Guerres au Moyen-Orient: tout le monde a gagné… ou presque!
©Ici Beyrouth

C’est une sorte de géopolitique de l’école des fans! Après 1.000 jours de combats… tout le monde se déclare victorieux. Dans la réalité, le seul vainqueur, c’est l’instabilité.

Prenons les acteurs un par un. Le Hamas, il était supposé avoir signé la fin du conflit dans le cadre du fameux Conseil de paix, si vous vous en souvenez. Il avait même accepté les termes de son désarmement. Eh bien! Selon les renseignements israéliens, le Hamas serait en train de produire tous les mois des centaines d’explosifs et de missiles antichars. L’organisation, classée terroriste, serait même en pleine réhabilitation de ses tunnels et chercherait à acquérir des drones en réactivant les filières de contrebande dans le Sinaï. Mieux, le Hamas serait en phase de recrutement de nouvelles chairs à canon. Les civils? Qu’ils continuent à errer dans les ruines! Seule la «cause», dont on ne comprend pas trop les contours, compte.

Les Israéliens ont bien compartimenté le territoire en secteurs, lignes, jaune notamment. Il semble que l’envie de mourir soit plus forte que jamais chez les cagoulés souterrains.

À propos de jaune, tiens! Revoilà le Hezbollah. La milice iranienne au Liban proclame, elle aussi, sa victoire. Grâce à la «fidélité de l’Iran». On croit rêver, le sud du pays est détruit, l’armée israélienne va et vient comme bon lui semble, le Liban est ruiné… Rien de tout cela n’est important, tant que les armes, illégales, sont préservées. Les accords, cessez-le-feu, trêves… sont balayés d’un revers de main par le Secrétaire général de l’organisation, qui menace d’une guerre civile un jour sur deux, si l’État libanais persiste dans sa volonté de placer le pays sous son unique ombrelle protectrice. Pour le moment, le pays est pris dans une guerre des affiches sur la route de l’aéroport.

Les Israéliens, amers que l’allié américain limite désormais leurs opérations militaires, estiment, eux aussi, que le «job» a été fait. Il faut dire que Benjamin Netanyahou attaque une période électorale délicate. Pour lui, les menaces contre son pays ont été éliminées ou sérieusement réduites sur les fameux sept fronts. Pour pérenniser ses acquis, l’armée israélienne souhaite se maintenir dans les zones dites de sécurité au Liban, à Gaza et en Syrie… si l’administration américaine ferme les yeux!

Les Américains estiment, de leur côté, que le moment est propice pour diffuser les zones de paix chères à Donald Trump. Les États-Unis martèlent que l’Iran est à genoux, que son programme nucléaire, balistique, sa marine ont été annihilés, que ses proxies ont été laminés et que le détroit d’Ormuz a retrouvé, grâce à eux, son rôle d’artère énergétique. Là aussi, le but est de passer vraiment à autre chose que ce conflit incompréhensible, parce que les élections de mi-mandat en novembre approchent à grands pas et qu’il faut, en même temps, ne pas se laisser entraîner dans une nouvelle guerre totale tout en présentant un bilan positif.

J’ai gardé le meilleur pour la fin: l’Iran. Les gardiens de la révolution soufflent le chaud et le froid. Un jour, ils négocient, le lendemain, ils se lancent dans ces diatribes hirsutes dont ils ont le secret. Le régime a été décapité, l’économie n’existe plus avec une inflation mensuelle à trois chiffres, mais tout va bien! Les barbus de Téhéran entendent imposer des «frais de passage» aux navires qui traversent «leur» détroit. L’uranium enrichi est sous les ruines, disent-ils, pour ne pas le restituer et rendre difficile tout contrôle.

Tout le monde a gagné, donc? Pas vraiment! En fait, «l’effet plumeau» fonctionne à plein régime, la poussière des conflits a été envoyée dans toute la pièce. Les peuples ne voient plus d’espoir. Le Moyen-Orient n’a jamais été traversé par autant d’incertitudes et d’inquiétudes. Le peuple iranien voit désespérément le pouvoir se raffermir, les Palestiniens sont toujours sous la botte du Hamas, le désarmement du Hezbollah est devenu un concept abstrait, des soldats israéliens meurent tous les jours, les Américains ont dépensé des centaines de milliards de dollars…

Le plus invraisemblable, c’est que bien malin est celui qui peut lire l’avenir dans les entrailles de ces conflits. Aucune perspective de solution pérenne ne se dégage et les questions s’accumulent. Que se passera-t-il à l’issue de la trêve de 60 jours entre les États-Unis et l’Iran? Mystère. Que va devenir le pauvre Liban? Qui reconstruira ce qui a été détruit? La guerre est-elle terminée? Mystère. Quel avenir pour Gaza? Mystère. Le nord et le sud d’Israël sont-ils à l’abri de nouvelles attaques? Mystère. Les États-Unis sont-ils condamnés à se déplacer éternellement dans les sables mouvants en dépensant sans compter? Mystère.

Une chose est sûre: la paix, la vraie, celle qui ouvre un avenir, n’est pas à l’ordre du jour. 

Comme le disait Spinoza: «La paix n’est pas l’absence de guerre. C’est une vertu, un état d’esprit, une disposition à la bienveillance, à la confiance, à la justice».

Nous en sommes tragiquement loin. 

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