Négociations Liban-Israël: quelles options évoquées pour l’avenir de la Finul?
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Le devenir de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) devrait figurer parmi les dossiers sensibles discutés dans le cadre des négociations en cours jeudi entre le Liban et Israël. D’autant plus que le mandat de la force onusienne, renouvelé une dernière fois en août 2025 par le Conseil de sécurité, arrive à expiration le 31 décembre 2026.

À l’approche de cette échéance, plusieurs scénarios et alternatives commencent déjà à circuler: prolongation exceptionnelle du mandat malgré les réticences américaines, transformation de la Finul en force plus robuste et militarisée, ou encore création d’un nouveau dispositif international chargé de sécuriser le Liban-Sud. Qu’en est-il ?

Mise en contexte

Créée en 1978 après l’opération israélienne Litani, puis profondément renforcée après la guerre de 2006 via la résolution 1701, la Finul constitue, depuis près de vingt ans, l’un des principaux mécanismes de stabilisation du front sud. Sa mission consiste notamment à surveiller la Ligne bleue, accompagner le déploiement de l’armée libanaise au sud du Litani et limiter les risques d’escalade entre Israël et le Hezbollah.

À l’approche de l’expiration du mandat de la force onusienne, le Conseil de sécurité des Nations unies a ainsi adopté, le 28 août 2025, la résolution 2790, prolongeant pour une ultime fois le mandat de la Finul jusqu’au 31 décembre 2026, tout en actant officiellement le principe d’un retrait progressif de la mission.

L’aboutissement à une telle décision n’a toutefois pas été chose aisée, tant les divergences entre les grandes puissances étaient profondes. Le texte adopté a donc été le fruit d’un compromis diplomatique particulièrement laborieux entre, d’un côté, le Liban et la France, qui plaidaient pour le maintien des Casques bleus afin d’éviter un vide sécuritaire au Liban-Sud, et, de l’autre, les États-Unis et Israël, qui jugeaient la Finul largement «inefficace», estimant qu’elle n’avait pas réussi à empêcher le réarmement du Hezbollah au sud du Litani.

Par ailleurs et au-delà de la question du maintien ou non de la force onusienne, la résolution a surtout ouvert la voie à une réflexion plus large sur l’architecture sécuritaire de l’après-Finul. Si le texte fixe officiellement la date de fin du mandat de la mission, il demande également au secrétaire général des Nations unies de présenter, en juin 2026, «des options pour l’avenir de l’application de la résolution 1701».

Autrement dit, l’Organisation des Nations Unies (ONU) est désormais chargée de préparer dès à présent les différents scénarios possibles pour l’après-Finul et d’anticiper les mécanismes susceptibles d’éviter un vide sécuritaire au Liban-Sud après le départ progressif des Casques bleus. Entre-temps, les éventualités et propositions se multiplient en coulisses, au gré des discussions diplomatiques et des consultations entre capitales concernées. En quoi consistent-elles ?

Les scénarios sur la table

Depuis plusieurs mois, plusieurs pistes circulent dans les milieux diplomatiques occidentaux. Selon une source diplomatique interrogée par Ici Beyrouth, la première consisterait à prolonger purement et simplement le mandat actuel de la Finul. «Cette option se heurterait néanmoins à une forte réticence américaine, d’autant plus que Washington pousse depuis des mois pour une réduction, voire une disparition du dispositif actuel, jugé inefficace face au Hezbollah», souligne-t-on de même source.

Une deuxième hypothèse évoque, toujours selon notre interlocuteur, la création d’une nouvelle force internationale, plus réduite mais dotée d’un mandat plus robuste et plus offensif. «L’idée serait de remplacer le modèle traditionnel du maintien de la paix par une mission davantage axée sur l’assistance militaire, la sécurisation du terrain et le soutien opérationnel à l’armée libanaise», indique-t-il.

Une assertion que viennent confirmer les multiples discussions européennes qui ont récemment porté sur un éventuel mécanisme alternatif piloté par l’Union européenne (UE). Selon des informations relayées par Euractiv (un réseau de médias indépendant fondé en 1999, spécialisé dans la couverture des politiques et affaires de l'UE), des responsables européens réfléchissent à une mission «radicalement différente» de la Finul actuelle, davantage tournée vers la formation, le renforcement des capacités militaires libanaises et une présence moins statique dans le Sud.

Une troisième option, plus sensible politiquement, consisterait, selon la source susmentionnée, à renforcer directement le mandat de la Finul existante en lui accordant des prérogatives plus coercitives et un rôle militaire élargi sur le terrain.

Interrogé par Ici Beyrouth sur cette éventualité, le porte-parole de la Finul, Dany Ghafari, estime qu’un tel changement demeure juridiquement possible. «Bien sûr que c’est faisable si le Conseil de sécurité décide d’accorder davantage de prérogatives à la Finul», affirme-t-il. «Le Conseil de sécurité peut décider de modifier les missions de la force. Mais savoir s’il le fera ou non relève de la spéculation», ajoute-t-il.

Dans ce contexte, une telle perspective soulèverait d’importantes questions. Une Finul davantage militarisée pourrait difficilement conserver le rôle d’intermédiaire et de tampon qu’elle occupe depuis des décennies. Elle risquerait également de devenir une cible directe dans un contexte où le Liban-Sud reste extrêmement volatil.

«La Finul applique ce que décide le Conseil de sécurité»

Au-delà de la diversité des scénarios évoqués et des équilibres diplomatiques encore incertains, un élément demeure constant et structure l’ensemble du débat: la nature même de la mission onusienne. Quelle que soit l’option finalement retenue par les capitales et les membres du Conseil de sécurité des Nations unies, la Finul ne dispose d’aucune autonomie politique dans la définition de son mandat. C’est ce que rappelle d’ailleurs M. Ghafari, en assurant que «la Finul applique ce que décide le Conseil de sécurité», un principe qui replace l’ensemble des discussions dans un cadre strictement institutionnel et rappelle que l’avenir de la force dépend avant tout des décisions qui seront prises à New York.

Il souligne par ailleurs qu’ «en l’absence d’un nouveau texte adopté d’ici fin 2026, la mission devra cesser ses opérations, entraînant l’arrêt des patrouilles et un retrait progressif, à organiser en coordination avec les autorités libanaises et les pays contributeurs». L’objectif initial reste, d’après lui, un transfert graduel des responsabilités à l’armée libanaise. Il rappelle, à cet égard, que des plans de désengagement existaient déjà avant même la reprise du conflit. «Nous avions commencé à préparer le scénario de 2027 avant mars 2026. Aujourd’hui, le contexte a changé, mais nous restons liés au mandat du Conseil de sécurité», note-t-il.

Au-delà des débats diplomatiques, la question essentielle reste celle du vide sécuritaire potentiel au Liban-Sud, un retrait complet de la Finul sans alternative crédible pouvant éventuellement créer un dangereux vide entre l’armée israélienne, l’armée libanaise et le Hezbollah. 

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