Le président Aoun peut être fier, à juste titre, de l’équipe qui a contribué à l’accord conclu le 26 juin. Ensemble, ils ont replacé l’État libanais au cœur d’un processus réaliste vers la paix. Celui-ci repose sur un retrait israélien progressif et coordonné, le déploiement de l’armée libanaise et la poursuite du désarmement du Hezbollah. Il ouvre également la voie à des discussions immédiates sur la manière de concrétiser une ambition commune aux deux pays: l’instauration d’une paix durable.
Le chemin reste long, mais l’accord du 26 juin constitue un rare exemple de clairvoyance politique et de diplomatie constructive au Moyen-Orient.
À l’inverse, l’interprétation par l’Iran des dispositions relatives au Liban dans son propre mémorandum d’entente avec les États-Unis, ainsi que son comportement y relatif, ont révélé ses véritables intentions. Chacun sait désormais que lorsque l’Iran évoque le cessez-le-feu, la souveraineté ou l’intégrité territoriale du Liban, il entend en réalité l’inverse. Téhéran a tenté, en vain, de convaincre l’administration américaine de soutenir un retrait israélien unilatéral et chaotique du sud du Liban en contrepartie d’avancées sur le dossier du Golfe. Une telle issue aurait permis à son allié, ainsi qu’à la centaine de membres ou plus du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) présents au Liban, de combler le vide laissé sur le terrain, comme cela s’était produit après le retrait de 2000.
Au lieu de cela, la dynamique est revenue à une approche progressive, concertée et pragmatique, garantissant que ce soit l’armée libanaise et l’État, et non le Hezbollah, qui prennent le relais à mesure que les forces israéliennes se retirent, avec le soutien de l’aide internationale à la reconstruction.
Les attaques virulentes du Hezbollah contre cet accord, avant même sa publication, démontrent à quel point il représente une menace pour lui et pour l’Iran. Quelques heures seulement après son annonce, le député Hassan Fadlallah a défié l’État, menacé de recourir aux armes et incité à la discorde civile. Il a reproché aux dirigeants libanais d’avoir signé un accord avec le soutien des États-Unis, tout en faisant fi du fait que l’Iran lui-même a conclu un accord avec le «Grand Satan». L’opposition du Hezbollah constitue, en elle-même, un signe que le Liban et Israël s’engagent dans la bonne direction.
En effet, le Liban est de retour sur la bonne voie, mais rien n’est encore acquis. L’Iran continuera de chercher à s’immiscer dans les affaires libanaises. Malgré son affaiblissement, il conserve encore une capacité d’alimenter les violences dans le sud du pays et l’utilisera en fonction de ses propres intérêts, non de ceux du Liban.
Dans un premier temps, il fera tout pour torpiller cet accord, principalement par le recours à la violence et au terrorisme. Ensuite, chaque fois qu’il aura besoin d’un moyen de pression dans ses négociations avec les États-Unis sur le Golfe ou le dossier nucléaire, la violence au Liban pourra servir d’instrument de pression, de diversion ou de levier pour créer des tensions entre Israël et Washington.
Les Libanais connaissent malheureusement la chanson. Pour rappel, chaque fois que Hafez el-Assad souhaitait attirer l’attention ou desserrer l’étau de la pression internationale, il ravivait les tensions au Liban avant d’être «récompensé» par un regain d’engagement diplomatique américain.
A ce stade, les dirigeants américains, libanais et israéliens semblent désormais déterminés à éviter ce piège. Ils suivent une voie susceptible d’assurer une stabilité durable entre le Liban et Israël et, peut-être, d’ouvrir un nouveau chapitre pour deux peuples qui ont longtemps souffert de l’utilisation du Liban comme théâtre des conflits et des ambitions de puissances étrangères.
Le moment est venu de mettre rapidement en œuvre les nombreux éléments prometteurs de l’accord du 26 juin. Comme l’a justement déclaré le président Aoun, «le Liban n’est pas une monnaie d’échange». Voilà plusieurs décennies qu’un président libanais n’avait plus été en mesure, ou n’avait plus osé, aller en ce sens. Aujourd’hui, cette déclaration peut être considérée comme une réalité.
Tous ceux qui souhaitent mettre un terme aux décennies de violences ayant frappé le Liban et Israël doivent désormais s’appuyer sur cette avancée majeure.
Le choix qui s’offre aujourd’hui aux Libanais est clair: poursuivre dans la voie de la politique iranienne consistant à utiliser le Liban comme champ de bataille dans sa guerre contre Israël, ou s’engager dans une stratégie purement libanaise en faveur de la paix.



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