Trump: quelle vision pour le Moyen-Orient?
Le président américain Donald Trump s'adresse à la presse avant de monter à bord d'Air Force One, avant son départ de l'aéroport international John F. Kennedy, à New York, le 9 juin 2026. ©SAUL LOEB / AFP

Le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril entre l’Iran et les États-Unis a subi ce week-end sa plus grave secousse depuis son entrée en vigueur. Dimanche, l’armée israélienne a frappé la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, affirmant répondre à des tirs visant le nord d’Israël. Quelques heures plus tard, l’Iran a lancé une salve de missiles contre Israël, sa première attaque directe depuis le cessez-le-feu, en riposte à la frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth.

Le message politique de Téhéran était clair: la République islamique entend continuer à défendre son réseau d'alliés régionaux et refuse que le dossier libanais soit isolé du reste de son affrontement avec Israël. Donald Trump adopte toutefois une position différente. Dans une interview à NBC, il a affirmé ne pas exiger que le Liban fasse partie d’un éventuel accord avec l’Iran.

«Je pense qu’ils aimeraient le voir, mais je ne l’exige pas», a-t-il déclaré.

Trump tente de calmer la situation

Face au risque d’embrasement, le président américain Donald Trump est intervenu personnellement auprès du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Selon Axios, Trump a appelé son allié israélien pour lui demander de ne pas répondre immédiatement aux tirs iraniens.

«Je vais appeler Bibi tout de suite et lui dire de ne pas riposter», aurait-il déclaré au journaliste Barak Ravid.

Le président américain estimait que les deux parties avaient déjà démontré leur force et qu’une nouvelle série de frappes risquait de replonger la région dans un cycle de violence sans fin.

«Israël a eu sa frappe et l’Iran a eu sa frappe. Nous n’avons pas besoin d’une autre», a-t-il affirmé.

Trump a également souligné que les missiles iraniens n’avaient provoqué ni pertes humaines ni dégâts stratégiques majeurs et a exhorté les deux parties à éviter une nouvelle escalade.

Israël frappe malgré les appels américains

Les appels à la retenue n’auront toutefois pas suffi. Dans la nuit de dimanche à lundi, Israël a lancé de nouvelles frappes contre plusieurs cibles en Iran. L’armée israélienne a annoncé avoir mené une «opération à grande échelle» contre des systèmes de défense stratégiques iraniens ainsi que contre des infrastructures militaires. Des explosions ont été signalées à Téhéran, Ispahan, Karaj et Tabriz. Israël affirme également avoir frappé des installations au complexe pétrochimique de Mahshahr.

Cette riposte est intervenue quelques heures seulement après les déclarations de Trump. Pour les dirigeants israéliens, toute attaque iranienne nécessite une réponse afin de préserver leur capacité de dissuasion. Interrogé par Ici Beyrouth, Tom Harb, directeur de l'American Middle East Coalition for Democracy (AMCD), estime que cette apparente divergence entre Washington et Tel-Aviv relève davantage d'une stratégie diplomatique que d'un véritable désaccord.

«Nous assistons à une forme de jeu du bon et du mauvais policier. Trump appelle publiquement à la retenue, mais il sait parfaitement qu'Israël répondra à toute attaque contre elle», analyse-t-il.

L’approche Trump: contraindre plutôt que renverser

Selon Tom Harb, Donald Trump n'a jamais eu pour objectif de provoquer un changement de régime en Iran.

«Renverser le régime iranien nécessiterait des troupes au sol, une coalition régionale et un soutien international qui n'existent pas aujourd'hui», explique-t-il à Ici Beyrouth.

Selon lui, la diversité ethnique de l'Iran, l'absence de soutien international et le manque de mobilisation régionale rendent une telle option particulièrement risquée. Pour l'analyste, la conclusion de l'administration Trump est simple: plutôt que de chercher à renverser le régime iranien, Washington préfère le contraindre à modifier son comportement.

«Pourquoi changer le régime alors qu'il est possible de le pousser à changer de cap?», résume M. Harb.

La stratégie de Trump: négocier avec l’Iran tout en réduisant sa puissance

Au cœur de la démarche de Donald Trump se trouve une stratégie à double détente. Selon Tom Harb, les objectifs américains s'articulent autour de trois priorités majeures: empêcher définitivement l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire, limiter ses capacités balistiques et réduire son soutien aux groupes armés alliés dans la région tout en étant sûr que l’Iran soit surveillé.

«Le nucléaire, les missiles et les proxies régionaux constituent les trois piliers des exigences américaines», explique-t-il.

L'expert souligne toutefois que les mécanismes de contrôle et de vérification restent encore à définir dans le cadre des négociations en cours. D’un côté, le président américain affirme qu’un accord avec l’Iran est à portée de main.

«Nous sommes très proches d’un accord final avec l’Iran», selon Trump.

De l’autre côté, Washington continue d'exercer une pression considérable sur les différents relais régionaux de Téhéran. Cette méthode combine ouverture diplomatique et maintien d’un rapport de force permanent afin d’obtenir davantage de concessions de la part de l’adversaire.

L'objectif américain semble être de parvenir à un accord avec l'Iran tout en limitant progressivement sa capacité d'influence au Levant et dans le Golfe.

Le Hezbollah, problème au cœur du dossier libanais

Si les négociations avec Téhéran occupent le devant de la scène diplomatique, Washington considère que la confiscation des armes du Hezbollah constitue un objectif tout aussi important.

Pour Tom Harb, la stratégie américaine consiste précisément à dissocier le dossier libanais des négociations nucléaires.

«Les discussions entre le Liban et Israël suivent leur propre trajectoire. L'objectif est de traiter séparément la question du Hezbollah et celle des relations irano-américaines», explique-t-il.

Selon lui, un éventuel accord pourrait inclure un engagement iranien à réduire ou interrompre son soutien au Hezbollah, même si cette question n'apparaît pas publiquement.

«Le Hezbollah demeure une carte importante pour Téhéran, mais c'est aussi une carte que l'Iran peut décider d'échanger si cela sert ses intérêts nationaux», estime-t-il.

Entre cessez-le-feu fragile, frappes israéliennes, riposte iranienne et négociations diplomatiques, Donald Trump tente d'imposer sa propre feuille de route au Moyen-Orient. La stratégie américaine ne vise pas à renverser le régime iranien mais à le contraindre à modifier son comportement régional. Une approche qui mêle pression, négociation et redéfinition des équilibres régionaux.

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