Les discussions entre les États-Unis et l'Iran pour trouver une paix durable au Moyen-Orient ont débuté dimanche après-midi dans un hôtel de luxe des Alpes suisses, quatre jours après la signature d'un protocole d'accord déjà fragilisé par la situation au Liban.
La diplomatie qatarie a annoncé «l'ouverture des travaux du sommet du lac de Lucerne et la tenue de la première réunion de la commission de haut niveau», réunissant les «représentants des États-Unis, de la République islamique d'Iran et des deux États médiateurs», Qatar et Pakistan.
Peu avant, la télévision d'État iranienne avait fait état d'une «réunion tripartite impliquant l'Iran, les États-Unis et le Qatar» portant sur «un cessez-le-feu global au Liban et les avoirs iraniens bloqués».
Les négociations s'ouvrent à l'ombre des combats qui se sont poursuivis vendredi et samedi au Liban en dépit d'une clause de l'accord-cadre prévoyant la fin des hostilités sur tous les fronts, et de la nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz annoncée samedi par Téhéran en représailles.
Les pourparlers se tiennent à l'hôtel de Bürgenstock, surplombant le lac de Lucerne, au centre de la Suisse, la délégation américaine étant dirigée par le vice-président JD Vance, et l'iranienne par le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.
La délégation iranienne compte également, selon la télévision d'État iranienne, le chef de la diplomatie Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale Abdolnaser Hemmati.
Les discussions devraient durer «quelques jours», a déclaré JD Vance à la presse samedi soir, ajoutant qu'il ne pourrait rester «qu'un jour ou deux» en Suisse, où se trouvent également l'émissaire Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner.
Les médiateurs pakistanais, le Premier ministre Shehbaz Sharif et le chef de l’armée Asim Munir, sont également arrivés en Suisse pour superviser les discussions, aux côtés du Qatar, autre pays médiateur impliqué dans le processus.
Le Liban parmi les principaux dossiers
Si les négociations portent principalement sur le programme nucléaire iranien, le dossier libanais figure parmi les sujets prioritaires.
Aucun accord avec les États-Unis n'est possible sans paix au Liban, a affirmé l'Iran dimanche.
«Sans la mise en œuvre de ces dispositions – en particulier la clause 1 (la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban) – il n'est pas possible d'entrer dans la phase de négociation en vue d'un accord final», a écrit sur X le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaei, a affirmé que Téhéran était déterminé à poursuivre avec sérieux la mise en œuvre du protocole d’accord conclu le 18 juin. Il a souligné que l’ouverture de négociations sur un accord final avec les États-Unis restait conditionnée à l’application de plusieurs dispositions du texte, notamment celle prévoyant la cessation des hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban.
Selon lui, les discussions en cours en Suisse portent principalement sur l’exécution de ces engagements, ainsi que sur les questions liées aux exportations pétrolières iraniennes et au déblocage des avoirs iraniens gelés à l’étranger.
L'Iran a déclaré dimanche que la situation au Liban, où l'armée israélienne mène quasi quotidiennement des frappes contre le Hezbollah soutenu par Téhéran, serait le «principal» sujet des pourparlers avec les États-Unis organisés en Suisse dans la journée.
«Le régime sioniste (Israël, NDLR) continue de violer ses engagements au Liban. Cette question sera le principal sujet des discussions d'aujourd'hui, a affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.
Il a ajouté que la question du déblocage des avoirs gelés iraniens et ses ventes
«J’espère que nous ferons des progrès sur la question nucléaire et sur la question du cessez-le-feu au Liban. Ce sont les deux principaux dossiers sur lesquels nous allons nous concentrer», a déclaré JD Vance samedi soir.
Le vice-président américain a estimé que la situation au Liban «s’améliore», tout en reconnaissant les difficultés à stabiliser la trêve.
«Il suffit qu’une partie ouvre le feu pour que l’autre réponde. Tout l’enjeu consiste à faire cesser les tirs suffisamment longtemps pour permettre au cessez-le-feu de tenir», a-t-il expliqué.
L’émissaire américain Steve Witkoff ainsi que Jared Kushner participent également aux discussions, selon M. Vance.
Téhéran met en garde contre un échec du protocole
À la veille des pourparlers, Téhéran a multiplié les avertissements.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a estimé que le protocole d’accord conclu avec Washington était «en danger» si ses dispositions n’étaient pas appliquées rapidement, en référence à la situation au Liban.
Le conseiller militaire du guide suprême iranien, Mohsen Rezaei, a de son côté appelé à la prudence face à tout excès d’optimisme.
«L’ennemi a montré qu’il ne respectait pas ses promesses», a-t-il écrit sur le réseau X.
L’Iran a également indiqué que les discussions avec Washington ne se limiteraient pas au nucléaire. Selon Téhéran, elles porteront aussi sur ses avoirs gelés à l’étranger ainsi que sur les restrictions visant ses exportations pétrolières.
Une trêve toujours fragile au Liban
Ces discussions s’ouvrent alors que le Liban reste marqué par une situation sécuritaire instable.
Samedi, des frappes israéliennes ont fait au moins 30 morts dans l’est et le sud du pays avant qu’une accalmie ne soit observée en fin de journée, après que l’armée israélienne a reçu l’ordre de cesser les affrontements avec le Hezbollah.
Depuis le début du conflit régional, les opérations israéliennes au Liban ont fait 4.057 morts, selon le dernier bilan communiqué par le ministère libanais de la Santé.
L’armée israélienne a par ailleurs annoncé la mort d’un soldat dans le sud du Liban, portant à 36 le nombre de militaires israéliens tués depuis le début de la guerre.
Israël a indiqué que ses troupes poursuivraient des opérations «défensives» dans la bande territoriale du sud du Liban qu’il occupe, tout en précisant qu’aucune «frappe proactive» n’était prévue.
Le détroit d’Ormuz, nouvelle source de tensions
Autre sujet de tension à la veille des négociations: le détroit d’Ormuz.
Après les récents affrontements au Liban, le commandement central de l’armée iranienne a annoncé la fermeture du détroit au trafic maritime, qualifiant cette mesure de «première réponse» aux violations présumées des engagements pris par ses adversaires.
Téhéran a également menacé d’adopter d’autres mesures si nécessaire afin de contraindre «l’ennemi à respecter ses obligations».
La réouverture du détroit constituait pourtant l’un des principaux engagements du protocole d’accord conclu entre Washington et Téhéran. Cette voie maritime stratégique assure habituellement le transit d’environ 20 % des hydrocarbures mondiaux.
En réaction, le Commandement central américain (Centcom) a indiqué que ses forces restaient « vigilantes » et a affirmé que 55 navires marchands avaient traversé le détroit en toute sécurité samedi.
L’Iran a également évoqué la possibilité d’imposer des frais de transit aux navires empruntant cette route maritime, tandis que le président américain Donald Trump a menacé de mettre en place un péage dans le détroit en cas d’échec des négociations.
Plusieurs jours de discussions attendus
Les négociations, prévues pour une période renouvelable de 60 jours, devraient se poursuivre pendant plusieurs jours.
La délégation iranienne comprend également le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale Abdolnaser Hemmati.
Les discussions visent à aboutir à un accord global susceptible de mettre fin au conflit régional déclenché par les frappes israélo-américaines contre l’Iran le 28 février, une guerre qui a fait des milliers de victimes, principalement en Iran et au Liban, tout en provoquant de fortes secousses sur les marchés énergétiques mondiaux.
Avec AFP



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