Abaisser l’âge de conduite: réforme ou risque?
©Ici Beyrouth

La conduite au Liban est une question qui suscite un vif intérêt, tant elle est directement liée à la sécurité des citoyens et à leur quotidien. Dans un contexte marqué par des routes encombrées, des infractions répétées et de nombreux accidents, le débat sur les moyens d’améliorer la sécurité routière et de promouvoir une conduite responsable reste d’actualité.

C’est dans ce cadre que la question de l’abaissement de l’âge légal d’obtention du permis de conduire, de 18 à 16 ans, est récemment revenue sur le devant de la scène, ouvrant un débat entre ceux qui y voient un moyen de former des conducteurs plus responsables et ceux qui estiment qu’une telle mesure pourrait accroître les risques dans les conditions actuelles.

Dans ce contexte, le député Bilal Hachimi a présenté au président de la Chambre, Nabih Berry, une proposition de loi visant à modifier le Code de la route. Celle-ci prévoit d’autoriser les jeunes, dès l’âge de 16 ans, à obtenir un permis de conduire provisoire, soumis à des conditions et à des règles strictes. L’objectif est d’intégrer progressivement les nouveaux conducteurs à la conduite grâce à un système de formation et d’encadrement, plutôt que de les autoriser à conduire de manière autonome dès qu’ils atteignent l’âge légal.

Ce permis provisoire ne serait pas un simple permis de conduire classique, mais serait encadré par plusieurs mesures visant à limiter les risques. Il imposerait de suivre une formation dans des auto-écoles agréées, ainsi que de réussir des examens théoriques et pratiques sous la supervision des autorités compétentes.

Le jeune conducteur devrait également être accompagné d’un adulte expérimenté, titulaire du permis depuis au moins cinq ans, afin de le guider et de le surveiller pendant sa période d’apprentissage.

Le projet prévoit également plusieurs restrictions visant à garantir la sécurité du nouveau conducteur et des usagers de la route. Il interdirait notamment la conduite de certains types de véhicules ainsi que l’accès aux autoroutes et aux routes internationales, en limitant la conduite à des conditions plus sûres.

Le système reposerait également sur un mécanisme de suivi par points, où les infractions graves pourraient entraîner le retrait du permis. Celui-ci serait valable pour une durée d’un an, renouvelable en fonction du comportement du conducteur et de son respect du Code de la route.

Cependant, cette proposition ne fait pas l’unanimité et suscite un large débat dans les milieux liés à la sécurité routière. Si certains estiment qu’une formation précoce et encadrée pourrait contribuer à former des conducteurs plus respectueux des règles de circulation, d’autres considèrent qu’un tel système nécessite avant tout un environnement routier capable de l’accueillir.

Dans ce contexte, le président de la Youth Association for Social Awareness (YASA) au Liban, Ziad Akl, affirme que l’ONG rejette pour l’instant l’idée d’abaisser l’âge de conduite ou d’adopter un système de conduite progressive, estimant que ce type de dispositif ne fonctionne efficacement que dans des pays disposant d’une culture routière avancée, d’un contrôle rigoureux et d’une application stricte des lois.

Il estime toutefois que la réalité libanaise est différente, en raison des défis persistants liés à l’application des lois et à la réduction des infractions.

Ziad Akl souligne également que le système de conduite progressive adopté dans d’autres pays ne repose pas uniquement sur la réduction de l’âge, mais sur un dispositif global incluant une surveillance continue, des sanctions efficaces et une meilleure préparation des nouveaux conducteurs.

En revanche, au Liban, la faiblesse du contrôle et les difficultés d’application des lois pourraient compromettre le succès de cette expérience et, au contraire, accroître les risques plutôt que de les réduire.

Il met également en garde contre le fait que l’autorisation de conduire à un âge plus précoce pourrait inciter certains adolescents et jeunes à utiliser des véhicules, notamment les deux-roues, de manière imprudente, augmentant ainsi le risque d’accidents.

Il insiste sur le fait que la priorité doit être l’application des lois de circulation existantes, le renforcement de la sensibilisation, du contrôle et des conditions de sécurité, avant toute modification de l’âge légal de conduite.

De son côté, le vice-président de YASA International, Joe Daccache, estime que la question de l’abaissement de l’âge de conduite ou de l’adoption d’un système progressif nécessite une étude approfondie, soulignant que les conditions actuelles ne semblent pas favorables à sa mise en œuvre au Liban.

Il précise que la position de l’ONG ne relève pas d’un refus absolu de l’idée, mais d’une lecture de la réalité du trafic local et des expériences menées dans les pays ayant adopté ces systèmes.

Joe Daccache souligne que les pays qui autorisent la conduite dès 16 ans imposent généralement des conditions strictes, notamment la limitation des zones de conduite, l’interdiction de certaines routes, l’apposition de signes spécifiques sur les véhicules et l’obligation pour le jeune conducteur d’être accompagné par une personne expérimentée.

Il ajoute que la mise en œuvre de ces mesures nécessite un dispositif de contrôle efficace et une réelle capacité de suivi des infractions, ce qui demeure encore un défi au Liban.

Il affirme que le problème ne se limite pas à l’âge, mais concerne également la capacité du conducteur à évaluer les risques et à réagir dans des situations difficiles. Il souligne que la tranche d’âge comprise entre 16 et 25 ans figure parmi les plus exposées aux accidents de la route, ce qui impose une grande prudence et une évaluation rigoureuse avant toute modification de l’âge légal de conduite.

Joe Daccache insiste sur la nécessité de se concentrer d’abord sur l’application complète du Code de la route, la mise en place des mesures réglementaires nécessaires, le renforcement des dispositifs de contrôle et la création d’un système de circulation plus efficace, avant d’envisager une baisse de l’âge d’obtention du permis de conduire.

Il affirme également que l’ONG n’est pas opposée à toute mesure réfléchie susceptible d’améliorer la sécurité routière, mais estime que toute décision relative à la conduite doit reposer sur des études claires et non sur la précipitation.

En définitive, le débat autour de l’abaissement de l’âge de conduite reste étroitement lié au degré de préparation du Liban à mettre en place un environnement adapté à une telle mesure. Il ne s’agit pas seulement d’autoriser une nouvelle tranche d’âge à conduire, mais de s’assurer que la société et l’État soient en mesure de garantir une conduite fondée sur la formation, la responsabilité et le respect de la loi.

Le permis de conduire n’est pas un simple document administratif, mais une responsabilité qui engage directement la vie des conducteurs et celle de l’ensemble des usagers de la route.

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