Le communiqué de l’administration américaine, ainsi que les informations relayées, font état d’un seul acquis suite à l’épilogue de la première phase des négociations entre le Liban et Israël. Il s'agit de la séparation de principe entre les dossiers libanais et iranien, sans autre élément supplémentaire. Il ne faudrait pas se hasarder dans des extrapolations qui risquent d’être démenties de suite. La célébration de la fête de “la résistance et de la libération” par le gouvernement libanais est là pour corroborer ce scepticisme qui doit servir de guide et de principe de prudence sur le plan méthodologique. En l’absence d’un consensus national suffisamment ferme et clair dans ses stipulations, le Liban est à la merci des retournements de circonstances.
Les incohérences du gouvernement, ainsi que le sécessionnisme de fait d’une communauté chiite qui ne s’est pas encore départie du narratif islamiste et de la politique de subversion du régime iranien, nous laissent dubitatifs. Par conséquent, nous doutons des chances d’une mutation sur les plans politique et diplomatique. Cela n’empêche que la poursuite des négociations est un acquis sur lequel il ne faudrait pas revenir. Ceci étant dit, l’extension de la trêve sur une période indûment prolongée de quarante-cinq jours nous laisse perplexes sur les chances d’aboutissement des négociations. Tout en sachant que la trêve nominale est sujette aux aléas du terrain où les affrontements poursuivent leur cours.
Autrement, il ne faudrait pas oublier que les négociations entre les États-Unis et le régime islamique en Iran sont dans le marasme et les chances d’un règlement négocié sont plus que jamais controversées. Les échanges entre les présidents américain et chinois concernant l'Iran évoquent des supputations vagues sur le règlement de certaines questions. Ces enjeux incluent le détroit d'Ormuz, la nucléarisation de l'Iran, l'instabilité régionale causée par la politique de puissance iranienne, ainsi que leurs corollaires à Taïwan et en mer de Chine. On est plutôt dans un scénario de guerre froide encadré par une forme de civilité de convenance et des codes de conduite qui leur sont corollaires.
L’action du Hezbollah évolue au gré des évolutions régionales et internationales et s’aligne strictement sur leurs incidences. La problématique qui se pose au pouvoir libanais est celle de son aptitude à pouvoir élargir sa marge de manœuvre, de contenir la politique de subversion du Hezbollah et de s’extraire de la sphère d’influence du régime iranien. L’issue à ce dilemme est d’opter résolument pour la politique américaine, d’adhérer de manière stricte à son arbitrage et au narratif de paix régionale suggéré après la mise en œuvre de la dynamique de paix abrahamique.
La sortie par effraction des verrouillages de la politique impériale iranienne est un choix stratégique qui ne peut pas s’accommoder de compromis boiteux et de duplicité érigée en règle d’action. Il ne s’agit pas de retrouver une voie médiane entre l’Iran et les États-Unis, il s’agit de trancher sur des choix et d’avancer résolument dans les négociations sur la base d’une option stratégique. Cet acte de pondération vaut également pour les monarchies d’Arabie. Leurs crises structurelles de légitimité les poussent invariablement vers des axes ambigus, utilisant des registres religieux et politiques qui le sont tout autant. L’Arabie saoudite veut lier la normalisation du Liban à un hypothétique règlement final du conflit israélo-palestinien. Or, le Liban ne cesse de brûler depuis plus de 70 ans au rythme des politiques de puissance alternées et de leur impact destructeur. L’ampleur du désastre auquel fait face le Liban ne peut plus s’accommoder d’atermoiements, de compromissions idéologiques et d’arrangements boiteux dont le but est d’accommoder les politiques de puissance entre les islamistes chiites et leurs rivaux sunnites.
La seule porte de sortie est celle de la politique américaine qui nous offre pour la première fois les chances d’un règlement négocié avec l’État d’Israël. La politique de l’ambiguïté et de la communication paradoxale n’est plus de mise si l’on veut la paix. Les dissonances cognitives causées par les écarts entre les déclarations de principe et les conduites politiques effectives qui contredisent en tous points ces stipulations ne peuvent pas se poursuivre. Le temps des simulations et des cas d’école est largement dépassé car le Liban est désormais transformé en champ de ruines. La politique des terres brûlées fait partie de la stratégie iranienne et de la vision commune que partagent les islamistes de toutes obédiences. L’adhésion formelle au principe de séparation des enjeux entre le Liban et l’Iran doit être sanctuarisée par le choix stratégique qui est à lui seul garant de cette négociation et de son aboutissement.
Cette négociation n’a aucune chance d’aboutir si elle n’est pas inscrite dans un narratif de paix. Les préparatifs sur le plan opérationnel que les négociations annoncent, d’ores et déjà, sont des étapes nécessaires. Elles risqueraient toutefois d’être neutralisées à défaut d’une vision d’ensemble qui met fin à un conflit entre des imaginaires, des enjeux de reconnaissance et de sécurité existentielle. Les délires de l’islam militant, ainsi que ceux de la gauche dans ses différentes variantes concernant la paix entre le Liban et Israël, relèvent des pathologies de l'islam contemporain et d’une gauche en manque de récit. En outre, ils servent de dérivatif aux échecs de la modernité musulmane.
Le Liban n’est que le terrain où des conflits par procuration se jouent et des politiques impériales s’affrontent. Nous ne sommes pas dans des schémas de conflits différés et de trêve, nous sommes dans un scénario de paix entre deux États pour mettre fin à un conflit destructeur, le Liban sans une vision de paix ne survivra pas. Ceci n’est pas de nature à déranger la vision agonistique de l’islamisme chiite et de ses répliques en milieux sunnites.




Commentaires