À quelques jours des négociations libano-israéliennes prévues pour la semaine du 22 juin prochain – et jugées cruciales – à Washington et dans le sillage de l’accord annoncé entre les États-Unis et l’Iran, l’armée israélienne a choisi de publier une carte appelée à alimenter de nombreuses interrogations sur ses intentions au Liban-Sud.
Diffusée jeudi par le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, sur la plateforme X, elle délimite une vaste zone d’opérations à l’intérieur du territoire libanais et officialise, pour la première fois avec une telle clarté, ce qu’Israël présente comme son dispositif de sécurité au sud du pays.
#عاجل المنطقة الامنية في جنوب لبنان: خارطة المنطقة التي تعمل فيها قوات جيش الدفاع بجنوب لبنان
— افيخاي ادرعي (@AvichayAdraee) June 18, 2026
🔸بناء على الحاجة العملياتية ينتشر جيش الدفاع في المنطقة الأمنية الواقعة نحو 10 كيلومترات داخل الأراضي اللبنانية.
🔸لقد انتشرت قوات جيش الدفاع في منطقة العمل بجنوب لبنان وتواصل العمل… pic.twitter.com/lmLIl4zVKo
Cette publication intervient dans un contexte de guerre persistante. Sur le terrain, les combats se poursuivent, vendredi, dans la région de Nabatiyé, tandis que les forces israéliennes accentuent leur pression sur les hauteurs d’Ali Taher, un ensemble de collines stratégiques qui domine une large partie du Liban-Sud et qui constitue l’un des principaux points d’observation et de déploiement du Hezbollah dans le secteur.
Parallèlement, les frappes israéliennes continuent de viser plusieurs localités frontalières malgré les avancées diplomatiques enregistrées ces derniers jours, alors que le discours israélien officiel est venu durcir encore davantage le cadrage sécuritaire. Vendredi, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a affirmé qu’Israël ne permettra aucune atteinte à ses soldats ou à ses civils, et que toute violation du cessez-le-feu par le Hezbollah entraînera une réponse très forte.
Il a ajouté que l’armée israélienne restera déployée dans la zone de sécurité au Liban, de la côte méditerranéenne jusqu’aux hauteurs du château de Beaufort.
Le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, a, lui aussi, mis l’accent sur cette idée, en déclarant que son pays maintiendra ses positions dans la zone de sécurité aussi longtemps que cela sera nécessaire afin de protéger les localités du nord d’Israël.
Ces déclarations, conjuguées à la publication de la carte, contrastent avec le fait que la question du retrait israélien du territoire libanais demeure au cœur des discussions régionales, qu’il s’agisse de l’accord entre Washington et Téhéran ou des négociations libano-israéliennes en cours. Interrogé par Ici Beyrouth sous couvert d’anonymat, un responsable militaire estime que la carte publiée par l'armée israélienne constitue ainsi moins une photographie du terrain qu’une tentative de fixer les paramètres des négociations à venir.
Une «zone de sécurité» de cinq à dix kilomètres
Le texte accompagnant la carte indique que les forces israéliennes s’activent «selon les besoins opérationnels» dans un espace pouvant atteindre une profondeur d’environ dix kilomètres à l’intérieur du Liban afin d’éliminer les menaces et de renforcer la protection des localités israéliennes du Nord.
«Cette zone ne correspond ni à la Ligne bleue établie par les Nations unies après le retrait israélien de 2000, ni à la frontière internationale reconnue. Elle constitue plutôt ce que l’armée israélienne appelle désormais une «ligne de défense avancée», s’étendant d’ouest en est le long de la frontière et pénétrant profondément en territoire libanais», souligne l’expert interrogé.
En avril dernier, rappelons-le, Israël avait publié une première carte similaire présentant une ligne de déploiement située entre cinq et dix kilomètres au nord de la frontière, destinée à former ce qu’il qualifie de «zone tampon».
«Israël considère désormais cet espace comme une zone militaire active dans laquelle il entend conserver sa liberté d’action, légitimer une présence militaire prolongée et signaler que toute activité considérée comme hostile dans ce périmètre pourra être prise pour cible».
Au-delà de la Ligne jaune
Tracée unilatéralement par Israël dans le cadre de la guerre en cours, la Ligne jaune est une ligne informelle qui marque jusqu’ici la limite approximative des secteurs dans lesquels l’armée israélienne estime pouvoir intervenir ou empêcher le retour de la population.
La nouvelle carte semble toutefois aller plus loin. Selon le responsable militaire, plusieurs zones apparaissent désormais intégrées au périmètre opérationnel israélien, alors qu’elles ne correspondaient pas aux limites associées, jusque-là, à la Ligne jaune.
Concrètement, entre la représentation initiale de la Ligne jaune et la carte diffusée jeudi par l’armée israélienne, le terrain aurait connu une évolution sensible. Les forces israéliennes auraient élargi leur zone de contrôle en avançant sur plusieurs points stratégiques qui constituaient auparavant des lignes de contact.
Dans le secteur est, cette progression concerne notamment les abords du château de Beaufort, ainsi que les localités d’Arnoun, Kfar Tebnite, Zaoutar el-Gharbiyé, Zaoutar el-Charqiyé et el-Hamra, avant une poussée plus récente en direction des hauteurs d’Ali Taher.
Dans le secteur central, certaines positions n’étaient pas incluses dans le périmètre initial de la Ligne jaune, notamment à Hadatha, où la présence israélienne reste aujourd’hui partielle. Les forces israéliennes se sont également rapprochées de Beit Yahoun, sans en contrôler l’intégralité, tout en exerçant une pression croissante en direction de la zone de Tebnine. Deux localités apparaissent particulièrement stratégiques dans cette dynamique: Bint Jbeil, déjà largement contrôlée, et Tebnine, située désormais à 3 kilomètres seulement des positions israéliennes, selon notre source.
Dans le secteur ouest, la situation est plus fragmentée. Des avancées partielles auraient été enregistrées autour de Majdel Zoun, sans contrôle total, puisque les villages de Mazraat Byout Siyad et de Mansouri resteraient, de source susmentionnée, sous pression militaire, sans occupation complète.
Dans cette perspective, les chiffres fournis par l’expert militaire avancent que la profondeur de contrôle israélienne au Liban-Sud atteindrait, aujourd’hui, 600 km2, sans qu’un découpage précis et stabilisé ne puisse être établi à ce stade.

Un signal envoyé avant Washington
Israël multiplie, dès lors, les signaux indiquant qu’il ne considère pas l’accord américano-iranien comme suffisant pour garantir sa sécurité. Les autorités israéliennes ont clairement laissé entendre qu’aucun retrait ne serait envisagé tant que la question de l’armement du Hezbollah et de sa présence militaire au Sud ne serait pas réglée.
Dans ce contexte, la carte apparaît comme un instrument de négociation. Elle vise à transformer une réalité militaire de terrain en référence politique. En d’autres termes, Israël semble vouloir arriver à Washington avec une ligne déjà dessinée et faire comprendre que toute discussion sur un retrait devra partir de cette nouvelle réalité.
Le message adressé à Beyrouth est aussi tel que les négociations porteront l’ensemble du dispositif sécuritaire que l’armée israélienne tente de consolider. Quant au message envoyé à l’Iran, il consiste à rappeler que l’accord conclu avec les États-Unis ne modifiera pas automatiquement la politique israélienne au Liban.




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