Suicides de jeunes: les «attaques» psychologiques et l’absurde!
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La mort des jeunes est brutale et dévastatrice. Mais que dire lorsque cette mort résulte d’un choix volontaire? Que signifie le fait qu’un jeune décide de mettre fin à sa propre existence? Le monde ne va pas bien, la vie devient de plus en plus difficile et les désillusions sont légion. Ce constat nous oblige à tirer la sonnette d’alarme: attention aux «attaques psychologiques!

Les larmes coulent à flots face à une mort qui n’est pas comme les autres. Le suicide est une mort, certes, mais qui ne ressemble à aucune autre. C’est de cette disparition étrange et déroutante dont il est question. La mort a-t-elle plusieurs interprétations et plusieurs philosophies? L’une des explications du suicide des jeunes serait, dit-on, leur tendance à affronter l’inéluctable plutôt qu’à le fuir. Pour Albert Camus, la mort incarne «l’absurde par excellence. La philosophie est complexe, et l’idée d’une libération par la mort est dangereuse.

Les jeunes ont besoin de parler, de s’exprimer à haute voix et d’être véritablement écoutés. La blessure qui meurtrit un adulte peut être fatale pour un adolescent. Alors, qui peut les accompagner?

Le père Peter Hanna, proche des jeunes, leur dit: «Les blessures façonnent l’être humain, plus que les rires et les joies. N’ayez pas peur de vos blessures, ne cachez pas vos larmes, apprenez à les accepter. Si vous souffrez, cela signifie que vous êtes vivants. Priez: la prière est la conversation la plus essentielle que nous ayons avec Dieu dans les moments de douleur. Elle est un salut.»

Mais la vie reste difficile. Il suffit de regarder la prolifération des «life coaches» (accompagnateurs en développement personnel), devenus la réponse professionnelle dans cette époque troublée. Cependant, ces conseils suffisent-ils à eux seuls à empêcher le passage à l’acte? Un patient dépressif doit-il être suivi par un coach ou par un psychiatre?

Le Docteur Samir Jamous s’en étonne: le malade psychique, comme tout autre malade (cancer, cœur, diabète), a besoin de médicaments en plus des conseils. Il extrapole en affirmant que le suicide est souvent l’issue tragique de troubles psychiatriques non traités convenablement. Les chiffres en disent long: environ 20% des personnes souffrant de dépression et 10% des personnes atteintes de schizophrénie se suicident.

Il est également important de savoir qu’il arrive qu’un jeune, pourtant plein de vie, aisé, intelligent, heureux en apparence et ne montrant aucun signe de dépression, se suicide… Le psychiatre nous interrompt alors en précisant: «Cette maladie touche aussi bien les riches que les pauvres, les personnes intelligentes et celles qui le sont moins. Une étude récente menée sur un échantillon d’une centaine de personnes décédées par suicide a montré, à partir d’analyses cérébrales et de prélèvements de liquide céphalo-rachidien, que la sérotonine -l’hormone du bien-être- était très basse chez certains d’entre eux. Notre rôle, en tant que psychiatres, est de traiter ce déficit, car s’il n’est pas traité médicalement, le patient dépressif peut aller jusqu’au suicide.»

Qu’en est-il de ceux qui en parlent avant de passer à l’acte? Certains jeunes posent des questions troublantes à leur entourage, cherchant parfois une forme d’attention ou de réassurance. Pour le psychiatre, les personnes qui se suicident planifient généralement leur geste. Elles choisissent la manière dont elles vont mourir, comme s’il s’agissait de la préparation d’un projet. Elles peuvent même, parfois, envisager de s’en prendre à leurs proches avant de mettre fin à leurs jours. En revanche, ceux qui passent à l’acte dans un moment de “lâchage” soudain souffrent le plus souvent d’un état d’anxiété aiguë.

Dans tous les cas, selon le psychiatre, avant l’âge de huit ans, un enfant ne comprend pas réellement la notion de mort. Il pense que le défunt va revenir. La compréhension de l’irréversibilité de la mort se construit progressivement, généralement entre 8 et 18 ans.

Les jeunes peuvent paraître heureux en apparence, tout en étant envahis, à l’intérieur, par des pensées sombres, surtout la nuit. A ceux-là, le père Hanna leur rappelle: «La vie cherche chaque jour à vous effrayer. Répondez-lui par l’amour: aimez davantage, pardonnez davantage, oubliez davantage, faites davantage confiance. Lorsque vous êtes envahis par un désir de vengeance et que l’occasion de l’exercer se présente, c’est à ce moment-là seulement que se révèle votre confiance en Dieu. Si vous croyez véritablement en Lui, laissez toute chose entre Ses mains et renoncez à agir. C’est précisément dans cet instant que se confirme votre liberté et votre force.»

