«Blocus»: une guerre sans frappes
©Ici Beyrouth

Dans le détroit d’Ormuz, la confrontation entre les États-Unis et l’Iran se joue désormais sans frappes directes. À travers le blocus maritime imposé par Washington et les ripostes de Téhéran, une autre forme de guerre s’installe, où la pression économique et stratégique remplace temporairement les combats.

Après l’échec des négociations entre Washington et Téhéran le 12 avril à Islamabad, les États-Unis ont instauré un blocus maritime visant les ports iraniens, en pleine trêve fragile entrée en vigueur le 8 avril.

Officiellement, le dispositif ne ferme pas totalement le détroit d’Ormuz, mais il en perturbe profondément la circulation, en ciblant les navires liés à l’Iran. En réaction au blocus américain, Téhéran a menacé samedi puis mis à exécution un «contrôle strict» de ce passage stratégique par lequel transite, en temps normal, près d’un cinquième des flux énergétiques mondiaux.

À trois jours de l’expiration du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, le «blocus» s’impose tant comme un instrument de pression que comme un facteur d’escalade.

Du fortin au siège invisible

Le terme «blocus» apparaît en français au XVIe siècle. Il est emprunté au moyen néerlandais blockhuis, désignant une maison faite de planches de bois, un fortin destiné à couper les communications d’une place assiégée. À l’origine, le mot désigne donc une structure physique: un point de contrôle, une barrière tangible.

Peu à peu, son sens s’élargit. Dès le XVIIᵉ siècle, il désigne une stratégie militaire consistant à isoler totalement une ville, un port ou un territoire, en empêchant toute entrée ou sortie. Le blocus n’est plus seulement un lieu, mais une action: celle d’encercler sans forcément attaquer.

Aujourd’hui, le terme s’applique aussi à des réalités plus diffuses: blocus naval, économique, voire numérique. Il conserve pourtant sa logique initiale: couper, isoler, asphyxier.

Outil de pression destiné à éviter l’affrontement direct, le blocus peut aussi en devenir le déclencheur.


 

Un bras de fer dans le détroit d’Ormuz

Dans le détroit d’Ormuz, cette logique prend une dimension mondiale. Depuis le 13 avril, les États-Unis ont mis en place un blocus ciblé des ports iraniens: tout navire lié à l’Iran peut être intercepté, dérouté ou contraint de faire demi-tour. Déjà, une vingtaine de navires ont suivi les consignes américaines.

Mais Washington insiste: il ne s’agit pas de fermer totalement le détroit, seulement de filtrer les flux. Une nuance stratégique, qui vise à maintenir les échanges internationaux tout en frappant l’économie iranienne.

En face, l’Iran répond par une stratégie miroir. Après avoir brièvement rouvert le passage vendredi soir, Téhéran a annoncé samedi reprendre un «contrôle strict» du détroit, dénonçant des actes de «piraterie» sous couvert de blocus. Plusieurs navires ont déjà fait demi-tour, tandis que le trafic reste très inférieur à son niveau habituel – environ 120 passages quotidiens avant la guerre.

Signe d’une montée des tensions, des vedettes des Gardiens de la Révolution ont ouvert le feu samedi sur au moins trois navires commerciaux qui tentaient de franchir le détroit. Parallèlement, le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a assuré, dans un message écrit, que la marine était prête à infliger de «nouvelles défaites» à ses ennemis.

Par ailleurs, aucune date n’a été fixée pour une reprise des négociations avec Washington après l’échec des pourparlers à Islamabad.

L’engrenage du blocus

Ce jeu d’actions et de réactions alimente un cercle vicieux. Chaque mesure de pression appelle une riposte, chaque tentative d’ouverture est perçue comme une faiblesse. Le blocus, censé contraindre sans combattre, devient ainsi un prolongement du conflit par d’autres moyens.

Au cœur de cette trêve suspendue, le blocus peut-il rester uniquement un outil de pression… ou finit-il toujours par devenir un prélude à une reprise des violences?

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