Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a effectué jeudi une visite officielle à Beyrouth.
Cette tournée, la deuxième du chef de la diplomatie syrienne au Liban depuis l'arrivée des nouvelles autorités à Damas, s'inscrit dans un contexte de relance des relations bilatérales entre les deux pays.
La visite du ministre syrien au Grand Sérail a été suivie par une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre Nawaf Salam, qui a souligné que ce déplacement constituait le prolongement de sa propre visite à Damas.
«La visite du ministre Assaad al-Chaibani à Beyrouth complète ma visite à Damas», a déclaré le chef du gouvernement, précisant que les discussions avaient porté sur le renforcement de la coopération entre le Liban et la Syrie dans les domaines de l'interconnexion électrique, des transports, des échanges commerciaux, de la facilitation de la circulation des personnes et du développement des relations économiques.
Les deux parties ont annoncé la création de nouveaux mécanismes de coopération. Nawaf Salam a indiqué qu'il avait été convenu de former un Conseil d'affaires libano-syrien et qu'un accord avait été signé pour créer une haute commission mixte libano-syrienne, réunissant les ministres concernés et appelée à se réunir périodiquement afin de renforcer la coopération entre les deux pays.
De son côté, Assaad al-Chaibani a confirmé la signature de l'accord portant création de la haute commission de coopération et de partenariat entre la Syrie et le Liban. Il a affirmé que sa visite visait à «traduire la position solidaire de la Syrie envers le Liban et à consolider les relations entre les deux pays».
Le ministre syrien a assuré que son pays porte «tout l'amour et le respect au Liban» et entend dépasser «le lourd héritage du passé» qui a marqué les relations entre les deux peuples. Il a affirmé que Damas souhaitait bâtir une nouvelle relation avec Beyrouth afin de soutenir la stabilité et de contribuer à mettre un terme aux conflits dans la région.
Estimant que tout processus politique devait servir la stabilité du Liban «et non se limiter à de simples solutions temporaires», M. Chaibani a ajouté que la Syrie croit en un Liban dans toute sa diversité et dialogue avec toutes ses composantes, sans exception, dans le souci de renforcer les relations bilatérales. Il a également réaffirmé le rejet par son pays des attaques israéliennes contre le Liban, des bombardements et des déplacements forcés.
Interrogé sur le dossier des détenus non syriens arrêtés pour avoir soutenu la révolution syrienne, il a indiqué que cette question était examinée avec «respect et ouverture» avec les autorités libanaises, les motifs de leur détention n'existant plus, selon lui.
الرئيس جوزاف عون اكد لوزير الخارجية السوري اسعد الشيباني ان لبنان متمسك بإقامة علاقات اخوية بين البلدين قائمة على التعاون والتنسيق وعدم التدخل في الشؤون الداخلية لكلا البلدين.
— Lebanese Presidency (@LBpresidency) July 2, 2026
الرئيس جوزاف عون:
- حريصون على استقرار سوريا تماماً كما تحرص سوريا على استقرار لبنان
- مرتاح للتنسيق… pic.twitter.com/qPhLh0wD5M
Joseph Aoun appelle à des relations libano-syriennes fondées sur la coopération et la non-ingérence
Plus tôt dans la journée, Assaad al-Chaibani avait été reçu au palais de Baabda par le président de la République, Joseph Aoun, avant de quitter les lieux sans faire de déclaration.
Selon le ministère syrien des Affaires étrangères, les discussions ont porté sur les développements régionaux et internationaux ainsi que sur le renforcement des relations bilatérales sur la base du bon voisinage.
À l'issue de la rencontre, la présidence libanaise a indiqué que le Liban demeurait attaché à l'établissement de relations fraternelles avec la Syrie, fondées sur la coopération, la coordination et le respect de la non-ingérence dans les affaires intérieures des deux pays.
Le président Joseph Aoun a souligné la nécessité de préserver la stabilité de la Syrie, «tout comme la Syrie tient à celle du Liban», se disant satisfait de la coordination bilatérale, notamment dans les domaines du contrôle des frontières et de la lutte contre la contrebande de personnes et d'armes.
Le chef de l'État a également révélé que le président syrien Ahmad el-Chareh lui avait assuré à plusieurs reprises que la Syrie ne jouerait plus le rôle qu'elle avait tenu dans le passé au Liban et qu'une nouvelle page s'était ouverte entre les deux pays, sans que Damas ne se place aux côtés d'une partie libanaise contre une autre. Il a par ailleurs salué la création de la haute commission mixte destinée à préserver les intérêts communs des deux États.
Assaad al-Chaibani a, pour sa part, transmis au président libanais les salutations du président Ahmad el-Chareh ainsi qu'une invitation officielle à effectuer une visite à Damas, soulignant que celle-ci vise à renforcer les relations bilatérales et à approfondir la coordination, notamment sur le plan économique.
Visite à Aïn el-Tiné
Le chef de la diplomatie syrienne s'est ensuite rendu à Aïn el-Tiné où il s'est entretenu avec le président de la Chambre des députés, Nabih Berry.
À l'issue de cette rencontre, il a indiqué que les discussions avaient été consacrées au développement des relations entre la Syrie et le Liban, précisant que la question du Hezbollah n'avait pas été abordée.
Répondant aux journalistes, il a affirmé qu'aucune rencontre avec le Hezbollah n'avait eu lieu en raison de l'ordre du jour de la visite, tout en ajoutant que «si l'intérêt l'exige, nous sommes ouverts à une telle rencontre». Il a insisté sur le fait que ses échanges avec Nabih Berry avaient exclusivement porté sur le renforcement de la coopération entre Beyrouth et Damas.
Cette visite intervient dans un contexte de recomposition des relations entre les deux pays depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024.
Le président américain Donald Trump avait affirmé à plusieurs reprises que la Syrie pourrait «s'occuper du Hezbollah», critiquant la stratégie israélienne dans son affrontement avec le mouvement soutenu par l'Iran. Le président syrien Ahmad el-Chareh a toutefois exclu toute intervention directe, affirmant ne pas vouloir rouvrir les blessures du passé.
Depuis l'arrivée des nouvelles autorités syriennes, les deux pays ont renoué le dialogue institutionnel. Plus de 250 détenus syriens ont été transférés vers la Syrie. Les autorités syriennes ont par ailleurs annoncé avoir démantelé plusieurs cellules présumées liées au Hezbollah et déjoué plusieurs tentatives de contrebande d'armes vers le Liban.
Dans ce contexte, la visite d'Assaad al-Chaibani apparaît comme une nouvelle étape dans la volonté affichée par Beyrouth et Damas de redéfinir leurs relations sur de nouvelles bases, après des décennies marquées par la tutelle syrienne sur le Liban.



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