Certains prétendus experts économiques ne cessent de modifier la qualification de la crise qui a frappé le système financier libanais et conduit à son effondrement brutal. Après avoir longtemps contesté l’existence même d’une crise systémique et trouvé refuge derrière le refus du Fonds monétaire international de la qualifier comme telle, ils ont été confrontés, il y a quelques jours, à un sérieux démenti.
Ainsi, dans un rapport exhaustif et solidement documenté consacré aux crises systémiques à travers le monde, le FMI a en effet classé la crise libanaise parmi les crises systémiques recensées à l’échelle internationale.
Ce constat a fait tomber le dernier rempart de déni derrière lequel se retranchaient les théoriciens intéressés, les détenteurs de privilèges, les négationnistes de la crise et une partie du pouvoir politique.
Aujourd’hui, alors que ce déni n’a plus lieu d’être, ils ont modifié leur discours: tous, du plus influent au plus insignifiant, reconnaissent désormais le caractère systémique de la crise, tout en affirmant que l’État n’en est pas le principal responsable, rejetant la faute sur d’autres acteurs, au premier rang desquels figure le secteur bancaire.
Il convient ici de rappeler une évidence que certains ignorent et que d’autres refusent délibérément de reconnaître: qualifier une crise de systémique ne revient pas à désigner automatiquement l’État comme responsable de son déclenchement. Les deux notions sont distinctes. Mais le paradoxe libanais réside précisément dans le fait que la crise est bel et bien systémique et que l’État en porte la responsabilité première et la plus lourde.
Les discussions actuelles autour de la répartition des pertes ne signifient nullement que celles-ci doivent être réparties en fonction du degré de responsabilité de chaque partie. Il s’agit plutôt d’un effort collectif visant à consentir des sacrifices afin de sortir le pays de l’effondrement et de préserver ce qui peut encore l’être.
Cependant, si les pertes devaient être réparties proportionnellement aux responsabilités, l’État, ou plus précisément la classe politique qui l’a dirigé durant des décennies, en assumerait, sans conteste, la plus grande part, puisqu’il est le principal artisan de l’effondrement.
Heureusement, la Banque du Liban semble adopter, sous la gouvernance actuelle, une approche de transparence qui tranche avec le passé. L’ère du déni touche à sa fin et la banque centrale a reconnu les dettes qu’elle doit aux banques, estimées à près de 83 milliards de dollars.
Par ailleurs, cette même banque centrale, qui est également la banque de l’État, a procédé à un inventaire comptable révélant que l’État a prélevé dans ses caisses, sous diverses appellations (dette publique, expositions financières, ouvertures de crédits, etc.) près de 64 milliards de dollars.
Partant, les prétendus experts économiques peuvent désormais effectuer leurs calculs, à supposer qu’ils en aient la capacité, pour déterminer où se situe réellement la faille financière et qui en porte la responsabilité.
Quoi qu’il en soit, ceux qui souhaitent identifier les responsables de cette crise systémique peuvent se référer à la décision rendue par le Conseil d’État en 2024. Celle-ci expose clairement et sans ambiguïté qui a mis la main sur les dépôts des épargnants et les a dépensés, soit l’État.
Le Conseil d’État l’a écrit noir sur blanc. Faut-il davantage de clarté pour ceux enclins à voir, entendre et comprendre?
Quant à ceux qui s’obstinent dans l’aveuglement, grand bien leur fasse. Mais nier la réalité ne la fait pas disparaître pour autant.



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