De l’usine à la rue : la guerre frappe tous les secteurs libanais
Quand les canons font taire les machines: l’économie libanaise à l’arrêt ©Ici Beyrouth

La machine de guerre poursuit sa course, et le compteur des pertes économiques s’emballe. Faute de chiffres officiels, ce sont les ordres de grandeur fournis par les syndicats et associations professionnelles qui donnent une idée de l’ampleur des dégâts.

Quand la guerre frappe au-delà des canons

La guerre ne frappe pas seulement les armes et les bâtiments. Elle s’attaque aux vies, aux espoirs et aux projets, s’installant comme une ombre sur chaque rue, chaque usine, chaque maison.

Les pertes économiques directes et indirectes sont estimées à environ 3 milliards de dollars, avec 40 à 50 millions de dollars de pertes indirectes par jour et 50 millions de dollars de dégâts matériels quotidiens. Ces chiffres rappellent ceux de la guerre de 66 jours en 2024, également initiée par le Hezbollah, qui avait coûté 15 milliards de dollars au pays.

Liban : l’industrie étranglée dès la première semaine
Dès la première semaine du conflit, Bilal, patron d’une PME industrielle, a compris que la guerre menée par le Hezbollah, proxy iranien, ne se limiterait pas à quelques jours. Face à l’incertitude, il a réduit la présence de ses ouvriers à un jour par semaine.

Deux raisons principales expliquent cette décision : une trésorerie exsangue et la disparition presque totale des débouchés à l’export dans les pays arabes.  « Nos marchés étaient déjà restreints, notamment en Arabie saoudite qui bloque les produits libanais depuis plusieurs années », explique-t-il. « J’ai de nombreux crédits sur le marché local, mais dès que les canons tonnent, plus aucun acteur économique ne rembourse, même s’il en a les moyens. »

L’histoire de Bilal n’est pas isolée. Elle illustre la crise qui frappe une centaine d’industriels libanais, paralysés par la guerre et l’effondrement du tissu économique, laissant des cicatrices durables sur l’industrie du pays.

Une économie à l’arrêt : le tourisme et le commerce en première ligne

Les pertes frappent tous les secteurs vitaux, de la santé à l’économie, en passant par le tourisme, avec des impacts particulièrement sévères :

  • Tourisme : chute de 70 à 80 % pour les restaurants, cafés, hôtels, agences de voyage et services de location de voitures.
  • Commerce : recul de 50 à 60 %, la consommation se limitant désormais aux biens essentiels (denrées alimentaires, médicaments, carburants) tandis que la demande pour les biens non essentiels (meubles, appareils électroniques, voitures, matériaux de construction) s’effondre.
  • Industrie : baisse de 35 à 40 %.
  • Agriculture : recul d’environ 35 %, aggravé par l’impossibilité pour de nombreux agriculteurs d’accéder à leurs terres dans des zones exposées aux bombardements.

PMI Blom : le secteur privé libanais alerte rouge

L’indice PMI de BLOM (Purchasing Managers’ Index), publié par la BLOM Bank pour mesurer l’activité du secteur privé libanais, a chuté à 47,4 en mars 2026, contre 51,2 en février. C’est la première fois en huit mois qu’il repasse sous le seuil des 50, et il atteint un plus bas en 17 mois, signalant une dégradation notable.

Cette baisse s’explique par :

  • Une forte contraction de la production et de nouvelles commandes, avec la demande intérieure et extérieure impactée par annulations, reports et baisse des exportations.
  • Des délais de livraison allongés, atteignant leur niveau le plus élevé en trois ans à cause de perturbations logistiques.
  • Une réaction des entreprises consistant à réduire les achats et les stocks, tandis que l’emploi reste stable mais légèrement en recul.
  • Une hausse des coûts (énergie, transport, importations) accentuant la pression sur les entreprises.

Ces données traduisent un retournement net après une période d’expansion, soulignant la vulnérabilité du secteur privé libanais face à l’incertitude géopolitique et ses répercussions sur la demande, la confiance et l’activité économique.

 

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