Les négociations et la fin des guerres ?
©Ici Beyrouth

On se demande à juste titre à quoi servent les négociations en cours et quel en serait l’épilogue, si jamais il y en avait un. La réponse est complexe dans un sens ou dans l’autre, nommément celui de la reprise de la guerre ou de la conclusion d’un accord de paix, quelle qu’en soit la portée. Nous sommes dans un scénario de ballotement ouvert où le passage d’un enjeu à l’autre se laisse difficilement cerner. Autrement, quel serait le prix à payer par les principaux protagonistes dans un cas ou dans l’autre ? Est-on véritablement dans une impasse où l’on peut difficilement avancer tant dans le scénario de la poursuite de la guerre que dans celui de la conclusion d’un accord ? Qu’est-ce qui empêche le renouvellement des hostilités et en quoi consiste un accord de paix ? Répondre à ce genre de questions n’est pas aussi facile qu’on le croit, surtout que les lignes de démarcation sont peu discernables dans un contexte de fluidité où on a de la difficulté à pouvoir poser des bornes.

Autrement, les agendas de priorité des partenaires américain et israélien ne s’alignent plus de manière systématique et la possibilité d’une séparation de parcours n’est pas à écarter. On sait toutefois qu’il y a une limite, celle de la relation symbiotique ou de la rupture totale. On n’est pas dans des scénarios tranchés où des actes de rupture ou de répudiation unilatérale peuvent se poser de manière définitive. Pour répondre à ces questions, il serait utile sur le plan heuristique d’établir le bilan des guerres en cours et quelles pourraient être les hypothèses de l’après-guerre imaginées par les acteurs des deux côtés du conflit. Il est crucial de noter que pour le tandem américano-israélien, les attentes alternent entre la défaite du régime islamique en Iran et le schéma d'endiguement visant à contenir la dynamique impériale iranienne. Elles misent en outre sur la possibilité d'un changement insidieux qui pourrait mettre fin à cette dynamique. Autrement, c’est le scénario d’un changement délibéré de régime. Du côté iranien, il s’agit principalement de la survie du régime et de la réhabilitation des leviers d’une politique de conquête impériale impénitente et rejetant toute remise en question du narratif révolutionnaire obsolète. 

Il est impératif qu’avant de répondre à ces questions, on fasse l’état des lieux dans une hypothétique fin de guerre. Le bilan s’avère mitigé et aux contours fluctuants, car la guerre se poursuit et semble perdurer. L'enrayement de la politique de subversion iranienne est un fait bien établi et aux coordonnées multiples. La destruction des plateformes opérationnelles tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Iran, la mise à plat du récit fondateur, et le déraillement des contre-alliances contractées avec l’axe néo-totalitaire et la constellation des États voyous renvoient le régime iranien aux entropies systémiques d’un régime entièrement discrédité. Ils le renvoient également à une crise de légitimité diffuse, aux déboires de l'effondrement socio-économique, et aux aléas d’une guerre sans fin.

Il est impossible de parler d’une fin de guerre sur la base de concessions géostratégiques ou sécuritaires de nature à relancer la dynamique impériale d’un régime iranien belliciste et revanchard. L’alliance américano-israélienne, en dépit et malgré des divergences inédites de priorités, ne peut pas avaliser le contrôle du détroit d’Ormuz par l’Iran et céder sur l’impératif d’une gouvernance internationale conforme aux mandats du droit international des mers. Il n'est pas question de revenir au statu quo ante en cédant sur les sanctions économiques et la restitution des revenus pétroliers. Il n'est pas question non plus de reconstruire l'Iran d'après-guerre au profit du régime islamique, qui est à l'origine de ce bouleversement géostratégique et de ses conséquences désastreuses. En outre, la question de la militarisation des conflits et ses composantes balistique, nucléaire et bactériologique ne peuvent être écartées d’un revers de main ou reportées à des lendemains imprécis ; le renvoi aux calendes grecques relève d’une conduite d’évasion injustifiée et sans portée réelle. Le régime iranien est à la source de menaces réelles qui menacent la paix régionale et internationale. 

Toutes ces considérations doivent être récapitulées à partir d’un prédicat d’ensemble, celui de la délégitimation d’un régime nihiliste qui doit sa survie à une dynamique meurtrière et à une politique de terreur indiscriminée. La secte meurtrière au pouvoir n’a d’autre objectif que d’assurer sa survie, quel qu’en soit le prix. Contrairement aux supputations qui estiment que la survie du régime est le gage de sa pérennité, le constat objectif nous renvoie à une dynamique de pourrissement et d’érosion impulsée par le régime. L’intransigeance sur le plan diplomatique n’est que le revers des interdits idéologiques et des intérêts croisés d’une oligarchie mafieuse composite se recommandant du totalitarisme chiite. Le régime doit sa survie à la politique de la terre brûlée et à sa topographie mutante. Il n’y a pas d’épilogue à moins d’une défaite qui mette fin à la configuration conflictuelle en cours et à ses marqueurs géostratégiques, géopolitiques et idéologiques. Il faudrait en réalité sceller la fin d’une ère.

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