Une cause moyennant 200 dollars

Le Hezbollah a annoncé à ses partisans ainsi qu’aux familles déplacées en raison de sa guerre une aide de 200 dollars à l’occasion de l’Aïd al-Adha, présentée comme un «cadeau de fête». Une initiative qui constitue une nouvelle entorse aux règles élémentaires de circulation des fonds, et qui place une nouvelle fois l’État libanais dans une position embarrassante: une milice distribuant du cash en dehors du système bancaire et des circuits légaux de transfert, alors que le Liban figure déjà sur la liste grise en matière financière.

Ce «cadeau» n’a rien d’anodin. Il s’inscrit dans une logique de captation des loyautés autour d’une cause nouvelle exposée par le secrétaire général Naïm Kassem dans sa dernière allocution.

Qu’on le veuille ou non, le Hezbollah excelle dans l’art de vendre des illusions à sa base. Il transforme chaque événement en victoire et parvient à convaincre un public largement acquis à son récit. La dernière en date remonte à la commémoration de la «fête de la résistance et de la libération», devenue un rendez-vous imposé aux Libanais depuis la présidence d’Émile Lahoud, allié proche de la «résistance», et chef d’État sous lequel le Liban s’est enfoncé dans une spirale de tensions avec l’Occident et dans une dépendance accrue à l’égard de l’Iran, après avoir déjà largement subi l’influence syrienne.

Naïm Kassem avait peu d’arguments pour maintenir cette célébration alors que des dizaines de villages ont été détruits, certains entièrement rasés, et que la présence militaire s’étend jusqu’au-delà du Litani. Malgré le bourdonnement des avions de reconnaissance, il a choisi de se proclamer victorieux et de présenter le Liban comme «libéré» en annonçant une «troisième bataille de libération».

Cette propagande tient lieu de nouvelle campagne de mobilisation pour vingt années supplémentaires de confrontation, destinées à entretenir la peur au sein de la communauté chiite et de ceux placés sous son influence, tout en alimentant l’idée que cette «troisième libération» viendrait de lui. Il est même allé jusqu’à appeler à une contestation ouverte du gouvernement et à sa chute afin d’empêcher les négociations directes, une position embarrassante non seulement pour l’exécutif, mais aussi pour le président de la République, qui s’est personnellement investi dans ce dossier.

Dans cette logique, le Hezbollah semble vouloir remonter le temps et replacer son camp et sa base dans l’état d’esprit d’avant 2000, en entretenant l’illusion d’un retour au scénario de «victoire» de l’époque. Mais la véritable libération, censée relever de l’État, devient désormais le nouveau slogan d’un mouvement fragilisé, soucieux avant tout de conserver son emprise.

Reste une interrogation majeure: si les négociations avec l’Iran aboutissaient à un accord excluant le Liban, si Netanyahu persistait à imposer sa loi dans le Sud, et si Téhéran en venait à exiger du Hezbollah qu’il dépose les armes, le mouvement pourrait-il encore prétendre avoir réellement «libéré» le Sud — ou faudrait-il admettre que l’Iran l’aurait tout simplement «sacrifié» en même temps que cette région?

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