Si les États-Unis s’imposent aujourd’hui comme l’axe central des négociations directes en cours entre le Liban et Israël, la place d’autres acteurs apparaît en recomposition. Entre la France, l’Arabie saoudite, le Qatar et l’Égypte, qui pèse encore réellement dans le processus et à quel degré d’influence?
Le rôle de la France
Dans ce paysage diplomatique recomposé, l’absence de la France dans le cœur du dispositif de discussions directes entre Beyrouth et Tel-Aviv a alimenté des interrogations sur un éventuel recul de son influence.
De source diplomatique française interrogée par Ici Beyrouth, on rejette la lecture selon laquelle la France serait écartée du processus, estimant qu’elle «ne correspond pas aux dynamiques en cours». Selon elle, il n’est «ni question d’une mise à l’écart de la France, ni d’un retrait de sa part du dossier libanais», le format actuel relevant d’un schéma de négociations directes sous égide américaine.
On rappelle d’ailleurs, de même source, que «ce n’est pas la première fois qu’un processus de négociations est enclenché au Liban sans implication directe de la France». Cela ne remet toutefois pas en cause, note-t-on de même source, la continuité de l’engagement français à l’égard du Liban.
«La diplomatie française continue, en effet, de s’articuler autour de trois volets: diplomatique, humanitaire et militaire et ce, en appui aux institutions libanaises», indique-t-on de source susmentionnée. «Si les démarches actuelles peuvent mener à un cessez-le-feu pour le Liban, nous nous en réjouirons. Il n’y a pas de complexe à ce sujet», ajoute-t-on, en soulignant que Paris reste associée à plusieurs cadres existants, notamment au sein de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) et des mécanismes de supervision déjà en place.
De même source diplomatique, on précise également que, quelle que soit l’architecture finale d’un éventuel accord, de nouveaux dispositifs de suivi ou de coordination pourraient être mis en place, dans lesquels la France aurait vocation à s’inscrire indirectement, aux côtés des acteurs déjà impliqués sur le terrain et dans les enceintes de mise en œuvre.
L’Arabie saoudite, une influence discrète mais structurante
Loin du premier plan des négociations directes entre le Liban et Israël, l’Arabie saoudite n’en demeure pas moins un acteur influent en arrière-plan. C’est ainsi, qu’aux côtés des États-Unis, le royaume jouerait un rôle discret mais significatif dans l’encadrement politique et diplomatique du processus.
Dans cette configuration, Riyad chercherait à influencer la trajectoire générale des discussions, en soutenant une logique de stabilisation régionale et de renforcement de la souveraineté de l’État libanais. Cette approche s’inscrirait notamment dans la réaffirmation du principe de l’accord de Taëf, qui consacre le monopole des armes entre les mains de l’État.
Dans cette perspective, il convient de rappeler que le royaume aurait activement encouragé Washington à prioriser l’obtention d’un cessez-le-feu au Liban, afin de préserver la dynamique plus large des discussions régionales, en particulier avec l’Iran. Selon une source analytique, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane aurait insisté, lors d’un échange téléphonique privé avec le président américain, sur la nécessité d’un arrêt rapide des combats. Cet échange aurait précédé l’annonce par Donald Trump d’un cessez-le-feu de dix jours, entré en vigueur le 17 avril.
Dans le même temps, les canaux de communication entre Riyad et Beyrouth semblent s’être intensifiés. Côté libanais, le conseiller du président de la République, André Rahal, s’est entretenu le 19 avril au Caire avec l’émissaire saoudien Yazid ben Farhane, dans le cadre d’une série de rencontres avec des responsables égyptiens et saoudiens. Les discussions ont porté sur le dossier libanais, avec un accent particulier mis sur la nécessité de préserver la stabilité interne, d’éviter toute dérive vers un affrontement interne, et de garantir la continuité du mandat présidentiel ainsi que de l’action gouvernementale.
Quelques jours auparavant, le député Ali Hassan Khalil s’était également rendu à Riyad en tant qu’envoyé du chef du Parlement Nabih Berry, où il a rencontré le prince Yazid ben Farhane. Selon plusieurs sources diplomatiques, cette séquence s’inscrirait dans un contexte où l’Iran adopterait désormais une posture «plus ouverte et plus positive» à l’égard du rôle saoudien au Liban, considéré comme un facteur de stabilisation.
De mêmes sources, il est également souligné que les contacts entre le prince Yazid ben Farhane et Aïn el-Tiné se sont intensifiés ces derniers jours, jouant un rôle de canal de désescalade dans la gestion des tensions internes libanaises.
Parallèlement, le volet économique complète cette dynamique diplomatique. Le royaume aurait progressivement réactivé certains canaux avec le Liban, dans une logique conditionnée à des réformes structurelles et à des engagements en matière de sécurité, notamment concernant la lutte contre les trafics transfrontaliers.
Dans ce jeu régional élargi, d’autres acteurs arabes, notamment l’Égypte et le Qatar, suivent également de près l’évolution du dossier libano-israélien. S’ils disposent de capacités de médiation reconnues, leur implication demeure à ce stade limitée dans le format actuel des discussions.
Au final, la séquence diplomatique en cours met en évidence une recomposition des équilibres: un processus dominé par les États-Unis, une France en retrait relatif mais toujours présente dans les cadres d’appui, et une Arabie saoudite en position d’influence indirecte, dans une logique d’attente stratégique.




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