Liban: Les innombrables et fausses «victoires» du Hezbollah
©Ici Beyrouth

Il faut rendre justice au Hezbollah: rares sont les organisations qui accumulent autant de «victoires» avec une telle constance. Depuis 26 ans, les Israéliens étaient de l'autre côté de la frontière. Grâce au Hezbollah, ils ont fini par revenir au Liban. Le drapeau israélien flotte désormais sur le symbolique Château de Beaufort.  Voilà déjà une première «victoire».

Avant le 8 octobre 2023, le Sud-Liban connaissait une stabilité relative. Grâce au Hezbollah et ses «guerres de soutien» insensées, d’abord au Hamas puis aux ayatollahs, des villes et des villages entiers ont été dévastés. Une autre «victoire».

Depuis le 2 mars, grâce au Hezbollah, plus de 3.500 morts officiels, bien plus dans la réalité, sont venus s'ajouter à la liste des morts pour les autres. Encore une «victoire».

Avant ces aventures militaires décidées au nom de tous mais sans consulter personne, l'économie libanaise était en crise. Grâce au Hezbollah, elle est désormais en ruines, tandis que les perspectives de reconstruction s'éloignent dans un horizon toujours plus incertain. Une autre «victoire».

Sans oublier la «brillante» réussite démographique. Depuis des décennies, la milice et son environnement politique cherchaient à modifier certains équilibres démographiques du pays. Ici un vaste complexe immobilier, là un nouveau quartier, ailleurs des projets destinés à renforcer leur présence territoriale. Les résultats restaient limités. Puis sont venues les guerres. 

Et grâce au Hezbollah, plus d'un million de Libanais ont été jetés sur les routes, déplacés vers toutes les régions du pays. Le bouleversement démographique que des années d'ingénierie sociale n'avaient pu produire a été réalisé en quelques mois. Une «victoire» historique.

Quant à l'Iran, véritable ventriloque stratégique de cette milice illégale prétendument libanaise, il peut également se féliciter de ces résultats. Le Liban paie le prix, mais Téhéran conserve son instrument. La vie a repris tranquillement au pays des ayatollahs moyen-âgeux. Le Liban est le seul front. Le seul.

Donald Trump tente bien d'arracher une trêve durable entre Israël et le Hezbollah. Mais les dirigeants iraniens accepteront-ils que le président américain récolte le bénéfice politique d'un cessez-le-feu? Certainement pas. Depuis longtemps, le dossier libanais est traité à Téhéran comme un levier régional avant d'être considéré comme une question libanaise.

Pour Téhéran, il est hors de question de laisser à Donald Trump la paternité d’un vrai cessez-le-feu. Celui-ci ne passera que par l’Iran. Et tant que les négociations entre les Américains et les Iraniens tourneront en rond, la milice continuera ses tirs sur Israël. Histoire aussi de rendre impossible la mission des négociateurs libanais à Washington, qui ont réussi ce jeudi à obtenir un cessez-le-feu, subordonné à l’arrêt total des tirs du Hezbollah. Difficile d’y croire. 

Quelle sera la prochaine «victoire» me direz-vous? Partant du principe que seul le chaos généralisé permettra à la milice de ne pas rendre ses armes, l’étape à venir pourrait être une sorte d’apothéose de la mort.

À force de se cacher parmi les civils, à force d’infiltrer armes et miliciens dans les zones dites « sûres », on l’a vu cette semaine à Tyr, le Hezbollah finira bien par réussir à dresser une partie de la population contre lui, dans la rue. Un retour vers le futur, genre 1975, version missiles et drones en plus. La boucle sera bouclée. 

Au fond, le Hezbollah mérite effectivement d'entrer dans les livres d'Histoire. Peu d’organisations armées illégales auront réussi à transformer autant de défaites en «victoires», autant de destructions en «succès stratégiques», emballés dans des discours triomphalistes.

Le plus tragique est là. Après chaque catastrophe, les Libanais sont invités à célébrer la «victoire» suivante. Et, certains continuent de croire à ces balivernes et d’arborer le drapeau jaune, comme signe d’un suicide collectif et obligatoire. 

Il y a plus de 2000 ans Cicéron disait déjà: «Une nation peut survivre à ses fous, et même à ses ambitieux. Mais elle ne peut survivre à la trahison venue de l’intérieur».

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