Déminage du détroit d’Ormuz : procédés et enjeux d’une opération à haut risque
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L’opération de déminage du détroit d’Ormuz a été lancée. Samedi, deux destroyers américains, ont traversé le passage d’est en ouest, avant de revenir dans la mer d’Arabie, dans le but de «poser les conditions» d’un processus de déminage, comme annoncé par le Commandement central des États-Unis (Centcom), dans un communiqué publié, le jour-même, sur la plateforme X.

Si les chiffres relatifs à la quantité de mines déployées par l’Iran dans le détroit d’Ormuz ne sont pas confirmés officiellement, le renseignement américain évoque toutefois l’hypothèse d’une douzaine d’engins mis en place depuis le début du conflit. Par ailleurs, et selon les autorités américaines, l’arsenal iranien en matière de mines navales se situerait entre 2.000 et 6.000 unités, comprenant à la fois des mines de contact (qui explosent lorsqu’un navire les touche physiquement) et des mines de fond plus sophistiquées (posées au fond de la mer, elles se déclenchent à distance, en détectant le passage d’un navire - bruit, pression, magnétisme).

Une opération de déminage sous contrainte militaire permanente

Sur le terrain, la phase actuelle est qualifiée de «mise en condition du déminage». Elle repose sur un dispositif combiné associant bâtiments de surface, drones et moyens aériens. Deux destroyers américains ont été déployés en transit dans le détroit afin de sécuriser la zone d’opération, tout en restant en retrait des zones potentiellement piégées.

Le cœur du dispositif repose toutefois sur des moyens spécialisés de lutte contre les mines. Interrogé par Ici Beyrouth, Thomas Couvin, ancien plongeur démineur au sein de la Marine française et fondateur de l’entreprise Methodrone, explique. Selon lui, les forces américaines mobilisent des drones sous-marins capables de détecter, classifier et localiser les engins explosifs, ainsi que des systèmes de neutralisation à distance. Des hélicoptères embarqués équipés de sonars et de systèmes de largage de charges de destruction participent également à la mission. Ces technologies permettent d’éviter l’entrée directe des navires dans les zones suspectes, affirme M. Couvin.

Dans certains cas, des unités spécialisées de déminage peuvent procéder à des explosions contrôlées in situ, afin de neutraliser les mines sans contact physique direct. L’ensemble de l’opération est coordonné depuis des zones de sécurité situées en dehors du couloir le plus étroit du détroit, notamment dans le golfe d’Oman.

Une opération à haut risque et une menace persistante

Le déminage du détroit d’Ormuz reste l’une des opérations navales les plus complexes au monde. La configuration géographique du passage, ce dernier étant étroit, fortement fréquenté et proche des côtes iraniennes, expose les forces impliquées à un double risque, comme le signale Thomas Couvin: celui des mines elles-mêmes et celui d’une escalade militaire directe.

À cette contrainte s’ajoute l’incertitude liée à la dispersion des engins explosifs, poursuit M. Couvin. Dans des conflits maritimes récents, les mines n’ont pas toujours été cartographiées avec précision, ce qui oblige les forces de déminage à opérer de manière progressive et prudente, en élargissant les couloirs sécurisés par étapes.

Par ailleurs, la possibilité d’une re-minage du détroit demeure un facteur central de vulnérabilité. Les mines peuvent être reposées rapidement par des embarcations légères ou des unités clandestines, rendant toute sécurisation durable dépendante d’un contrôle naval continu. Cette réalité transforme donc le déminage en opération potentiellement réversible, et non en solution définitive.

 

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