L’amour est nécessaire, et la prière est essentielle. Cependant, l’existence du diable – incarné par un mal profond – peut, selon certains, influencer certains patients, mais non ceux qui accomplissent leurs devoirs religieux. La religion protège, tandis que le traitement médical reste indispensable.

En Occident, toute personne atteignant l’âge adulte doit se constituer une base de protection, en consultant à la fois un psychiatre et un avocat, afin d’être bien encadrée. Chez nous, la situation est tragi-comique.

Au Liban, selon le Dr Samir Jamous, le patient souffrant de troubles psychiques ne possède pas la culture préalable nécessaire pour se protéger lui-même. Les médecins de famille eux-mêmes auraient besoin de formation plus approfondie en santé mentale. Imaginez donc un médecin dire à son patient: «Tu es fou d’aller consulter un psychiatre»?

Un patient dépressif peut nécessiter des séances d’électro convulsivothérapie et un traitement médicamenteux, et non de simples conseils. Les recommandations sont certes utiles, mais elles ne constituent pas un traitement à elles seules.

Que dire d’un jeune qui évoque la mort avant de passer à l’acte suicidaire? «Tout patient souffrant de dépression ou de troubles psychiques devrait être interrogé directement pour savoir s’il a des idées suicidaires. Certains jeunes souffrant de crises d’angoisse, répètent: «nous aimerions mourir pour être soulagés». Il faut toujours prendre ces propos au sérieux. Ces personnes peuvent en venir au suicide pour échapper aux hallucinations qui les hantent», explique le Dr Jamous.

Il ajoute qu’une jeune femme, enseignante, jouissant pourtant tous les facteurs de stabilité et de réussite, a perdu confiance en elle. Avant de mettre fin à ses jours, elle avait confié à son mari qu’elle n’était plus capable de réfléchir correctement et qu’elle portait désormais un regard dévalorisé sur elle-même. Son mari n’avait pas mesuré la gravité de ces signes. Elle souffrait de dépression sévère et s’est finalement suicidée en se jetant dans le vide. Elle avait besoin d’une prise en charge médicale, de médicaments et d’un suivi psychothérapeutique, qui ne lui ont pas été prodigués.

Pourquoi un jeune disposant pourtant de conditions de vie favorables peut-il sombrer dans la dépression et éprouver un désir de mort? Il existe des causes internes et externes: idées erronées, facteurs génétiques, difficultés affectives ou troubles obsessionnels. Il ne faut jamais sous-estimer ces signaux. Même en l’absence d’antécédents familiaux connus, il peut exister des vulnérabilités enfouies sur plusieurs générations.

Selon lui, personne n’est mieux placé que le psychiatre pour ‘interroger’ une personne présentant des idées suicidaires. Les questions simplistes, auxquelles on répond par oui ou non, ne suffisent pas: il faut un entretien approfondi et structuré.»

L’adolescence constitue l’une des périodes les plus sensibles de la vie. Le jeune cherche à construire son identité et à répondre à de nombreuses interrogations. À défaut de réponses, il peut se perdre. Contrairement à certaines idées reçues, ces troubles ne sont pas liés au fait d’étudier trop, mais peuvent être associés à des pathologies psychiatriques comme la schizophrénie, qui apparaît généralement entre 15 et 35 ans et que le stress peut parfois déclencher, tout comme les déséquilibres neurobiologiques, notamment liés à la dopamine et à la sérotonine.

Les idées de mort doivent impérativement être prises au sérieux. Toute personne qui y pense sans raison évidente doit être écoutée et suivie. Certains questionnements existentiels sur la vie après la mort ou le sens de l’existence ne doivent pas être tournés en dérision.

Certains jeunes peuvent s’interroger sur le sens de la vie. Selon le père Peter Hanna, il faut leur parler de Dieu qui nous a créés à son image. Il faut les accompagner et rester à leurs côtés. La vie est difficile. Il faut croire que Dieu existe, mais que le mal existe aussi. Il ne faut pas le laisser vaincre. Il faut protéger les foyers, et s’intéresser à ce que lisent les enfants, à la musique qu’ils écoutent, ainsi qu’aux groupes dont les idées peuvent influencer leurs esprits.

Se rapprocher du Seigneur peut aider, mais le recours au psychiatre demeure une nécessité.

Et après?

La notion de mort demeure floue pour beaucoup, qu’il s’agisse d’adolescents ou d’adultes. Certaines références culturelles associent amour de jeunesse et mort, comme Roméo et Juliette. Il existe également des mouvements qui encouragent la rébellion. Il ne faut pas sous-estimer la culture de la révolte chez les adolescents. Les jeunes peuvent parfois avoir besoin de la compassion qu’ils cherchent à travers une tentative de suicide. Cette tentative peut être évitée; mais celui qui tente une fois peut recommencer. D’où la nécessité d’une vigilance constante.

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