Liban: entre Washington et Téhéran, feu israélien et pression iranienne
©Ici Beyrouth

Selon les informations disponibles, un mémorandum d’entente irano-américain serait en cours d’élaboration afin de mettre fin à la guerre entre les deux parties. Le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah ferait partie intégrante de cet accord.

Dans le même temps, Israël se réserverait le droit de se défendre et de conserver une liberté d’action contre le Hezbollah.

Les éléments ayant filtré du mémorandum ne mentionnent toutefois aucune disposition relative à une clause de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. Aucune référence n’y est faite ni au retrait, ni à la libération des prisonniers, ni au retour des déplacés.

Dès lors, si ces paramètres venaient à être exclus, quelle serait la différence entre le cessez-le-feu que l’Iran pourrait revendiquer comme une réussite diplomatique et l’actuelle trêve en vigueur avec le Hezbollah?

Dans le cadre du cessez-le-feu actuel, ou de ce qui a été convenu d’appeler une trêve, Israël a épargné Beyrouth et sa banlieue sud des frappes directes. Pour autant, lorsqu’une cible jugée pertinente y est identifiée, l’armée israélienne n’hésite pas à intervenir, comme l’illustre notamment l’élimination du commandant des forces Radwan, Ahmad Ghaleb Ballout. Selon les informations disponibles, aucun changement majeur ne serait attendu dans ce schéma d’action en cas d’accord entre Washington et Téhéran. Le scénario minimal pourrait s’apparenter à celui observé après le cessez-le-feu lié à la guerre de soutien à Gaza, annoncé le 27 novembre 2024, période durant laquelle les assassinats de cadres du Hezbollah et les frappes contre ses infrastructures militaires se sont poursuivis.

Depuis 2023, dans l’ensemble des accords de cessez-le-feu, Israël s’est systématiquement réservé le droit de se défendre et de maintenir sa liberté d’action contre le Hezbollah. Lors du dernier accord de cessez-le-feu intervenu le 17 avril dernier, le Hezbollah avait tenté d’en attribuer le mérite à la partie iranienne, avant la révélation d’une note du département d’État américain confirmant explicitement le droit d’Israël à agir en légitime défense et à préserver sa liberté d’action contre le mouvement. Le Hezbollah avait alors accusé le gouvernement libanais d’être à l’origine de cette situation.

Cette fois toutefois, le Hezbollah ne pourrait se dissocier de la responsabilité de l’Iran dans l’éventuel accord de cessez-le-feu, même en cas de non-respect par Israël. Le mouvement se retrouverait face à une équation délicate: soit accepter un fait accompli imposé sur le terrain, comme cela a été le cas entre le 27 novembre 2024 et le 2 mars 2026, soit réagir dès la première violation israélienne, au risque de voir le conflit s’étendre à l’ensemble du territoire libanais.

La mise en place d’un cessez-le-feu durable et global demeure, en réalité, un élément central susceptible de renforcer la position du négociateur libanais à Washington, quelle que soit la partie qui parviendrait à en revendiquer le succès. À condition toutefois que le Liban préserve l’indépendance de son processus de négociation et refuse de l’arrimer à la dynamique iranienne, comme le souhaitent les États-Unis, qui cherchent à accélérer les résultats des discussions en cours, tout en estimant que les autorités libanaises doivent maintenir leur résistance à l’influence iranienne, notamment dans une phase où le discours de la «victoire» pourrait atteindre son paroxysme.

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