L’axe de la «moumanaa» se caractérise par sa capacité à s’adapter aux différentes conjonctures afin de servir ses intérêts et de consolider sa position militaire et politique au sein des arcanes du pouvoir, au gré des évolutions régionales dont il tire profit.
Partant, ses relais au Liban en sont venus à prôner le renversement du gouvernement de Nawaf Salam, après la signature de l’accord américano-iranien, estimant que celui-ci consacre une victoire de l’axe dans la région et un revers pour Israël et les États-Unis.
De fait, cette dynamique s’inscrit dans une stratégie récurrente consistant à s’en prendre aux gouvernements dès que les circonstances lui sont favorables. Le Hezbollah avait déjà adopté cette approche après la guerre de juillet, lorsqu’il avait cherché à faire tomber le gouvernement de Fouad Siniora en provoquant la démission de cinq ministres chiites. Il l’a ensuite renouvelée en contribuant à la chute du premier gouvernement de Saad Hariri, alors que ce dernier se trouvait en visite à la Maison-Blanche avec le président Barack Obama, dans un contexte de rapprochement syro-iranien. Enfin, les circonstances liées à l’explosion du port de Beyrouth ont conduit à la chute du gouvernement de Hassan Diab, qu’il soutenait et instrumentalisait de facto.
Plus largement, l’expérience politique libanaise témoigne que les gouvernements évoluent au rythme des mutations régionales, un phénomène qui n’a rien d’exceptionnel dans l’histoire du pays. Le Liban a déjà connu de telles dynamiques à l’époque du pacte de Bagdad et de ses répercussions sous la présidence de Camille Chamoun, puis lors du premier gouvernement de Rachid Karamé sous le mandat de Fouad Chéhab. Le même schéma s’est reproduit sous les gouvernements de Charles Hélou, qui se sont succédé au rythme de l’intensification des tensions régionales liées à l’activisme de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Les exemples de ce type sont pléthore.
Dans ce cadre, le Hezbollah tire aujourd’hui parti de la conjoncture régionale sur laquelle mise l’Iran depuis la signature de l’accord. Il entretient l’illusion d’un cessez-le-feu obtenu pour le Liban dans ce cadre et met en avant le droit à la «résistance» ainsi que le retrait d’Israël.
Dès lors, la formation pro-iranienne cherche à renverser le gouvernement de Nawaf Salam afin de revenir sur les décisions des 5 et 7 août visant son arsenal. Il entend également mettre fin aux négociations directes avec les États-Unis et contraindre le président de la République à s’aligner sur sa politique étrangère, à la veille de sa visite attendue à la Maison-Blanche dans deux semaines, comme l’a annoncé Donald Trump.
Il n’en reste pas moins que le Hezbollah ne dispose pas actuellement des leviers d’un changement gouvernemental. Il ne détient ni le tiers de blocage au sein du gouvernement, ni une majorité parlementaire lui permettant de faire tomber l’exécutif, sans compter qu’il ne peut pas non plus recourir à la rue, celle-ci étant une ligne rouge pour toutes les parties sans exception.
En l’absence de ces options, sa marge de manœuvre se limite à la pression politique et aux stratégies de blocage habituelles, sauf évolution imprévue susceptible de raviver la dynamique de la guerre.



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