquiétudes quant à la protection des infrastructures médicales. Dans la région, une frappe a également visé Habbouch, faisant au moins quatre blessés.
La banlieue sud de Beyrouth a également été visée durant la nuit, avec un raid sur Chiyah.
La dernière frappe israélienne a visé la zone de Chiyah – rue Maroun Misk, dans la banlieue sud de Beyrouth. pic.twitter.com/DJdVRsajoR
— Ici Beyrouth (@Icibeyrouthnews) April 8, 2026
Dans l’après-midi de jeudi, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a appelé les habitants de plusieurs quartiers de la banlieue sud — Haret Hreik, Ghobeiry, Laylaki, Hadath, Bourj el-Barajné, Tahwitat el-Ghadir, Chiyah et Jnah — à évacuer immédiatement. Un mouvement de population a débuté dans le quartier de Jnah, inclu pour la première fois depuis le début du conflit dans un avertissement de masse.
Déclarations de l’armée israélienne
Dans le même temps, l’armée israélienne a annoncé que ses forces de la Brigade de parachutistes ont pris le contrôle opérationnel de certaines zones du Sud-Liban, neutralisé des dizaines de saboteurs du Hezbollah, et découvert des caches d’armes, des explosifs et des dispositifs de détonation destinés à cibler les forces israéliennes. Ces actions visent selon Tel-Aviv à «renforcer la ligne de défense avancée» et à «protéger les habitants du nord d’Israël».
#عاجل قوات لواء المظليين العاملة في جنوب لبنان قامت بالعثور على مخازن وسائل قتالية وبالقضاء على عشرات المخربين من حزب الله
— افيخاي ادرعي (@AvichayAdraee) April 9, 2026
🔸لقد حققت القوات سيطرة عملياتية في الميدان وتواصل مهاجمة بنى تحتية إرهابية بهدف تعزيز خط الدفاع الأمامي وإزالة التهديد عن سكان الشمال.
🔸كما قضت القوات… pic.twitter.com/PSshb4J21N
De plus, l’armée israélienne a confirmé, jeudi, l’élimination d’Ali Youssef Horchi, neveu et conseiller personnel du chef du Hezbollah Naïm Kassem, lors d’une frappe à Beyrouth, mercredi. Selon Tel-Aviv, Horchi jouait un rôle clé dans la sécurité et la gestion du bureau de la direction du Hezbollah.
L’armée israélienne a également annoncé avoir ciblé deux points de passage stratégiques utilisés par le Hezbollah pour transporter armes, roquettes et rampes de lancement du nord au sud du Liban, ainsi qu’une dizaine d’entrepôts d’armes et de commandements dans le sud du pays.
Le ministre israélien des Affaires étrangères a indiqué que le Hezbollah aurait lancé environ 6.500 projectiles vers Israël au cours du dernier mois.
De son côté, le Hezbollah revendique encore des tirs de roquettes et des opérations ciblées contre des positions israéliennes, affirmant poursuivre ses actions en riposte aux frappes.
Réactions internationales
Sur le plan diplomatique, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a contacté son homologue pakistanais, appelant à inclure le Liban dans tout cessez-le-feu global.
À l’inverse, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar estime qu’un élargissement du cessez-le-feu au Liban renforcerait l’influence iranienne dans le pays.
Les frappes israéliennes sur le Liban sont «intolérables», a déclaré jeudi le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot sur France Inter, soulignant que la France s'associait «pleinement» à la journée de deuil national au Liban.
«Nous condamnons fermement ces frappes massives qui (...) en dix minutes, ont fait plus de 250 morts qui s'ajoutent aux 1.500 victimes de ce conflit initié par le Hezbollah contre Israël le 2 mars dernier», a-t-il dit. «Et ces attaques sont d'autant plus intolérables qu'elles fragilisent le cessez-le-feu temporaire qui a été trouvé hier entre les États-Unis et l'Iran», a-t-il ajouté.
«Oui, l'Iran doit cesser de terroriser Israël par l'intermédiaire du Hezbollah, qui doit être impérativement désarmé, rendre ces armes à l'État libanais. Mais non, le Liban ne doit pas être la victime expiatoire d'un gouvernement contrarié parce qu'un cessez-le-feu a été trouvé entre les États-Unis et l'Iran», a-t-il également réagi.
La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a également souligné que tout accord de cessez-le-feu doit inclure le Liban.
De son côté, la Croix-Rouge internationale a exprimé son «immense colère» face à la destruction et aux pertes humaines massives dans les zones peuplées du Liban.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a également condamné les dernières frappes d’Israël sur le Liban et critiqué le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.
«La poursuite de l'activité militaire au Liban fait peser un grave danger sur le cessez-le-feu (...), a affirmé, dans un communiqué, le porte-parole du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.
La Chine a appelé à respecter «la souveraineté et la sécurité» du Liban. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a insisté sur la protection des civils et de leurs biens et a demandé aux parties concernées de faire preuve de retenue afin de désamorcer la tension dans la région.
Situation humanitaire et économique :
La destruction des infrastructures et des ponts a plongé le Sud-Liban dans un isolement presque complet. Des familles du secteur sud du Litani ont lancé des appels à une évacuation internationale d’urgence.



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